Cardiologie

IDM chez la femme : nécessité d'une prise en charge au-delà du seul modèle lésionnel obstructif.

Les résultats préliminaires d'un registre italien dans les syndromes coronariens aigus chez la femme confirment l’hétérogénéité des mécanismes en jeu. Cette démarche pourrait favoriser le développement de parcours de soins plus individualisés, incluant une attention renforcée aux facteurs psychosociaux et aux spécificités biologiques féminines. 

 

  • Jacob Wackerhausen/iStock
  • 23 Février 2026
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    En dépit du travail de sensibilisation mené en France par le Pr Claire Mounier-Véhier, présidente et cofondatrice de l’association Agir pour le Cœur des femmes, des disparités persistent entre les sexes en termes de présentation clinique, de délais diagnostiques, de stratégies thérapeutiques et de pronostic dans la prise en charge des syndromes coronariens aigus (SCA). Le poster consacré aux résultats préliminaires du registre GEDI-ACS s’inscrit dans une dynamique internationale visant à mieux comprendre les spécificités des syndromes coronariens aigus chez les femmes.

    Présenté par Angelicarosa Cascone de l’Université Vita-Salute San Raffaele à Milan lors de The European Association of Percutaneous Cardiovascular Interventions (EAPCI) en association avec The European Society of Cardiology le 19 février 2026, le registre GEDI-ACS a été conçu pour explorer de manière intégrée les déterminants liés au sexe, en combinant des dimensions biologiques, cliniques et psychosociales encore trop rarement analysées conjointement.

    Ce registre prospectif inclut des femmes hospitalisées pour un syndrome coronarien aigu, qu’il s’agisse d’infarctus du myocarde avec ou sans sus-décalage du segment ST ou d’angor instable. L’originalité de l’approche repose sur une collecte systématique de données portant non seulement sur les facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels et les paramètres angiographiques, mais aussi sur des paramètres hormonaux, inflammatoires et métaboliques, et des variables psychosociales telles que le niveau socio-économique, le soutien social, le stress perçu, les symptômes anxiodépressifs et l’histoire de traumatismes. Cette approche multidimensionnelle vise à dépasser une lecture strictement biomédicale de la maladie coronaire.

    40% des patientes âgées de 75 ans ou plus

    Les résultats préliminaires portent sur une cohorte initiale de plus de 300 hospitalisées pour un SCA, dont près de 60 % pour un infarctus sans sus-décalage du segment ST, 25 à 30 % pour un infarctus avec sus-décalage du segment ST et 10 à 15 % pour un angor instable. L’âge médian au moment de l’événement index est supérieur à 70 ans, avec plus de 40 % des patientes âgées de 75 ans ou plus, confirmant un décalage d’environ 7 à 10 ans par rapport aux hommes pour la survenue du premier événement coronarien.

    Les facteurs de risque cardiovasculaires classiques sont très prévalents : l’hypertension artérielle concerne près de 70 à 75 % des patientes, le diabète 25 à 35 %, la dyslipidémie environ 60 %, et l’obésité près de 30 à 40 %. Le tabagisme actif est retrouvé chez 15 à 20 % des patientes, mais avec une proportion plus élevée chez les femmes de moins de 60 ans. Environ 10 % rapportent des antécédents d’événements obstétricaux à risque cardiovasculaire, tels qu’une prééclampsie ou un diabète gestationnel.

    Sur le plan angiographique, une proportion significative de patientes, de l’ordre de 20 à 30 %, présente des artères coronaires non obstructives ou des sténoses inférieures à 50 %, compatibles avec des tableaux de MINOCA. Parmi celles ayant des lésions obstructives, la maladie monotronculaire est observée dans près de 40 % des cas, tandis que la maladie tritronculaire reste moins fréquente que chez les hommes du même âge. Ces données suggèrent une hétérogénéité physiopathologique importante, incluant des mécanismes de dysfonction microvasculaire et de vasospasme.

    La présentation clinique est atypique dans près de 40 % des cas, avec dyspnée isolée, asthénie marquée, douleurs épigastriques ou malaise sans douleur thoracique typique. Le délai médian entre le début des symptômes et le premier contact médical dépasse 120 minutes chez plus de la moitié des patientes, et peut atteindre plus de 6 heures dans environ 20 % des cas, ce qui a un impact potentiel sur la taille de l’infarctus et le pronostic.

    Une CRP us élevée chez près de 50% des patientes

    Les analyses biologiques préliminaires montrent des concentrations élevées de biomarqueurs inflammatoires, avec une CRP ultrasensible supérieure à 2 mg/L chez près de 50 % des patientes. Le statut ménopausique est noté chez plus de 80 % d’entre elles, avec un âge médian de la ménopause autour de 50 ans. Environ 15 % rapportent une exposition passée à un traitement hormonal substitutif. Les premières corrélations suggèrent une association entre inflammation systémique, syndrome métabolique et altération de la fonction microvasculaire évaluée par imagerie ou tests fonctionnels.

    L’évaluation psychosociale met en évidence une prévalence élevée de symptômes anxieux ou dépressifs, retrouvés chez 30 à 40 % des patientes selon des échelles validées. Près de 25 % déclarent un faible soutien social, et plus de 35 % rapportent un niveau de stress chronique élevé. Ces facteurs sont associés à une moins bonne qualité de vie à 3 ou 6 mois et à une moindre participation aux programmes de réadaptation cardiaque, dont le taux d’adhésion reste inférieur à 50 %.

    En termes de prise en charge, plus de 80 % des patientes éligibles bénéficient d’une coronarographie, mais le recours à une revascularisation percutanée est inférieur à 60 %, en partie du fait de la proportion élevée de lésions non obstructives. À la sortie, plus de 85 % reçoivent une bithérapie antiplaquettaire lorsqu’indiquée, 80 à 90 % un traitement par statine et environ 75 % un bêtabloquant. Néanmoins, des écarts persistent chez les patientes très âgées ou présentant des tableaux atypiques.

    Les données de suivi préliminaire à court terme suggèrent un taux d’événements cardiovasculaires majeurs à 6 mois de l’ordre de 8 à 12 %, incluant récidive d’infarctus, hospitalisation pour insuffisance cardiaque ou décès. Les analyses multivariées exploratoires indiquent que la combinaison d’un profil inflammatoire élevé et d’un score psychosocial défavorable pourrait majorer le risque d’événements indépendamment des facteurs de risque traditionnels.

    Au total, le registre GEDI-ACS propose une approche intégrative et centrée sur le sexe, articulant données cliniques, biologiques et psychosociales afin de mieux caractériser les syndromes coronariens aigus chez les femmes. Les résultats préliminaires confirment l’hétérogénéité des mécanismes en jeu et soulignent l’importance d’une évaluation globale dépassant le seul modèle lésionnel obstructif. À terme, cette démarche pourrait favoriser le développement de parcours de soins plus individualisés, incluant une attention renforcée aux facteurs psychosociaux et aux spécificités biologiques féminines, dans une perspective de réduction des inégalités de prise en charge et d’amélioration du pronostic cardiovasculaire des femmes.

     

     

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