gynécologie
Cancers de l'ovaire: the Lancet a créé une commission spécialisée
De multiples défaillances ont été repérées dans la prise en charge du cancer de l'ovaire, 5ème cause de mortalité par cancer. De récentes innovations thérapeutiques modfient pourtant le diagnostic. Mais elles sont loin d'être diffusées auprès de toutes les patientes. Afin d'influer notamment sur la réduction des inégalités, The Lancet a créé une commssions spécilaisée. Explications.
- ALIOUI Mohammed Elamine/iStock
Pourquoi le cancer du sein bénéficie d’une large médiatisation alors que le cancer de l’ovaire, 5ème cause décès par cancer chez la femme est dans le même temps ignoré par les médias ? A ce jour 75% des cas sont diagnostiqués à un stade avancé. Afin de pallier à cette distorsion, the Lancet a mis en place une commission spécialisée. Ce n’est pas la première incursion de la revue anglaise dans le débat public. On connait par exemple son rôle dans la sensibilisation aux effets du réchauffement clinique sur la santé mondiale avec un rapport annuel diffusé au-delà de la communauté médicale. Pourquoi donc une nouvelle commission du Lancet autour d’un objectif plus limité ?
Vers une chirurgie prophylactique?
L’enjeu ici est de proposer une analyse globale et prospective des défaillances actuelles dans la prise en charge de cette pathologie, en mettant l’accent sur la nécessité d’une réforme profonde fondée sur l’équité. En dépit de problèmes structuraux, deux voies permettent d’envisager des avancées significatives, à savoir l’identification et la prise en charge des femmes à risque et l’élargissement de l’accès à une prévention chirurgicale équitable. Malgré des avancées significatives dans la compréhension biologique de la maladie et le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques, la survie globale demeure au final insuffisante et les progrès bénéficient de manière inégale aux patientes selon leur contexte géographique, socio-économique et organisationnel.
Des inégalités persistantes y compris dans les pays riches.
La Commission souligne que le diagnostic tardif constitue un déterminant majeur du mauvais pronostic. L’absence de stratégie de dépistage efficace en population générale, combinée à des symptômes initiaux peu spécifiques et souvent banalisés, contribue à ce retard diagnostique. Les disparités d’accès à l’imagerie, à l’expertise anatomopathologique et aux tests moléculaires aggravent ces inégalités, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, mais aussi au sein des pays à revenu élevé.
Sur le plan thérapeutique, la Commission met en évidence l’impact déterminant de la qualité de la chirurgie initiale et de l’accès aux traitements systémiques innovants. La chirurgie de cytoréduction complète réalisée dans des centres experts est identifiée comme un facteur pronostique clé, pourtant inaccessible à de nombreuses patientes. De même, l’intégration des thérapies ciblées, notamment les inhibiteurs de PARP, les anticorps conjugués repose sur la réalisation de tests génétiques et tumoraux qui restent inégalement disponibles. Ces obstacles contribuent à une médecine à deux vitesses, où les bénéfices des innovations sont concentrés, à l’évidence, dans certains systèmes de soins.
Pour répondre à ces défis, la Commission adopte une approche centrée sur le parcours de soins, insistant sur la nécessité d’une organisation multidisciplinaire structurée, depuis la suspicion diagnostique jusqu’au suivi à long terme. Elle souligne également l’importance de prendre en compte la qualité de vie, les symptômes persistants et les conséquences psychosociales de la maladie, encore insuffisamment intégrés dans l’évaluation des stratégies thérapeutiques. Les patientes vivant avec un cancer de l’ovaire sont confrontées à une charge symptomatique durable, à l’anxiété liée aux rechutes fréquentes et à des effets indésirables prolongés des traitements.
L’équité constitue le fil conducteur du rapport. La Commission appelle donc à réduire les inégalités liées au genre, à la pauvreté, à l’origine ethnique et à la localisation géographique, en adaptant les politiques de santé, la formation des professionnels et la recherche clinique. Elle plaide pour un renforcement des systèmes de santé, le développement de réseaux de référence, l’amélioration de la collecte de données et l’inclusion accrue des populations sous-représentées dans les essais cliniques. La recherche translationnelle et clinique doit être pensée dans une perspective mondiale, afin que les avancées scientifiques se traduisent en bénéfices réels pour toutes les patientes. L’intégration étroite des paroles des patientes est d’ailleurs l’un des atouts de cette Commission co-présidée par le Pr Isabelle Ray-Coquard, Professeure des universités et praticienne hospitalière en oncologie médicale qui exerce au Centre Léon Bérard à Lyon. Elle dirige une équipe de recherche consacrée à l’évaluation des pratiques médicales et coordonne le réseau national des centres experts pour les cancers rares de l’ovaire en France, labellisé par l’Institut national du cancer (INCa). En 2023, sa carrière a été distinguée par l’ESMO Award, première femme oncologue française à recevoir ce prix prestigieux.
Enfin, la Commission propose une feuille de route visant à transformer la prise en charge du cancer de l’ovaire au cours de la prochaine décennie. L’évolution souhaitée repose sur un diagnostic plus précoce, une personnalisation des traitements fondée sur la biologie tumorale, une organisation des soins centrée sur l’expertise et la patiente, et un engagement politique fort en faveur de l’équité.











