Livres
Un psychiatre en habit vert, une folie ?
Le Pr Raphaël Gaillard, parmi de nombreux travaux, défend l'idée de recourir aux psychédéliques en clinique. Il vient également de rejoindre l'Académie française. Est-ce bien raisonnable?
A quoi peut encore servir l’Académie française sinon à nous offrir de beaux discours, les politiques, en ce moment, ayant déserté l’exercice. Contre toute attente, cet exercice de rhétorique s’écoute mais peut aussi se lire avec délectation. En témoigne le livre qui recueille les allocutions prononcées lors de la réception sous la coupole du Pr Raphaël Gaillard, éminent psychiatre au centre hospitalier Sainte -Anne et désormais immortel. On y goutte, comme dans une farandole de desserts, jeux de mots, anecdotes, citations, références mythologiques, bref ce qui est convenu d’appeler un certain esprit français. Le titre de l’ouvrage en ouvre l’appétit avec l’Âme d’une épée. Pour y exceller, le jeune académicien dispose de quelques atouts. Ancien élève de Normal Sup, il jouit de la double nationalité franco-suisse. D’où un regard à la fois proche et distant, amusé et critique sur l’Hexagone qui s’illustre dans le panégyrique du disparu, exercice obligatoire lors du discours de réception.
Comment brosser l’éloge de Valéry Giscard d’Estaing
Le sujet n’était pas simple. Comment brosser l’éloge de Valéry Giscard d’Estaing, titulaire du fauteuil N°16 sans verser dans la flagornerie, traverser le lac Léman sans tremper dans les eaux pas toujours très claires de notre monarchie présidentielle ? Premier obstacle à franchir, la lecture des romans de l’ancien Président de la République souvent moqués ... pour leur académisme. Raphaël Gaillard s’en tire là par une pirouette en s’abritant derrière la rosserie d’un autre académicien Jean-Marie Rouart. Mais l’admiration est sincère pour l’éloquence- François Mitterrand l’avait célébré en 1971- et l’intelligence à pronostiquer les bouleversements à venir. En 1995, Valéry Giscard d’Estaing avait ainsi anticipé la bascule d’une Russie « tentée de réorganiser son environnement proche, au besoin par la force » et d’envisager « des secousses violentes pour la rive sud de la Méditerranée sous la double poussée de l’explosion démographique et de l’intégrisme islamique ». Bien vu pour le moins. Mais l’homme de lettres abrite toujours le médecin qui se risque aussi à un diagnostic.
Le langage révèle notre fonctionnement psychique.
Quel serait le symptôme qui se révèle par la diction si personnelle de l’ancien président ? Elle est devenue si maniérée au fil du temps parce qu’elle exprimerait une déception, celle de la défaite de l’intelligence face à la marche de l’économie qui devient absconse, selon le mot choisi par Raphaël Gaillard. « VGE sembla désormais s’adresser à lui-même, en aparté, de l’intérieur. Le langage ne nous donne pas le fin mot de l’histoire, puisqu’il a sa propre opacité, mais paradoxalement, il nous éclaire. C’est par sa forme, diction et scansion, adverbes et tournures, qu’il révèle notre fonctionnement psychique ».
Avec l’élection du 16 ème médecin sous la coupole, le langage est ainsi hissé à sa plus haute mission, celle de « donner forme à notre vie psychique, plus encore qu’il la laisse entendre ». Bel éloge du mot, du jeu de mot qui donne alors le sens du titre de l’ouvrage. Quel nom donner à l’épée qui complète l’uniforme de l’académicien ? « Quel que soit son tranchant, cette épée prendrait le nom de l’âme ». Tout est dit ?
L’Âme d’une épée-Discours de réception à l’Académie française, Raphaël Gaillard, réponse de Pascal Ory ; 128 p, 16 euros, Ed Grasset, mars 2026, 16 euros.











