Psychiatrie
Les GLP-1 se révèlent performants dans la prise en charge des addictions
Chez les vétérans sans antécédent de trouble lié à l'usage de substances, l'initiation d'un agoniste GLP-1 était associée à une réduction globale de 14 % du risque de développer un trouble addictif, avec des réductions spécifiques pour l'alcool (18 %), le cannabis (14 %), la cocaïne (20 %), la nicotine (20 %) et les opioïdes (25 %).
- Sinenkiy Kiev, Ukraine/iStock
La supplique du Dr Fares Qeadan (Loyola University Chicago), dans un éditorial LIEN qui accompagne la publication de l’article LIEN est claire : surtout ne pas parler «d’Ozempic pour la dépendance ». Le risque est toutefois loin d’être négligeable après la publication d’une étude dans The British Medical Journal le 4 mars 2026.
Qu’on en juge ! Les agonistes des récepteurs du glucagon-like peptide-1 (GLP-1), développés initialement pour le traitement du diabète de type 2 et de l'obésité, seraient également susceptibles de réduire le risque de développer des addictions à diverses substances, notamment l'alcool, le cannabis, la cocaïne, la nicotine et les opioïdes. Cette hypothèse a reposé dans un premier temps sur l’écoute des patients. Le Dr Ziyad Al-Aly, épidémiologiste clinicien et chef du service de recherche du VA Saint Louis Health Care System, auteur principal de l'étude, le précise dans un commentaire LIEN: « Avec l'augmentation de leur utilisation, les patients ont commencé à rapporter un phénomène inattendu : non seulement leur appétit avait diminué, mais ils ressentaient aussi une disparition soudaine du besoin – voire une aversion – pour l'alcool, la nicotine et les drogues illicites, après des années de consommation et de nombreuses tentatives infructueuses d'arrêt. Certains de mes patients m'ont confié qu'il leur avait semblé soudainement plus facile d'arrêter de fumer ou de boire après avoir commencé ce traitement ». Comment expliquer cet effet innatendu ? A la différence des thérapeutiques actuelles de l'addictologie, qui ciblent chacune une substance particulière, les agonistes GLP-1 semblent agir de façon transversale sur l'ensemble des substances addictives, vraisemblablement en modulant les mécanismes du craving plutôt qu'en s'opposant spécifiquement à l'effet pharmacologique de chaque substance.
Avant de produire ces résultats, l'étude a reposé sur un design observationnel résultant de huit essais parallèles dits "new user target trials", fondés sur les dossiers médicaux électroniques du système de santé du Département des Anciens Combattants américains (US Department of Veterans Affairs). Deux protocoles distincts ont été conduits : le premier évaluant l'incidence des troubles liés à l'usage de substances chez des sujets sans antécédent de ces troubles, le second examinant les événements cliniques graves chez des sujets présentant un trouble préexistant.
La cohorte totale comprenait 606 434 vétérans américains atteints de diabète de type 2, suivis jusqu'à trois ans. Dans les deux analyses, les agonistes des récepteurs GLP-1 étaient comparés aux inhibiteurs du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (SGLT-2), un autre groupe de médicaments antidiabétiques utilisé comme comparateur actif. Ce choix méthodologique permet de limiter les biais de confusion inhérents aux études comparant un traitement actif à l'absence de traitement.
La cohorte était composée à 90 % d'hommes, avec un âge moyen de 65 ans. Plus de la moitié des participants (57 %) étaient fumeurs actifs ou anciens fumeurs, et plus de 40 % présentaient une dyslipidémie, avec de nombreuses comorbidités associées incluant hypertension artérielle, coronaropathie et insuffisance cardiaque.
Résultats principaux, chez les vétérans sans antécédent de trouble lié à l'usage de substances, l'initiation d'un agoniste GLP-1 était associée à une réduction globale de 14 % du risque de développer un trouble addictif, avec des réductions spécifiques pour l'alcool (18 %), le cannabis (14 %), la cocaïne (20 %), la nicotine (20 %) et les opioïdes (25 %), par rapport aux inhibiteurs SGLT-2. Ces résultats correspondent à environ 1 à 6 cas évités pour 1 000 personnes sur trois ans.
Une réduction de 50% de la mortalité
Chez les vétérans présentant un trouble addictif préexistant, ceux traités par agonistes GLP-1 présentaient une réduction de 31 % des passages aux urgences liés à leur trouble addictif, une réduction de 26 % des hospitalisations, une réduction de 50 % de la mortalité, une réduction de 39 % des surdosages, et une réduction de 25 % des comportements suicidaires. Ces bénéfices représentaient environ 1 à 10 événements évités pour 1 000 personnes sur trois ans.
Les auteurs reconnaissent plusieurs limites importantes. La population étudiée est issue d'un système de santé spécifique — celui des vétérans américains — composée majoritairement d'hommes âgés, ce qui limite la généralisation des résultats aux femmes, aux personnes jeunes et aux populations non diabétiques. Par ailleurs, la nature observationnelle de l'étude ne permet pas d'exclure l'influence de facteurs confondants résiduels non mesurés, tels que le statut socioéconomique ou les habitudes de vie. Les associations observées entre prise de GLP-1 et amélioration des conduites addictives demeurent des associations statistiques et non une preuve de causalité. Des essais randomisés en cours seront indispensables pour établir si les agonistes GLP-1 sont directement responsables de ces bénéfices ou si d'autres facteurs sont en jeu.
Un double effet dans la prévention et la prise en charge
Les auteurs concluent que ces données observationnelles suggèrent un rôle potentiel des agonistes des récepteurs GLP-1 aussi bien dans la prévention que dans la prise en charge des troubles liés à l'usage de substances, justifiant des investigations complémentaires.L'éditorial lié, précise que si la prudence reste de mise et que les traitements validés demeurent en première intention, ces résultats invitent à considérer les bénéfices potentiels sur les conduites addictives comme un élément supplémentaire dans la décision partagée lorsqu'un agoniste GLP-1 est déjà indiqué pour des raisons cardiométaboliques. Il convient par ailleurs de rappeler que des traitements médicamenteux efficaces existent déjà pour certaines addictions mais qu'ils restent largement sous-utilisés, notamment du fait de la stigmatisation sociale persistante associée aux troubles addictifs.
Au-delà de la programmation de nouveaux essais randomisés, une première conclusion apparaît au regard de ces premiers résultats selon le Dr Ziyad Al-Aly: « ces médicaments se situent à l'intersection de la santé métabolique et neuropsychiatrique, soulignant l'étroite imbrication de ces systèmes. Ils pourraient s'avérer prometteurs pour la prévention et le traitement des addictions. Si leur action consiste en partie à atténuer le signal de récompense qui alimente la consommation compulsive, les analogues du GLP-1 ne se limitent pas à la réduction du poids ou de la consommation de substances. Ils nous incitent à repenser les pathologies que nous avions l'habitude de catégoriser séparément et, peut-être, à les traiter avec des outils qui transcendent cette distinction ».











