Santé publique
Cancer du sein : en 2050 une augmentation dans le monde de 70 % des décès par rapport à 2024.
Sans renforcement du dépistage, de l’accès aux traitements et de la prévention des facteurs de risque, l’augmentation attendue du nombre de cas pourrait compromettre les progrès réalisés en santé des femmes à l’échelle mondiale.
- KatarzynaBialasiewicz/iStock
Cette étude du Global Burden of Disease 2023 publiée dans The Lancet Oncology le 2 mars 2026 lien dresse un état des lieux actualisé de l’épidémiologie du cancer du sein dans 204 pays entre 1990 et 2023, avec des projections jusqu’en 2050. En 2023, on estime à 2,30 millions le nombre de nouveaux cas chez les femmes dans le monde, à 764 000 le nombre de décès et à 24,1 millions le nombre de Disability-adjusted life years (DALYs), à savoir l’espérance de vie corrigée de l’incapacité. Cet indicateur estime le nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause d’une incapacité ou d’un décès prématuré.
Mais au-delà de ces chiffres en valeur absolue et en dépit des avancées diagnostiques et thérapeutiques, le fardeau mondial demeure considérable et très inégalement réparti.
Les taux standardisés sur l’âge de DALYs (ASDR) varient fortement selon le niveau de revenu. Ils sont les plus élevés dans les pays à faible revenu, autour de 871 pour 100 000, et dans les pays à revenu intermédiaire inférieur, environ 651 pour 100 000. Ces deux groupes concentrent à eux seuls 45,4 % des DALYs mondiaux. Les pays à revenu élevé présentent un ASDR d’environ 486 pour 100 000, et les pays à revenu intermédiaire supérieur environ 377 pour 100 000, mais totalisent ensemble 54,5 % des DALYs du fait du poids démographique et du vieillissement.
+104,8% dans les pays à faible revenu
Depuis 1990, les ASDR ont augmenté de façon marquée dans les pays à faible revenu (+104,8 %) et à revenu intermédiaire inférieur (+71,6 %), alors qu’ils ont diminué de 32,1 % dans les pays à revenu élevé. Aucune variation majeure n’est observée dans les pays à revenu intermédiaire supérieur. Les régions d’Afrique subsaharienne figurent parmi celles où les taux sont les plus élevés, notamment en mortalité.
L’incidence augmente avec l’âge et atteint un pic entre 85 et 89 ans. En 2023, le taux d’incidence brut mondial est de 50,4 pour 100 000 chez les femmes préménopausées (20–54 ans) contre 160,7 pour 100 000 chez les femmes post-ménopausées (≥55 ans), soit plus du triple. La mortalité suit la même dynamique : 13,7 pour 100 000 avant 55 ans contre 60,4 pour 100 000 après 55 ans. Entre 1990 et 2023, l’incidence standardisée a augmenté de 29 % chez les femmes préménopausées, alors qu’elle est restée globalement stable chez les post-ménopausées. La mortalité standardisée est restée stable chez les préménopausées mais a diminué de 12,4 % chez les post-ménopausées, essentiellement dans les pays à revenu élevé, traduisant l’impact du dépistage organisé, des traitements et des thérapies ciblées.
En 2023, 28,3 % des DALYs liés au cancer du sein sont attribuables aux facteurs de risque. Les principaux sont les facteurs alimentaires, en particulier une consommation élevée de viande rouge, le tabagisme actif et passif, l’hyperglycémie à jeun, l’indice de masse corporelle élevé, la consommation d’alcool et l’inactivité physique. La part attribuable est plus élevée chez les femmes post-ménopausées (33,6 %) que chez les préménopausées (23,6 %). L’obésité représente environ 1,1 million de DALYs chez les femmes après la ménopause. Un effet protecteur paradoxal de l’IMC élevé est observé avant la ménopause, déjà décrit dans la littérature, mais qui ne doit pas occulter l’impact globalement délétère de l’excès pondéral.
Les projections à l’horizon 2050 anticipent 3,56 millions de nouveaux cas annuels et 1,37 million de décès, soit une augmentation d’environ 70 % des décès par rapport à 2024. Les taux standardisés d’incidence et de mortalité devraient rester globalement stables, ce qui signifie que l’augmentation en valeur absolue sera principalement liée à la croissance et au vieillissement démographiques. L’Afrique subsaharienne devrait maintenir des taux de mortalité supérieurs à la moyenne mondiale.
Les écarts de mortalité reflètent largement les inégalités d’accès au diagnostic précoce et aux traitements. Dans de nombreux pays à ressources limitées, moins de 30 % des patientes sont diagnostiquées à un stade I ou II. L’accès à la radiothérapie, à la chimiothérapie et aux thérapies ciblées reste insuffisant ; en 2020, seule environ la moitié des pays africains disposaient d’un centre de radiothérapie, souvent en capacité limitée. Les traitements essentiels, y compris les anti-HER2, demeurent inaccessibles pour de nombreuses patientes.
-30% de mortalité dans les pays riches en 30 ans
À l’inverse, les pays à revenu élevé ont réduit la mortalité et les DALYs d’environ 30 % en trois décennies (en France - 23,1%), avec des survies nettes à 5 ans atteignant 85 à 90 %. Toutefois, des inégalités internes persistent selon l’origine ethnique ou le statut socio-économique. Le fardeau économique est majeur, avec un coût macroéconomique mondial estimé à 2 000 milliards de dollars sur la période 2020–2050.
Malgré certaines limites méthodologiques, notamment la qualité hétérogène des registres et l’absence de données systématiques sur le stade ou les sous-types histologiques, cette analyse confirme une stagnation des taux standardisés mondiaux mais une augmentation continue du nombre absolu de cas.
Sans renforcement du dépistage, de l’accès aux traitements et de la prévention des facteurs de risque, l’augmentation attendue du nombre de cas pourrait compromettre les progrès réalisés en santé des femmes à l’échelle mondiale.











