ASCO 2026
Cancers colorectaux métastatiques BRAF V600E : l'encorafénib-cétuximab valide son efficacité avec le FOLFIRI en première ligne
L'essai BREAKWATER dans sa globalité redistribue les cartes pour une population qui, jusqu'à récemment, bénéficiait d'un pronostic très défavorable. La démonstration que le bénéfice de l'encorafénib-cétuximab est reproductible avec deux schémas chimiothérapeutiques différents renforce considérablement la robustesse de la stratégie ciblée.
- Vladyslav Severyn/iStock
La mutation BRAF V600E, présente dans environ 8 à 12 % des cancers colorectaux métastatiques, a longtemps été associée à un pronostic particulièrement sombre. Historiquement, cette altération moléculaire conférait une résistance relative à la chimiothérapie standard et une survie globale médiocre. L'essai BREAKWATER, dont les résultats se sont progressivement imposés comme un tournant dans la prise en charge de ce sous-groupe, a franchi en 2026 une nouvelle étape importante avec la présentation en session late-breaking à l'ASCO des données finales de sa cohorte 3 et publié le 31 mai 2026 dans Annals of Oncology lien
Présentés par Scott Kopetz (MD Anderson Cancer Center, Houston) le 31 mai 2026, sous la référence LBA3503, ces résultats ont été simultanément publiés dans les Annals of Oncology. Cette analyse finale portait sur le critère secondaire clé de survie sans progression, ainsi que sur les données actualisées de survie globale et de tolérance.
Du FOLFOX au FOLFIRI : consolider l'arsenal thérapeutique
L'essai BREAKWATER de phase 3 avait déjà reconfiguré le traitement de première ligne en établissant l'association encorafénib-cétuximab combinée au mFOLFOX6 comme nouveau standard de soins, après avoir démontré des améliorations significatives du taux de réponse objective, de la survie sans progression et de la survie globale par rapport à une chimiothérapie avec ou sans bévacizumab. La cohorte 3, distincte, visait quant à elle à évaluer la faisabilité et l'efficacité du même doublet ciblé encorafénib-cétuximab associé cette fois à une chimiothérapie à base d'irinotécan, le FOLFIRI.
L'intérêt de cette démarche est cliniquement évident : dans la pratique quotidienne, tous les patients ne peuvent pas recevoir de l'oxaliplatine. Certains présentent des neuropathies préexistantes ou des comorbidités orientant vers un schéma à base d'irinotécan. Démontrer l'efficacité de l'encorafénib-cétuximab avec les deux principaux doublets de chimiothérapie utilisés en situation métastatique offre au clinicien une flexibilité thérapeutique précieuse et permet d'adapter le traitement au profil individuel du patient.
Protocole de l'étude et caractéristiques des patients
La cohorte 3 de BREAKWATER a inclus 147 patients porteurs d'un cancer colorectal métastatique BRAF V600E non préalablement traité en situation métastatique, présentant une maladie mesurable selon les critères RECIST 1.1 et un statut de performance ECOG de 0 ou 1. Les patients ont été randomisés en 1:1 pour recevoir soit l'encorafénib (300 mg/jour) associé au cétuximab (500 mg/m²) et au FOLFIRI, soit le FOLFIRI avec ou sans bévacizumab en bras contrôle. L'âge médian était de 62 ans, 46 % des patients étaient de sexe masculin et 60 % présentaient un statut ECOG à 0.
Le critère de jugement principal était le taux de réponse objective confirmé par revue indépendante en aveugle (BICR). La survie sans progression évaluée par BICR constituait le critère secondaire clé, la survie globale et la tolérance figurant parmi les critères secondaires complémentaires.
Une réduction de 56% du risque de progression ou de décès
Au moment de la coupure des données au 6 janvier 2026, avec un suivi médian de survie sans progression de 18,0 mois dans le bras expérimental et de 14,4 mois dans le bras contrôle, le traitement combiné a permis de réduire de 56 % le risque de progression ou de décès. La survie sans progression médiane s'établissait à 15,2 mois dans le bras encorafénib-cétuximab-FOLFIRI contre 8,3 mois dans le bras contrôle, soit un quasi-doublement.
Sur le plan de la réponse tumorale, le taux de réponse objective par BICR atteignait 64,4 % avec l'association expérimentale contre 39,2 % avec le contrôle (odds ratio 2,76 ; IC 95 % 1,42–5,35 ; p unilatéral = 0,001), soit plus de 25 points d'écart absolu. Ces données confirment et prolongent les résultats déjà présentés à l'ASCO GI 2026 en janvier.
Concernant la survie globale, les données restaient encore descriptives au moment de l'analyse, avec un suivi médian de 20,6 mois dans le bras expérimental et de 20,7 mois dans le bras contrôle. La survie globale médiane n'avait pas été atteinte dans le bras encorafénib-cétuximab-FOLFIRI contre 20,3 mois dans le bras contrôle (HR 0,56 ; IC 95 % 0,34–0,94). Le taux de survie globale à 18 mois s'élevait à 72,0 % dans le bras expérimental contre 54,9 % dans le bras contrôle. Si ces données de survie globale restent encore à maturité partielle, la tendance est cliniquement parlante : près de 75 % des patients traités par la combinaison expérimentale étaient encore en vie à 18 mois, contre un peu plus de 50 % sous traitement standard.
Les analyses en sous-groupes de survie sans progression ont montré un bénéfice en faveur de l'association encorafénib-cétuximab-FOLFIRI de manière constante dans l'ensemble des sous-groupes préspécifiés, incluant l'âge, le sexe, le statut de performance ECOG, le nombre d'organes atteints, la latéralité tumorale et la présence de métastases hépatiques au départ.
Un profil de tolérance rassurant
Sur le plan de la sécurité, le taux d'arrêt de la chimiothérapie pour toxicité était comparable entre les deux bras, à 14 % pour l'association encorafénib-cétuximab-FOLFIRI contre 10 % pour le bras contrôle, suggérant que l'adjonction des deux agents ciblés au schéma irinotécan n'augmente pas de manière significative la toxicité limitante. La durée médiane de traitement était de 67,9 semaines dans le bras expérimental contre 32,1 semaines dans le bras contrôle, et 38,4 % des patients continuaient le traitement dans le bras encorafénib contre 9,5 % dans le bras contrôle au moment de la coupure. Ces chiffres témoignent non seulement d'une meilleure efficacité mais aussi d'une tolérance permettant de maintenir le traitement dans la durée.
L'essai BREAKWATER dans sa globalité redistribue les cartes pour une population qui, jusqu'à récemment, bénéficiait d'un pronostic très défavorable. La démonstration que le bénéfice de l'encorafénib-cétuximab est reproductible avec deux schémas chimiothérapeutiques différents renforce considérablement la robustesse de la stratégie ciblée. Avec l'encorafénib-cétuximab associé au mFOLFOX6 déjà établi comme standard de soins, et l'association avec le FOLFIRI désormais confirmée avec un bénéfice comparable sur une base irinotécan, les cliniciens peuvent sélectionner le schémas le mieux adapté aux caractéristiques individuelles du patient, à ses comorbidités et à son profil de toxicité attendu.
Référence : Kopetz S, Tabernero J, Lonardi S, et al. BREAKWATER : Progression-free and overall survival analyses of first-line encorafenib + cetuximab + FOLFIRI in BRAF V600E-mutant metastatic colorectal cancer. J Clin Oncol. 2026;44(suppl 17):LBA3503. Publié simultanément dans Annals of Oncology.











