Neurologie
Démence : boire 2,5 tasses de café réduit le risque
La consommation modérée de caféine semble associée à une réduction du risque de démence et à une fonction cognitive légèrement meilleure sur le long terme. En revanche, le café décaféiné n’a montré aucune association significative avec un risque plus faible de démence.
- Thierry Hebbelinck/iStock
L’étude publiée dans JAMA par Yu Zhang et ses collègues (Zhang Y, Liu Y, Li Y, et al. Coffee and Tea Intake, Dementia Risk, and Cognitive Function publié dans JAMA LIEN
de l’Université Harvard (Boston, Massachusetts) explore le lien entre la consommation de café et de thé, le risque de démence et la fonction cognitive au cours de la vie adulte.
Certes, de nombreuses recherches ont examiné les effets potentiels de la caféine et du thé sur les performances cérébrales. Dans une revue systématique de 57 études (1990-2020), 81 % des études rapportaient une association positive entre consommation modérée de café ou thé et diminution du risque de démence ou déclin cognitif. Cet effet était plus marqué chez les femmes et pour des consommations modérées (100-400 mg/j).
Une méta-analyse (Oxford Nutrition Reviews, 389 000 participants) a montré qu’environ 2,5 tasses de café/jour étaient associées à une réduction du risque de maladie d’Alzheimer. Egalement chaque tasse de thé étudiée était corrélée à un moindre risque de troubles cognitifs.
D’autres analyses incluant des cohortes japonaises ont suggéré une réduction du risque de démence jusqu’à 25 % avec une consommation importante de thé vert, possiblement grâce à ses antioxydants (catechines).
Cependant, avant 2020, certaines méta-analyses n’avaient pas montré d’association nette entre café seul et déclin cognitif global
Ainsi, malgré des résultats favorables, le niveau de preuve restait modéré et les données étaient hétérogènes (différences de populations, variations des quantifications des consommations, confondants potentiels). Elles ne distinguaient pas clairement les effets du café caféiné comparés au café décaféiné ou du thé. Le but principal de cette étude était de clarifier ces associations en s’appuyant sur des données provenant de deux grandes cohortes prospectives suivies pendant plusieurs décennies.
La recherche a utilisé les données de 131 821 participants issus de deux cohortes américaines bien établies : la Nurses’ Health Study (NHS), qui a inclus des infirmières aux États-Unis, et la Health Professionals Follow-Up Study (HPFS), composée de professionnels de la santé masculins. Les participants ne présentaient ni cancer, ni maladie de Parkinson, ni démence au début de l’étude. Les habitudes alimentaires, y compris la consommation de café (caféiné ou décaféiné) et de thé, ont été recueillies tous les deux à quatre ans à l’aide de questionnaires validés sur la fréquence des aliments. Les chercheurs ont ensuite suivi ces cohortes jusqu’à 43 années pour documenter les cas de démence et évaluer les fonctions cognitives par des mesures subjectives et objectives.
Le critère principal mesuré dans l’étude était l’apparition de démence, déterminée par des diagnostics médicaux et des registres de décès. En outre, la fonction cognitive a été évaluée à l’aide d’outils standardisés : une échelle de déclin cognitif subjectif (questionnaire auto-rapporté) et, dans la cohorte NHS, des tests cognitifs téléphoniques tels que le Telephone Interview for Cognitive Status (TICS) et des évaluations globales standardisées de plusieurs domaines cognitifs.
11 033 cas de diagnostic de démence
Au total, 11 033 cas de diagnostic de démence ont été identifiés au cours du suivi. Après ajustement pour de nombreux facteurs confondants potentiels (tels que l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, l’activité physique, l’état de santé général et d’autres habitudes alimentaires), les résultats ont montré que les personnes ayant une consommation plus élevée de café caféiné avaient un risque significativement plus faible de développer une démence que celles qui en consommaient très peu. Plus précisément, comparés à ceux dont la consommation de caféine était dans le quartile le plus bas, les individus du quartile le plus élevé présentaient environ 18 % de risque moindre de démence (hazard ratio ajusté d’environ 0,82).
De manière similaire, une consommation plus élevée de thé a été associée à un risque réduit de démence et à une prévalence plus faible de déclin cognitif subjectif. En revanche, le café décaféiné n’a montré aucune association significative avec un risque plus faible de démence ou une meilleure fonction cognitive, suggérant que la caféine ou d’autres composés présents dans le café et le thé pourraient être responsables des associations observées.
Une relation non linéaire entre la quantité de café et le risque de démence
L’analyse des données a également mis en évidence une relation non linéaire entre la quantité de café ou de thé consommée et le risque de démence. Les bénéfices observés étaient les plus prononcés pour des niveaux de consommation modérés : environ deux à trois tasses de café caféiné par jour ou une à deux tasses de thé par jour étaient associés aux plus faibles risques de démence et aux meilleures mesures de la fonction cognitive. Au-delà de ces niveaux, les avantages supplémentaires semblaient diminuer. Ces résultats valident les conclusions d’autres études selon lesquelles une consommation modérée, plutôt qu’excessive, serait associée aux effets protecteurs les plus marqués.
En ce qui concerne les mesures de la fonction cognitive, les chercheurs ont observé que les niveaux plus élevés de consommation de café caféiné étaient associés à une prévalence plus faible de déclin cognitif subjectif — les participants signalaient moins souvent de problèmes tels que la perte de mémoire ou les difficultés à penser. Dans la cohorte NHS, ces participants avaient également de légères améliorations des scores de TICS et de cognition globale, bien que certaines de ces associations n’atteignent pas la signification statistique sur tous les tests.
Les auteurs ont souligné que, malgré ces associations robustes, l’étude reste observationnelle et ne peut pas prouver de causalité. Même avec un ajustement pour de nombreux facteurs confondants, il est possible que des habitudes de vie ou des caractéristiques non mesurées chez les buveurs de café ou de thé puissent contribuer à un risque réduit de démence. De plus, les données sur la consommation étaient auto-rapportées et les changements dans les habitudes au cours du temps ou des erreurs de mémoire peuvent influencer les résultats.
Au final, la consommation modérée de caféine semble associée à une réduction du risque de démence et à une fonction cognitive légèrement meilleure sur le long terme. Ces résultats doivent être interprétés dans le contexte d’un mode de vie globalement sain. D’autres comportements, tels que l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée, un sommeil adéquat et l’absence de tabagisme, restent des facteurs bien établis pour la santé cognitive et la prévention des troubles neurodégénératifs.











