Peau
Eczéma du nourrisson : le stress maternel durant la grossesse en cause
La dermatite atopique développée par les bébés à leur naissance est déclenchée par des dysrégulations du système immunitaire, causées par élévation une hausse du taux de cortisol pendant la grossesse.

- Par Geneviève Andrianaly
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- LucaLorenzelli/iStock
En cas d’eczéma, trois symptômes se manifestent par des démangeaisons, des lésions cutanées (rougeurs, croûtes) et une sécheresse de la peau. Chez les enfants, ces signes se développent rapidement après la naissance au niveau des zones de flexion soumises à des contraintes mécaniques continues. Problème : cette maladie chronique, évoluant par poussées, perturbe leur sommeil. Selon l’Assurance Maladie, la survenue de l'eczéma atopique est souvent liée à une histoire familiale d'atopie. Dans une nouvelle étude, des chercheurs de l’Inserm, le CNRS et l’Université de Toulouse ont voulu déterminer si le stress ressenti par les femmes durant la grossesse pouvait être responsable de l’apparition de la dermatite atopique chez les nourrissons. Cette association avait déjà été mise en avant dans des recherches, mais "aucun lien biologique causal n'a encore été identifié." Pour mener à bien leurs travaux, parus dans la revue Nature, l’équipe a fait des expériences sur des souris en gestation. Les animaux ont été exposés à des lumières désagréables plusieurs fois par jour, entre le 13ème et le 18ème jour de leur grossesse, au moment où les systèmes immunitaire et nerveux se mettent en place au sein de la peau. "L'eczéma à la naissance trouve son origine dans des dérèglements moléculaires des circuits neuro-immuns in utero, déclenchés par des fluctuations de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien maternel." En clair, le stress ressenti par les rongeurs a induit une élévation de leur taux de cortisol.Une élévation du taux de cortisol
La progéniture des souris stressées présente des éruptions cutanées et une hypersensibilité
"À première vue, aucun signe anormal n’était visible chez la descendance, hormis une légère altération de la barrière cutanée. Cette condition est connue pour favoriser l’apparition de l’eczéma, surtout chez les enfants", a déclaré Nicolas Gaudenzio, qui a participé à l’étude. À partir de ce constat, les auteurs ont mis des compresses humides sur le dos des souris et frotté le cou, les plis du coude et des genoux avec un ruban adhésif. Rapidement, la progéniture des souris stressées a présenté des éruptions cutanées et une hypersensibilité, "signe de lésions eczémateuses profondes." Une analyse plus poussée a révélé que les souriceaux avaient une sensibilité au toucher exacerbée, car leurs neurones percevant la sensation de toucher étaient davantage activés.
"Les mastocytes sont activés au repos. (…) La peau est prédisposée à développer l’inflammation"
Autre observation : l’expression de 530 gènes des mastocytes (cellules associées au système immunitaire inné) est modifiée. "En temps normal, ces cellules immunitaires libèrent de l’histamine, la substance à l’origine des rougeurs et des démangeaisons, en présence d’un agent allergène ou irritant. Mais ici, les mastocytes sont déjà activés au repos, dans un environnement neutre, ce qui veut dire que la peau est prédisposée à développer l’inflammation", a expliqué Nicolas Gaudenzio. Dans les conclusions, les auteurs ont précisé que ces résultats ont été aussi observés chez 58 femmes enceintes.