Publi-rédactionel
Cancer du poumon ALK+ : accompagner la reprise du travail à l’ère des thérapies ciblées
Pr Denis Moro-Sibilot, onco-pneumologue et Dr Katiane Fonmartin, médecin du travail.
Parmi les cancers bronchiques, le démembrement moléculaire a identifié un sous type comportant des réarrangements du gène ALK (CBNPC ALK+). Le pronostic défavorable de cette maladie connaît aujourd’hui une transformation majeure grâce aux thérapies ciblées. Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives pour les patients, notamment en matière de qualité de vie et de projection dans l’avenir. Parmi elles, la question du travail occupe une place centrale. Reprise d’activité, aménagement du poste, démarches administratives : comment accompagner concrètement ces patients dans leur parcours professionnel ?
1. Cancer du poumon ALK+ : une maladie qui s’inscrit dans la durée, un nouvel enjeu pour la vie professionnelle
Les cancers bronchiques avec réarrangement du gène ALK représentent environ 5 % des cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC).1 Leur profil clinique est atypique puisqu’il concerne majoritairement des patients jeunes et souvent des femmes non-fumeuses ou faiblement exposées au tabac.1 Leurs spécificités moléculaires en ont fait une cible de choix pour les thérapies ciblées et l’arrivée des inhibiteurs de tyrosine kinase a profondément transformé leur pronostic.1,2 La survie sans progression s’étend désormais sur plusieurs années, inscrivant la maladie dans une temporalité plus longue, parfois qualifiée de « chronicisation ».1,2
Ce contrôle durable, associé à une qualité de vie globalement préservée, modifie en profondeur les perspectives des patients.3 Au-delà de la prise en charge médicale, des dimensions de vie autrefois secondaires, telles que les projets personnels, familiaux ou professionnels, prennent maintenant une place centrale dans le suivi.3
Dans ce contexte, la question du travail émerge rapidement. Reprendre ou poursuivre une activité professionnelle devient un enjeu à la fois personnel, social et médical. Les patients, souvent en âge de travailler, cherchent à concilier incertitudes liées à la maladie et maintien d’une vie « normale ».
Les professionnels de santé sont ainsi de plus en plus sollicités sur des aspects très concrets : quand envisager une reprise ? à quel rythme ? avec quels aménagements ? Autant de questions qui nécessitent des repères pratiques et une approche adaptée à cette nouvelle réalité de la maladie.
2. Travail et cancer ALK+ : un enjeu majeur mais encore insuffisamment adressé – Résultats de l’enquête nationale
Afin de mieux comprendre l’impact concret du cancer du poumon ALK+ sur la vie quotidienne, une enquête nationale française récente menée par le laboratoire Takeda et APLUSA a combiné une approche qualitative puis quantitative, auprès de patients, de leurs aidants et de professionnels de santé. Une première phase d’entretiens a permis d’identifier les principaux enjeux vécus, qui ont ensuite servi de base à l’élaboration de questionnaires en ligne. L’étude a ainsi exploré de manière détaillée plusieurs dimensions du vécu de la maladie : impact psychologique, retentissement physique, vie familiale et sociale, loisirs et projets de vie, mais aussi enjeux professionnels, administratifs et financiers. Elle met en lumière les besoins, attentes et difficultés rencontrés au quotidien, au-delà de la seule prise en charge médicale. Si l’enquête a couvert l’ensemble de ces sphères, nous nous concentrerons ici plus particulièrement sur l’impact de la maladie sur la vie professionnelle.
Parmi les 85 patients interrogés, une majorité était constituée de femmes (74,1 %) et de patients relativement jeunes, 68,2 % ayant moins de 60 ans. Une large proportion appartenait donc à la population active au moment du diagnostic, ce qui se reflète dans les résultats puisque les difficultés professionnelles font partie de celles les plus fréquemment citées par les patients. Ainsi, 25,9 % des patients mentionnent des difficultés liées aux arrêts de travail, 18,8 % à la diminution du temps de travail et 14,1 % à des troubles de la concentration.
Plus globalement, 62 % des patients déclarent au moins une difficulté professionnelle en lien avec la maladie. Parmi les patients en temps partiel, en arrêt de travail, en invalidité ou en recherche d’emploi, 90 % estiment que leur situation actuelle est directement liée à la maladie. Outre les arrêts de travail (26 %), les aménagements d’horaires (21 %) et du temps de travail (19 %), d’autres difficultés sont fréquemment rapportées telles que des troubles cognitifs, la nécessité de changer de poste et la crainte de perdre son emploi. L’impact global de ces difficultés est évalué à 7,6/10 par les patients.
Ces résultats soulignent le poids des enjeux professionnels dans le vécu de la maladie. Pourtant, ces questions restent encore insuffisamment abordées en consultation : 26 % des patients déclarent souhaiter en parler sans oser, tandis que 13 % rapportent ne pas avoir reçu d’aide après les avoir évoquées.
Dans ce contexte, une meilleure prise en compte de la dimension professionnelle apparaît essentielle, notamment en orientant les patients vers des ressources adaptées et en intégrant ces problématiques dans l’accompagnement global.
Mais comment, concrètement, accompagner ces patients dans leur parcours professionnel ? Quelles sont les marges de manœuvre et les points de vigilance ? Pour apporter des éléments de réponse, nous avons confronté les points de vue d’un pneumologue spécialisé en oncologie thoracique et d’un médecin du travail.
3. Accompagner la reprise: le regard de l’onco-pneumologue et du médecin du travail
Reprise du travail, aménagement de poste, gestion de la fatigue ou des effets indésirables : comment répondre concrètement aux questions des patients ? Le Pr Denis Moro-Sibilot, onco-pneumologue, et le Dr Katiane Fonmartin, médecin du travail, apportent un éclairage complémentaire et des clés pratiques pour accompagner au mieux ces situations.
- Quand reprendre le travail ?
Pr Denis Moro-Sibilot (onco-pneumologue) : Grâce aux thérapies ciblées utilisées dans le cancer du poumon ALK+, nous avons aujourd’hui des patients dont l’état est stabilisé sur la durée. La question du moment opportun pour reprendre une activité professionnelle revient très fréquemment en consultation. Comment pouvons-nous les accompagner concrètement dans cette décision ?
Dr Katiane Fonmartin (médecin du travail) : Il n’existe pas de moment idéal « universel », chaque patient va à son rythme. Mais le point commun est que la reprise ne peut pas s’improviser, elle doit s’anticiper. La visite de pré-reprise auprès d’un professionnel de la santé au travail va pouvoir constituer un temps d’échange médical confidentiel entre le patient et le professionnel de santé pour préparer ce retour.
Cette consultation a plusieurs objectifs. Elle permet d’abord de faire le point sur la situation médicale : traitements en cours, éventuelles séquelles, besoins de suivi, ou encore pathologies associées. Elle vise également à évaluer les capacités de reprise en tenant compte de nombreux paramètres : les contraintes du poste de travail, l’environnement de l’entreprise, l’entourage professionnel, mais aussi le niveau de qualification ou l’âge du patient. L’intérêt est d’anticiper au maximum les conditions de retour afin d’éviter une reprise inadaptée ou trop brutale. C’est un moment clé pour construire un projet de reprise réaliste et sécurisé, en lien avec les autres acteurs du parcours de soins.4,5
- Reprise à temps plein ou progressive ?
Pr Denis Moro-Sibilot : Même lorsque la maladie est contrôlée, de nombreux patients décrivent une fatigue persistante, des troubles du sommeil ou des effets indésirables liés aux traitements. Dans ce contexte, une reprise à temps plein est-elle réaliste d’emblée ?
Dr Katiane Fonmartin : Dans la majorité des situations, notamment après des arrêts prolongés et des soins lourds, la reprise à temps plein est difficile à mettre en œuvre. Un retour progressif via la mise en place d’un temps partiel thérapeutique, permettant un aménagement du temps de travail adapté à l’état de santé du patient, va être recommandé. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas nécessairement d’un mi-temps fixe : le temps de travail peut être adapté et augmenté progressivement en fonction de l’évolution de l’état de santé et de la tolérance à la reprise.
L’organisation des horaires doit être ajustée en prenant en compte à la fois les besoins du patient (soins, fatigue, troubles du sommeil) et les contraintes de l’entreprise.
Sur le plan pratique, le temps partiel thérapeutique est prescrit par le médecin traitant ou le spécialiste et nécessite l’accord de l’employeur pour sa mise en place. Il ne fait pas obligatoirement suite à un arrêt de travail. A noter que dans certains régimes particuliers, notamment dans la fonction publique, l’avis du comité médical sera également sollicité. C’est donc un levier essentiel pour favoriser un retour à l’emploi progressif et durable.6
- Aménagement de poste : dans quels cas et comment?
Pr Denis Moro-Sibilot : Chez les patients atteints de cancer du poumon ALK+, il est fréquent que la reprise du travail ne puisse pas se faire dans les conditions antérieures. Fatigue, contraintes liées aux traitements, ou encore organisation des soins peuvent rendre nécessaire une adaptation du poste. Dans quelles situations peut-on envisager ces aménagements et comment les mettre en place concrètement ?
Dr Katiane Fonmartin : Les aménagements du poste de travail constituent un levier central du maintien en emploi et peuvent être très variés. Ils concernent d’abord l’organisation du travail : adaptation des horaires, recours au temps partiel thérapeutique, ou encore exclusion de certains rythmes comme le travail de nuit, les horaires décalés ou les astreintes. Ils peuvent également porter sur le contenu du travail, avec une réorganisation des tâches, une réduction de la charge de travail ou le recours au télétravail lorsque cela est possible. Des aménagements techniques peuvent enfin être proposés, comme du matériel ergonomique, des aides à la manutention, des équipements visant à compenser un éventuel handicap.
Dans tous les cas, la mise en place de ces aménagements doit se discuter avec l’employeur, qui est un interlocuteur clé. Le service de santé de travail peut solliciter l’employeur à l’issue de la visite de pré-reprise, avec l’accord du patient, afin de prévoir une étude de poste et un temps d’échange.
Un rendez-vous de liaison, à partir de 30 jours d’arrêt de travail, peut aussi être proposé à la demande de l’employeur ou du salarié, afin de maintenir ou rétablir le lien et anticiper les conditions de reprise, sans aborder d’informations médicales. Le service de santé au travail peut participer à ce rendez-vous.
Dans les situations plus complexes, d’autres dispositifs peuvent être mobilisés, comme l’essai encadré, qui permet de placer le salarié en situation de reprise alors qu’il est encore en arrêt de travail, d’évaluer les capacités de retour sur son poste, les besoins d’aménagements voire de tester un autre poste dans l’entreprise.
Enfin, lorsque le poste initial n’est plus compatible avec l’état de santé, un reclassement peut être envisagé. L’anticipation de ces démarches reste essentielle pour sécuriser la reprise.7
Quelles démarches concrètes pour reprendre ?
Pr Denis Moro-Sibilot : Au-delà de leur état de santé, les patients atteints de cancer du poumon ALK+ sont souvent confrontés à une grande incertitude sur les démarches à engager pour reprendre une activité professionnelle. Entre les interlocuteurs multiples et les dispositifs existants, comment les guider de façon simple et structurée ?
Dr Katiane Fonmartin : Les questions relatives à la reprise du travail doivent faire partie intégrante du parcours de soins, tout en s’adaptant à la spécificité de chaque patient. L’important est d’aborder systématiquement le sujet du travail afin que le patient puisse identifier les interlocuteurs potentiels et être informé des dispositifs existants. Un des moments clé dans cet accompagnement vers le retour au travail est la visite de pré-reprise, demandée par le salarié ou un médecin pendant l’arrêt de travail. Cette visite permettra au professionnel de la santé au travail de prendre connaissance du contexte médical, d’évaluer la situation en lien avec la médecine de soins et de préparer les conditions pour un retour dans des conditions optimales.
Plusieurs dispositifs peuvent ensuite être mobilisés. Le temps partiel thérapeutique constitue souvent une première modalité de reprise, permettant d’adapter progressivement le rythme de travail avec l’accord de l’employeur. Si nécessaire, d’autres aménagements de poste peuvent être proposés : adaptation des horaires, télétravail, réduction de la charge de travail ou réorganisation des tâches. La constitution d’un dossier de Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) pourra également être proposée afin de mobiliser les acteurs du maintien. Des organismes dédiés au maintien en emploi peuvent être sollicités pour accompagner le retour en emploi, et dans certaines situations mobiliser des financements d’équipements spécifiques, compenser une perte de productivité, entamer une démarche de reconnaissance de lourdeur de handicap… Les démarches engagées auprès de la MDPH sont confidentielles ; l’employeur ne sera informé que si des actions sont engagées dans l’entreprise.
Le service de santé au travail est l’acteur clé qui va pouvoir informer le patient sur les accompagnements possibles, les aides financières mobilisables, les acteurs ressources, en fonction également du régime du patient (fonctionnaire, salarié…). En l’absence de suivi par un service de santé au travail, les services spécialisés de pathologie professionnelle pourront être sollicités. L’enjeu est d’anticiper ces étapes de retour en emploi afin de sécuriser une reprise adaptée et durable.8,9

Et si la reprise n’est pas possible ?
Pr Denis Moro-Sibilot : Chez certains patients atteints de cancer du poumon ALK+, malgré une maladie contrôlée, la reprise du travail peut s’avérer difficile ou inadaptée durablement. Dans ces situations, les patients se retrouvent souvent face à de nombreuses interrogations : quelles alternatives existent ? Quelles démarches engager ? Et surtout, vers quels interlocuteurs se tourner ?
Dr Katiane Fonmartin : Nous pouvons rencontrer des situations différentes. Lorsqu’une reprise du travail n’est pas possible ou durablement compromise chez les patients atteints de cancer du poumon ALK+, soit l’arrêt de travail pourra être prolongé, soit une mise en invalidité pourra être discutée avec le médecin conseil de la sécurité sociale. Dans le régime de la fonction publique, une mise en retraite d’office pourra être décidée par le médecin expert.
Dans certaines situations, l’état de santé ne permet pas de reprendre le travail sur le poste et/ou le métier initial mais reste compatible avec la reprise d’une activité professionnelle. Dans ce cas, une inaptitude au poste pourra être émise par le médecin du travail et conduira au licenciement pour motif médical. Il sera alors indispensable, avant de statuer, de guider et d’orienter le patient dans une démarche de reconversion professionnelle. Des accompagnements pourront parfois être initiés pendant l’arrêt : bilan de compétence, recherche de formations professionnelles, accompagnement pour la création d’entreprise… Des accompagnements peuvent être proposés par différents spécialistes du maintien et du handicap : le Cap Emploi, la MDPH, le service social de la CARSAT, des conseillers en évolution professionnelle (CEP). Certaines entreprises disposent également d’assistant social ou de référent handicap qui peuvent accompagner les collaborateurs. Un complément de revenu par l’allocation adulte handicapé (AAH) peut parfois être obtenu auprès de la MDPH.9,10
L’objectif de ces dispositifs est de proposer des solutions adaptées à chaque situation, afin de sécuriser les parcours professionnels et d’éviter les ruptures de prise en charge.
4. En pratique, quels interlocuteurs contacter et quand ?
Conclusion
À l’ère des thérapies ciblées, le cancer du poumon ALK+ s’inscrit dans une trajectoire à long terme, faisant émerger de nouveaux enjeux, notamment autour du travail.
Anticiper, accompagner et orienter les patients dans leur parcours professionnel devient essentiel pour sécuriser leur retour ou leur maintien dans l’emploi, en cohérence avec leur projet de vie.
Références
- Barlesi F, et al. Routine molecular profiling of cancer: results of a one-year nationwide program of the French Cooperative Thoracic Intergroup (IFCT) for advanced non-small cell lung cancer (NSCLC) patients. 2016;387(10026):1415-26. doi: 10.1016/S0140-6736(16)00004-0
- Elsayed M, et al. Therapeutic Sequencing in ALK+ NSCLC. Pharmaceuticals (Basel).2021 Jan 21;14(2): 80.doi:10.3390/ph14020080
- Huang Y, et al. Health-related quality of life among anaplastic lymphoma kinase (ALK)-positive non-small cell lung cancer (NSCLC) patients treated with first- and next-generation ALK tyrosine kinase inhibitors (TKIs): a systematic review and meta-analysis. Qual Life Res. 2025;34(11):3073-3092. doi: 10.1007/s11136-025-04088-6
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- Ministère du travail et des solidarités. Comment préparer sa reprise après un arrêt maladie ? Disponible à l’adresse : https://travail-emploi.gouv.fr/comment-preparer-sa-reprise-apres-un-arret-maladie Page consultée le 06/05/2026
- Tout savoir sur le mi-temps thérapeutique. Disponible à l’adresse : https://www.caf.fr/allocataires/vies-de-famille/articles/tout-savoir-sur-le-mi-temps-therapeutique#:~:text=On%20appelle%20commun%C3%A9ment%20%C2%AB%20mi%2Dtemps,d%27un%20accident%20du%20travail. Page consultée le 06/05/2026
- Ministère du travail et des solidarités. L’adaptation du poste du salarié à sa situation. Disponible à l’adresse : https://travail-emploi.gouv.fr/adapter-le-poste-dun-salarie-sa-situation Page consultée le 06/05/2026
- Ministère du travail et des solidarités. L’essai encadré. Disponible à l’adresse : https://travail-emploi.gouv.fr/lessai-encadre Page consultée le 06/05/2026
- Mon parcours handicap. RQTH : Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Disponible à l’adresse : https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/glossaire/rqth#:~:text=La%20reconnaissance%20de%20la%20qualit%C3%A9,le%20maintien%20dans%20l%27emploi. Page consultée le 06/05/2026
- L’allocation aux adultes handicapés (AAH). Disponible à l’adresse : https://www.caf.fr/allocataires/aides-et-demarches/droits-et-prestations/handicap/l-allocation-aux-adultes-handicapes-aah Page consultée le 06/05/2026

EXA/FR/ALUN/0425 - Juin 2026








