Onco-Digestif

Carcinose gastrique : chirurgie de cytoréduction + CHIP ne font pas mieux que la poursuite de la chimiothérapie systémique

Au dernier congrès de l’ESMO, ont été présentés les résultats définitifs de l’essai de phase III PERISCOPE testant l’intérêt d’une chirurgie de cytoréduction complète associée à une chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale (CHIP) chez des malades ayant une carcinose péritonéale d’origine gastrique résécable.

Triste constat, alors certes avec une CHIP à l’oxaliplatine souvent jugée suboptimale par les équipes spécialisées, mais une chirurgie de cytoréduction tout de même, et comparée à la poursuite du traitement par voie systémique, le résultat est sans appel, il n’y a à ce stade pas beaucoup d’argument pour proposer une stratégie agressive à visée curative chez ces malades.

  • Ege Pamukcu/iStock
  • 28 Mai 2026
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    En cas de carcinose péritonéale (CP) d’origine gastrique, le pronostic oncologique est défavorable et la prise en charge repose sur l’administration d’une chimiothérapie palliative éventuellement associée à l’immunothérapie ou une thérapie ciblée (1). Des données issues d’études non contrôlées ont suggéré l’intérêt d’une approche à visée curative associant chirurgie de cytoréduction complète (CCC) et CHIP qui pourrait permettre d’améliorer le pronostic oncologique de ces malades.

    Au congrès de l’ESMO 2025 ont été présentés les résultats définitifs de l’essai de phase III PERISCOPE II comparant la réalisation d’une CCC+CHIP à base d’oxaliplatine à la poursuite de la chimiothérapie systémique chez des malades ayant une CP d’origine gastrique résécable (index péritonéal < 7 et/ou cytologie péritonéale positive) stabilisée après 3 ou 4 cycles de chimiothérapie avec ou sans immunothérapie ou thérapie ciblée. Le critère de jugement principal était la survie globale et l’essai a été stoppé pour futilité après l’inclusion des 102 premiers malades (226 devaient en théorie participer).


    L'essai PERISCOPE II

    De 2017 à 2024, parmi les 102 malades inclus, 51 ont été randomisés dans le groupe CCC+CHIP et 51 dans le bras contrôle. Dans le groupe CCC+CHIP, 13 malades n’ont pas pu avoir le traitement, principalement (n=10) en raison d’une maladie plus avancée que celle diagnostiquée sur les examens du bilan préthérapeutique, dans le bras standard, 7 malades ont eu une CCC+CHIP hors protocole. Le taux d’EIG était de 44% dans le groupe CCC+CHIP et de 8% dans le groupe contrôle, 3 décès toxiques liés au traitement ont été rapportés dans le bras CCC+CHIP. En intention de traiter, il n’y avait de pas différence statistiquement significative en termes de médiane de survie entre les bras CCC+CHIP et le bras contrôle (15,7 mois, intervalle de confiance [IC] 95% = 11,2 — 25,5 et 16,3 mois, IC 95%= 14,1 — 21,9 respectivement, HR 1,11, IC 95% = 0,7 — 1,77 ; p = 0,67). En analyse per-protocole la médiane de survie après CCC+CHIP était de 17,3 mois (IC 95% = 13,7 — 37,7) et de 15,6 mois (IC 95% : 13 — 21,1) dans le bras contrôle, HR : 0,7 (IC 95% : 0,38 — 1,12) ; p = 0,22. Les auteurs ont conclu que la CCC+CHIP en cas de carcinose gastrique s’accompagne d’une augmentation du risque d’évènements indésirables graves et n’améliore pas le pronostic par rapport à la poursuite de la chimiothérapie.


    Perspectives

    Le résultat est sans appel. La CCC+CHIP en cas de carcinose gastrique limitée, c’est plus de toxicité, un risque de mortalité liée au traitement, sans bénéfice oncologique. Ces résultats sont concordants avec ceux de l’essai FLOT5 portant sur des cancers gastriques métastatiques pris en charge à visée curative mais dans lequel seule une minorité de malades avaient une CP et dans lequel il n’y avait pas non plus de bénéfice oncologique d’une stratégie de résection à visée curative de la tumeur primitive et de la maladie métastatique.

    Ceci étant dit, il est malgré tout possible de discuter certains points de ces résultats. L’essai est déjà un peu ancien dans sa conception et le bilan d’extension de la CP représente un vrai problème diagnostique. Dans cet essai, le bilan initial ne comportait pas une laparoscopie et une IRM de diffusion systématiques qui permettent probablement d’améliorer cette évaluation. C’est un point important dans la mesure où près de 20 % des malades du groupe expérimental n’ont pas eu le traitement initialement prévu en raison d’une maladie trop évoluée. Sans démontrer une efficacité du bras expérimental, l’analyse per-protocole montre que cet effet l’a pénalisé. Un autre point est celui de l’utilisation d’une CHIP à l’oxaliplatine qui a alimenté beaucoup de débats depuis 10 ans. C’est un facteur dont l’impact, s’il existe, est probablement marginal. Même si ce facteur jouait, il est assez navrant d’observer qu’il n’y a pas la moindre tendance en faveur d’une stratégie de résection dans cette maladie par rapport à la poursuite du traitement systémique. Enfin, au cours des 10 dernières années, le traitement systémique, avec l’adjonction des thérapies ciblées et de l’immunothérapie et l’identification de biomarqueurs de sensibilité au traitement a permis d’améliorer le pronostic oncologique. De nouveaux essais utilisant ces nouveaux biomarqueurs et thérapies seront utiles pour concevoir de nouvelles stratégies à visée curative dans ce contexte.

     

    References

    1. Lancet. 2023 Dec 9;402(10418):2197-2208. doi: 10.1016/S0140-6736(23)02033-0. Epub 2023 Oct 20. PMID: 37871604.
    2. BMC Cancer. 2017 Dec 28;17(1):893. doi: 10.1186/s12885-017-3918-9. PMID: 29282088; PMCID: PMC5745860.

     

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