Gynécologie
L'estrogénothérapie vaginale ne provoque pas la récidive du cancer de l'endomètre
Les résultats d'une étude s'inscrivent dans un corpus de données croissant qui remet en question la contre-indication empirique et souvent implicite à l'estrogénothérapie vaginale après cancer de l'endomètre.
- Nemes Laszlo/iStock
Peut-on réintroduire l'œstrogénothérapie vaginale sans danger pour la patiente, y compris après un cancer de l'endomètre ?L'enjeu ici est loin d'être négligable lorsque que le diagnostic est porté chez des femmes en âge de procréer ou en préménopause. Après traitement chirurgical, qui inclut le plus souvent une ovariectomie bilatérale chez les patientes jeunes, ces femmes se retrouvent en ménopause chirurgicale précoce, exposées à des symptômes génito-urinaires parfois sévères et à un retentissement marqué sur la qualité de vie.
L'estrogénothérapie vaginale à faible dose constitue le traitement de référence du syndrome génito-urinaire de la ménopause. Mais son utilisation chez les survivantes d'un cancer de l'endomètre reste très controversée en pratique. Le risque serait qu'une stimulation estrogénique locale puisse favoriser une récidive tumorale. Cette étude LIEN avait pour objectif d'évaluer, dans une large cohorte américaine de jeunes survivantes, la fréquence du recours à cette thérapeutique dans l'année suivant le diagnostic, et d'examiner si cette exposition était associée à un risque accru de récidive.
Des femmes âgée de 18 à 51 ans
Les auteurs ont utilisé le réseau collaboratif TriNetX, une base de données agrégant les dossiers médicaux électroniques et les données de remboursement d'assurance de 68 établissements de santé américains. Ont été incluses les femmes âgées de 18 à 51 ans ayant reçu un diagnostic de cancer de l'endomètre entre novembre 2005 et décembre 2023. Afin de contrôler les biais de sélection inhérents à toute étude observationnelle, les auteurs ont eu recours à un appariement par score de propension au ratio de 1 pour 1, constituant deux groupes aux caractéristiques cliniques comparables : l'un ayant eu recours à une estrogénothérapie vaginale dans l'année suivant le diagnostic, l'autre non. Le critère de jugement principal était la survenue d'une récidive du cancer de l'endomètre. Des critères de contrôle négatif ont également été évalués pour tester la robustesse méthodologique de l'analyse.
Sur l'ensemble de la cohorte initiale, 1 412 femmes avaient reçu une estrogénothérapie vaginale, contre 23 859 qui n'en avaient pas bénéficié, ce qui souligne d'emblée la rareté du recours à ce traitement dans une population pourtant fortement symptomatique. Après appariement, les deux groupes comptaient chacun 1 412 patientes. La durée moyenne d'exposition était d'environ 1,9 an.
Exclusion de tout sur-risque
Résultat principal, l'estrogénothérapie vaginale n'était pas associée à une augmentation du risque de récidive du cancer de l'endomètre, avec un rapport de risque estimé à 0,87 et un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,60 à 1,27. La valeur ponctuelle suggère même une tendance favorable, bien que non statistiquement significative, et la borne inférieure de l'intervalle de confiance exclut tout sur-risque cliniquement significatif.
Ces résultats s'inscrivent dans un corpus de données croissant qui remet en question la contre-indication empirique et souvent implicite à l'estrogénothérapie vaginale après cancer de l'endomètre. Si les recommandations actuelles des sociétés savantes restent prudentes sur ce point, faute d'essais prospectifs randomisés, cette étude apporte un argument rassurant sur le plan de la sécurité oncologique à moyen terme. Les limites habituelles des études rétrospectives sur données en vie réelle s'appliquent néanmoins, notamment le risque de biais résiduels non mesurés et l'absence d'information sur les stades tumoraux et les traitements adjuvants reçus, qui sont des déterminants pronostiques majeurs.
Pour le clinicien, ce travail invite à réévaluer au cas par cas la pertinence d'une estrogénothérapie vaginale chez les jeunes survivantes présentant des symptômes génito-urinaires invalidants, en particulier lorsque le bilan histologique et le stade tumoral sont de bon pronostic, dans une logique de décision partagée et individualisée avec la patiente.








