hématologie
Thrombose et cancer: 4 facteurs prédictifs de saignement sous apixaban
La décision de prescrire un anticoagulant oral direct en cas d'évènement thrombo-embolique chez un patient traité par un cancer au-delà de la période de six mois expose à des complications hémorragiques. Mais une étude permet de reprérer les patients à risque.
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L’essai clinique international randomisé en double aveugle API-CAT a comparé l’apixaban à dose réduite prolongée à l’apixaban à dose complète en prophylaxie des récidives de thromboembolie veineuse (TEV) associée au cancer chez les adultes atteints d’un cancer actif. Conclusion principale, la non-infériorité du premier schéma thérapeutique par rapport au second a été démontré
Dans une analyse post hoc de l'étude API-CAT publiée dans The Lancet Haematology, les chercheurs ont identifié quatre facteurs prédictifs de saignements chez les patients sous traitement anticoagulant prolongé, sans qu'aucune interaction statistiquement significative avec la posologie ne soit observée. Ces chercheurs étaient dirigés par le Dr Isabelle Mahé, de l'Assistance Publique–Hôpitaux de Paris, Hôpital Louis Mourier,
1 766 patients, dont 56,6 % de femmes ont été inclus dans le protocole. Tous les patients ont reçu de l’apixaban par voie orale deux fois par jour pendant 12 mois. 866 patients ont été randomisés dans le groupe recevant une dose réduite de 2,5 mg et 900 dans le groupe recevant la dose complète de 5,0 mg. La durée médiane du suivi était de 12,9 mois et, à 12 mois, des saignements cliniquement significatifs sont survenus chez 238 patients.
Un âge supérieur à 75 ans est un facteur de risque
L’analyse multivariée a permis d’identifier plusieurs facteurs indépendants associés à une augmentation du risque de saignement cliniquement pertinent. L’âge avancé constituait un déterminant majeur, avec un risque significativement plus élevé chez les patients âgés de 75 ans ou plus, caractérisé par un sous-hazard ratio de 1,51 (IC 95 % 1,14–2,02). Le sexe masculin était également associé à un risque accru, avec un sous-hazard ratio de 1,38 (IC 95 % 1,05–1,82). Les anomalies biologiques reflétant une fragilité hématologique, en particulier l’anémie et/ou la thrombocytopénie au moment de la randomisation, étaient fortement associées au risque hémorragique, avec un sous-hazard ratio proche de 1,9 (IC 95 % 1,27–2,95). Par ailleurs, le fait que l’événement thromboembolique index ait été une embolie pulmonaire, plutôt qu’une thrombose veineuse profonde isolée, était associé à une augmentation significative du risque de saignement, avec un sous-hazard ratio de 1,47 (IC 95 % 1,03–2,10).
Pas de signal particulier lié à un type de cancer
Il n’a pas été mis en évidence d’interaction statistiquement significative entre ces facteurs de risque et la posologie d’apixaban, suggérant que ces déterminants du risque hémorragique s’appliquent de manière similaire quelle que soit la dose utilisée. De même, aucun signal particulier n’a été observé concernant un type histologique tumoral spécifique modifiant de façon isolée le risque de saignement, bien que les cancers digestifs et les cancers à stade métastatique aient été fréquemment représentés parmi les patients ayant présenté un événement hémorragique.
La mortalité toutes causes confondues restait élevée dans cette population oncologique, mais comparable entre les deux groupes, avec 17,7 % de décès dans le groupe dose réduite et 19,6 % dans le groupe dose standard, sans différence statistiquement significative. Ces données suggèrent que la réduction de dose d’apixaban n’est pas associée à une perte de bénéfice en termes de survie globale.
En conclusion, cette analyse post-hoc de l’essai API-CAT montre que le risque de saignement cliniquement pertinent lors d’une anticoagulation prolongée chez les patients atteints de cancer est fréquent et multifactoriel. L’âge avancé, le sexe masculin, l’existence d’anomalies hématologiques et le caractère embolique pulmonaire de l’événement initial apparaissent comme des déterminants majeurs du risque hémorragique. L’utilisation d’une dose réduite d’apixaban permet de diminuer significativement la fréquence des saignements cliniquement pertinents tout en conservant une efficacité antithrombotique comparable à la dose standard. Ces résultats plaident en faveur d’une approche individualisée de l’anticoagulation prolongée chez les patients atteints de cancer, intégrant une évaluation rigoureuse du risque hémorragique afin d’optimiser la balance bénéfice-risque du traitement.








