Onco-Dermato
Carcinome épidermoïde : un bénéfice pour le traitement adjuvant par inhibiteur de checkpoint ?
Les anti-PD-1 sont désormais incontournables dans la prise en charge des cancers solides, notamment dermatologiques. Le carcinome épidermoïde, bien que relevant d'une prise en charge chirurgicale initiale, peut présenter des caractéristiques lui conférant un haut risque de récidive justifiant d’interroger la pertinence d’un traitement adjuvant.
- Salah Uddin/iStock
Cette étude nommée C-POST, publiée dans NEJM, 2025 propose une étude clinique randomisée entre deux bras avec ou sans cemiplimab.
Étude C-POST : méthodologie et résultats
L’étude a enrôlé 209 patients présentant un carcinome épidermoïde de haut risque sous cemiplimab et 206 recevant un placebo. On note un bénéfice évident sur la DFS à 2 ans (survie sans récidive) avec 87,1 % pour le bras cemiplimab contre 64,1 % pour le bras placebo. Au final, ce sont 24 patients qui ont récidivé dans le bras traitement contre 65 récidives dans le bras placebo. Le temps moyen de récurrence était de 49 mois dans le bras placebo et n’était pas atteint dans le bras cemiplimab. Le hazar ratio est favorables puisqu’il est affiché à HR = 0,86 [0,39-1,90] avec update en avril 2025 le rendant encore plus favorable avec HR = 0,78 [0,39-1,56] contre placebo. Ce bénéfice clinique du cémiplimab contraste avec les résultats cliniques décevants d’une étude méthodologiquement proche : la Keynote 630 qui utilisait du pembrolizumab et qui présentait un une RFS à 2 ans de 78,3 % contre 68,6 % dans le bras placebo, statistiquement non significatif et un bénéfice encore plus réduit à 3 ans : 69,4 % contre 63,2 %.
Un bénéfice clinique : pour quelle tolérance ?
Questionner la balance bénéfice risque est d’autant plus importante en adjuvant ou ce sont des populations avec une maladie non active lors du traitement qui sont traitées. L’étude C-POST retrouve des profils de sécurité proche de l’étude Keynote630, avec respectivement des reports d’évènements indésirables de type prurit, rash, hypothyroïdie pour 62 % des patients traités et seulement 10 % de grades sévères 3-4 selon CTCAE. Des taux similaires étaient annoncés dans l’étude avec le pembrolizumab (63 % d’effets indésirables dont 7,6 % d’événements sévères), soulignant des profils de toxicités proches et typiques des anti-PD-1.
Différences de résultats entre C-POST et Keynote 630 : quelles explications ?
Avec des recrutements et des designs méthodologiques proches, l’étude C-POST (cemiplimab) et KEYNOTE 630 (pembrolizumab) présentent des signaux de sécurité proches, et classiques pour des inhibiteurs de checkpoint. Cependant, comment expliquer la différence ne termes de bénéfices cliniques ? Aucune certitude n’est fournie et seules des pistes peuvent être évoquées, notamment celle de la radiothérapie.
En effet, une des différences majeures entre ces deux études similaires réside dans l’administration à 2-6 semaines pour l’étude C-POST contre 4-16 semaines pour l’étude Keynote 630 de radiothérapie. Sans parler d’effet abscopal, une explication physiopathologique consisterait à dire que la radiothérapie permettrait une sécrétion d’IFN et une augmentation de l’expression de PDL-1, favorisant ainsi des réponses favorables, par un effet synergique de l’immunothérapie par inhibiteur de checkpoint et la radiothérapie.








