Pneumologie
Oxygénothérapie ambulatoire : peut-être plus délétère que bénéfique
L’oxygénothérapie au cours de la déambulation dans la fibrose pulmonaire a montré des bénéfices incertains qui sont à évaluer avec le patient en prenant en compte les contraintes. L’effet peut même être délétère chez certains sujets. D’après un entretien avec Jésus GONZALEZ.
L’oxygénothérapie au cours de la déambulation dans la fibrose pulmonaire a montré des bénéfices incertains qui sont à évaluer avec le patient en prenant en compte les contraintes. L’effet peut même être délétère chez certains sujets. D’après un entretien avec Jésus GONZALEZ.
Une étude , dont les résultats sont parus dans le Lancet Respiratory Medicine, en février 2026, a cherché à comparer les effets de l’oxygène ambulatoire par rapport à l’air ambulatoire sur le niveau d’activité physique quotidienne chez des patients atteints de maladie interstitielle fibrosante présentant une hypoxémie d’effort isolée. Il s’agit d’un essai multicentrique, randomisé, contrôlé par placebo, mené dans sept hôpitaux situés en Australie et en Suède. Les sujets éligibles étaient âgés de 18 ans ou plus, atteints de fibrose pulmonaire et présentant une hypoxémie d’effort isolée, définie par une saturation inférieure à 88 %, lors du test de marche de six minutes. Les participants ont été répartis en deux groupes pour recevoir soit de l’oxygène ambulatoire durant leurs activités quotidiennes, administré à l’aide d’un concentrateur d’oxygène portable, soit de l’air délivré par un dispositif factice identique en apparence, en affichage, en poids et en fonctionnement. Le critère de jugement principal était la variation de l’activité physique, mesurée par le nombre moyen de pas par jour à trois mois. Au total, 614 patients ont été inclus, avec un âge moyen de 71 ans, entre 2019 et 2024.
Un coût élevé pour peu de bénéfices
Le professeur Jésus GONZALEZ, responsable de l’unité de réhabilitation respiratoire de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, rappelle que le bénéfice de l’oxygénothérapie ambulatoire ne fait pas l’objet de grandes preuves scientifiques et que son coût explose avec les nouvelles générations d’appareils portatifs. Les recommandations sont assez larges, en ce qui concerne la fibrose pulmonaire ou la BPCO, qui préconisent l’oxygénothérapie ambulatoire en cas de désaturation à la marche. Toutefois, Jésus GONZALEZ précise que les résultats ne sont pas au rendez-vous et que le coût de cette thérapie, calculé auprès de la CPAM, se chiffre en millions d’euros. C’est pourquoi il souligne l’intérêt, la qualité de ce travail et sa publication dans une revue de haut niveau, le contexte étant peut-être trop optimiste sur l’amélioration que pourrait apporter l’oxygénothérapie à la marche. Cette étude présente simplement une limite en puissance en raison de sa réalisation pendant la pandémie de COVID. Les résultats de ce travail ont montré qu’il n’y avait pas de différence entre les deux groupes de patients randomisés, dans la mesure de l’augmentation ou non du nombre de pas quotidiens. Il semblerait que le port de l’appareil soit parfois plus délétère que bénéfique et n’a pas permis d’augmenter e nombre de pas ni à 3 ni à 6 mois. Certains patients auraient même moins marché, de manière spectaculaire. Finalement, les patients des deux groupes sont détériorés de la même manière, en lien avec l’évolution de leur maladie.
Le point de vue intéressant de la médecine du handicap
Jésus GONZALEZ, en tant que spécialiste de la médecine du handicap, souligne plusieurs points qui pourraient expliquer l’effet délétère de l’oxygénothérapie ambulatoire. Le premier est la stigmatisation du handicap par la présence de l’appareil, la gêne qu’il occasionne et le poids (3 à 4 kg) qu’il représente. D’autre part, cette thérapie améliore une sous-classe d’essoufflement, c’est-à-dire que certains patients ne veulent pas lâcher l’oxygène en raison de la sensation de bien- être qu’occasionne l’effet « flux d’air » dans le nez. Les patients des deux groupes se sont dits moins essoufflés. Enfin, les auteurs de ce travail se sont aperçus que les patients utilisaient très peu leur oxygénothérapie ambulatoire, soit moins d’une heure par jour. Ils effectuaient donc moins de pas quotidiens. Pour Jésus GONZALEZ, l’appareillage est mal adapté malgré le réduction de taille du matériel utilisé. Cette gêne, que la bouteille soit portée sur le dos ou à l’épaule n’est probablement pas la seule reposable de la mauvaise adaptation de cet appareillage, malgré son efficacité physiopathologique.
En conclusion, l’oxygénothérapie ambulatoire ressemble davantage à une promenade de l’oxygène avec son aspect magique et rassurant, mais qui est physiquement contraignant, malgré la diminution de taille du matériel. Les patients sont anxieux de s’en séparer et finalement cet outil fait son business sur la peur. Un sujet complexe qui dépasse de loin la physiopathologie de l’insuffisance respiratoire…











