Pneumologie

Asthme de léger de l’enfant : intérêt des corticoïdes inhalés ?

Le traitement de l’asthme léger de l'enfant reste une question encore peu étudiée.  Peut-on vraiment se passer de corticostéroïdes inhalés chez certains ? Comment identifier et évaluer les risques à court terme chez les enfants asthmatiques ? D’après un entretien avec Stéphanie LEJEUNE.

  • 02 Avril 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus en janvier 2026, dans CHEST, ainsi que son éditorial, a cherché à savoir s’il existe,  parmi les enfants atteints d’asthme léger, un sous-groupe présentant un risque particulièrement faible d’exacerbations sévères. Cette étude de cohorte américaine s’appuie sur des données administratives de remboursement concernant des patients âgés de 2 à 18 ans présentant un asthme intermittent et inscrits dans des programmes de soins dans l’Ohio, pendant trois années consécutives. Un groupe considéré comme à faible risque a été identifié durant les deux premières années de suivi. Au cours de la troisième année, le risque d’exacerbations sévères de l’asthme dans ce groupe a été comparé à celui observé dans le reste de la cohorte. Au total, 13 208 patients répondaient aux critères d’inclusion. Au terme de la troisième année de suivi, parmi les 3 935 enfants ont été classés à faible risque. Les taux d’hospitalisation pour crise d’asthme, de consultations aux urgences et de recours aux soins urgents ont été comparés dans les deux groupes.

     

    Un intérêt médico-économique

    Le professeur Stéphanie LEJEUNE, pneumo-pédiatre dans le service de Pneumologie et Allergologie, au Centre Hospitalier Universitaire de Lille, explique que cette étude est intéressante car il existe peu de travaux traitant de la stratégie thérapeutique de l’asthme léger de l’enfant par formotérol associé aux corticoïdes inhalés, à la demande. Elle précise qu’une première étude, publiée en 2024 dans le Lancet, montrait un bénéfice de cette stratégie versus un traitement par béta-agonistes à action courte (SABA), mais dont la méthodologie était discutable. Les conclusions de l’étude américaine de 2026 ont une tendance inverse, ce que Stéphanie LEJEUNE soutient. Elle souligne l’originalité de ce travail qui est  à visée plutôt médico-économique, puisque les auteurs ont cherché à savoir combien couterait le traitement des sujets qui ont peu de facteurs de risque. Il ont montré que traiter une tranche de population d’enfants asthmatiques légers, ayant peu de risques de faire une crise aigüe, soit 5500 sujets dans ce travail, pour éviter une hospitalisation, aurait un coût de plus de 700 000  dollars. Stéphanie LEJEUNE précise que ces résultats ont surtout un intérêt pour la vision américaine des économies de santé.

     

    Une stratégie peu adaptable à l’échelle d’un patient

    Stéphanie LEJEUNE explique, que pris à l’échelle individuelle, il est difficile d’évaluer le risque que présente un patient dans l’année qui suit. Sans le recul de trois ans, il est impossible de savoir si le patient fera un crise légère, sera hospitalisé ou fera un séjour en réanimation. Elle estime donc que les conclusions de ce travail ne changeront pas les pratiques, d’autant que la vraie question est de savoir si les patients à faible risque sont vraiment pris en charge. En effet, lorsque ces enfants ne présentent pas de symptômes ou sont en rémission, la discussion sur le traitement de leur asthme n’a pas lieu. Les patients qui viennent en consultation pour ce motif sont déjà des patients à risque. Stéphane LEJEUNE ajoute que cette stratégie thérapeutique ne tient pas à l’échelle individuelle, malgré son intérêt économique. Cette règle est applicable chez l’adulte mais il manque encore trop de travaux pour pouvoir l’appliquer à l’enfant, ce que le GINA a tendance à faire, mais sans preuve suffisante.

     

    En conclusion, il est intéressant de poursuivre cette réflexion sur la stratégie thérapeutique de l’asthme léger de l’enfant, en gardant en mémoire que les recommandations chez les enfants de 6 à 12 ans précisent qu’il n’y a aucune étude qui permet de justifier la généralisation de cette stratégie chez l’enfant. Encore du travail pour lisser les pratiques…

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