Cardiologie

Lp(a), un biomarqueur à rechercher au moins une fois chez toutes les femmes

Des concentrations élevées de Lp(a) sont associées à un risque majeur d'évènement cardiovasculaire chez les femmes selon les résultats d'une étude menée aux Etats-Unis. Ce résultat suggère le dosage de ce paramètre biologique en prévention primaire.

  • Henadzi Pechan/iStock
  • 19 Janvier 2026
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    Faut-il inclure un nouveau paramètre dans le bilan lipidique en prévention primaire ? C’est en tout cas ce que suggère l’étude publiée dans JAMA Cardiology le 7 janvier 2026. Elle analyse en effet l’association entre les concentrations de lipoprotéine(a) [Lp(a)] et le risque cardiovasculaire à très long terme chez des femmes initialement en bonne santé. L’objectif principal était d’évaluer le risque cumulé sur 30 ans d’événements cardiovasculaires selon différents seuils cliniques de Lp(a), dans un contexte de prévention primaire, afin d’éclairer la pertinence d’un dépistage et d’une prise en compte plus systématiques de ce biomarqueur.

    Une durée médiane de 30 ans

    L’étude repose sur les données de la Women’s Health Study, une large cohorte prospective américaine incluant 27 748 femmes âgées d’au moins 45 ans, sans antécédent de maladie cardiovasculaire, de cancer ou de pathologie majeure au moment de l’inclusion. Les participantes ont été suivies pendant une durée médiane proche de 30 ans. Les concentrations plasmatiques de Lp(a) ont été mesurées au départ, puis analysées selon des seuils cliniques usuels (notamment ≥30 mg/dL, ≥50 mg/dL et ≥120 mg/dL), ainsi que selon des percentiles de distribution dans la population. Une analyse génétique a également été réalisée, portant sur le polymorphisme rs3798220 du gène LPA, connu pour être associé à des taux élevés de Lp(a).

    Les critères de jugement comprenaient les événements cardiovasculaires majeurs (regroupant infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral et décès d’origine cardiovasculaire), la maladie coronarienne, l’AVC ischémique pris isolément et la mortalité cardiovasculaire. Les analyses ont été ajustées sur les principaux facteurs de risque cardiovasculaire traditionnels, incluant l’âge, le tabagisme, l’hypertension artérielle, le diabète, l’indice de masse corporelle et le cholestérol LDL.

    Association entre liveau élevé de Lp(a) et risque CV

    Les résultats montrent une association nette entre des niveaux élevés de Lp(a) et le risque cardiovasculaire à long terme. Les femmes présentant une Lp(a) supérieure à 30 mg/dL ou située au-delà du 75e percentile avaient un risque significativement accru d’événements cardiovasculaires majeurs et de maladie coronarienne sur 30 ans par rapport à celles ayant des concentrations plus basses. Ce sur-risque était particulièrement marqué pour la maladie coronarienne. En revanche, les associations avec l’AVC ischémique et la mortalité cardiovasculaire devenaient surtout significatives pour des concentrations très élevées de Lp(a), notamment à partir de 120 mg/dL ou au-delà du 99e percentile.

    Les analyses en termes de risque relatif montrent des hazard ratios de l’ordre de 1,5 à 2 selon le type d’événement et le seuil considéré, après ajustement multivarié. Ces résultats confirment que la Lp(a) constitue un facteur de risque indépendant, non redondant avec les autres paramètres lipidiques classiques. L’analyse génétique renforce cette observation, les porteuses de l’allèle rs3798220 présentant à la fois des concentrations plus élevées de Lp(a) et un risque accru d’événements cardiovasculaires majeurs, suggérant un lien de causalité probable.

    Les auteurs soulignent l’intérêt clinique de ces données dans un contexte où la Lp(a) demeure insuffisamment dosée en pratique quotidienne, en particulier chez les femmes en prévention primaire. L’étude montre que le risque associé à la Lp(a) s’exprime pleinement sur le très long terme, ce qui peut expliquer pourquoi son impact est parfois sous-estimé dans des études de suivi plus court. Ces résultats plaident en faveur d’un dosage au moins une fois dans la vie, notamment pour identifier les patientes présentant des valeurs très élevées, susceptibles de bénéficier d’une prise en charge plus intensive des autres facteurs de risque et, à l’avenir, de traitements spécifiques de la Lp(a).

     

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