hématologie
Anémie hémolytique auto-immune: la piste des CAR-T
Dans une étude de phase 1, le recours à la thérapie CAR-T a permis d'obtenir des rémissions dans l'anémie hémolytique auto-immune en échec thérapeutique. Ces premiers résultats ouvrent la voie à cette thérapie innovante pour d'autres pathologies auto-immunes.
- kuarmungadd/iStock
Après certains lymphomes ou leucémies réfractaires mais aussi le myélome multiple en rechute, une nouvelle pathologie, l’anémie hémolytique auto-immune (AHAI) serait susceptible de bénéficier de la thérapie par CAR-T selon les résultats d'une étude publiée le 14 janvier 2026 dans The New England Journal of Medicine (Ruonan Li et al., N Engl J Med 394 : 253-267. L'AHAI une maladie rare et potentiellement mortelle caractérisée par la destruction des globules rouges par le système immunitaire, due à une activité persistante de lymphocytes B autoreactifs. Les traitements standards, tels que les corticoïdes, les immunosuppresseurs et les anticorps anti-CD20, contrôlent souvent les symptômes mais sont associés à des rechutes fréquentes, une dépendance médicamenteuse et des effets secondaires importants. Chez les patients multiréfractaires, qui n’ont pas répondu à au moins trois lignes thérapeutiques, les options sont très limitées et l’espérance thérapeutique faible. Dans ce contexte, les cliniciens chinois dirigés par ont exploré une approche innovante reposant sur le recours à l'immunothérapie par cellules CAR T dirigées contre l’antigène CD19, dans cette maladie auto-immune sévère. Cette stratégie repose sur le fait que l’expression de CD19 sur les lymphocytes B permet à des lymphocytes T modifiés génétiquement de reconnaître et d’éliminer ces cellules, interrompant ainsi le cycle auto-immune et réinitialisant le système immunitaire. L’objectif principal de l’étude était d’évaluer la tolérance et la sécurité de cette thérapie chez des patients atteints d’AHAI multiréfractaire, avec comme objectifs secondaires l’efficacité clinique, la durée de rémission sans traitement et l’analyse des mécanismes biologiques sous-jacents à la réponse.
Les auteurs ont inclus onze patients au total, dont cinq traités dans un programme d’usage compassionnel et six dans le cadre d’un essai de phase I. Tous avaient une AHAI sévère et réfractaire aux traitements habituels. Après un conditionnement lymphodépresseur standard par fludarabine et cyclophosphamide, chaque patient a reçu une infusion unique de cellules T autologues modifiées pour exprimer un récepteur antigénique chimérique (CAR) ciblant CD19. L’administration de ces cellules a été bien tolérée dans l’ensemble, avec des événements habituels associés aux thérapies CAR T tels que des syndromes de relargage de cytokines (CRS) de grade 1-2 dans la majorité des cas et une neurotoxicité légère chez un seul patient, sans événements graves de type CRS sévère ou neurotoxicité sévère. Quelques patients ont présenté des infections ou une toxicité hématologique, mais elles ont été jugées gérables dans le suivi clinique. Ces résultats confirment un profil de sécurité acceptable dans cette population fragile.
Une réponse clinique complète chez tous les patients
Sur le plan de l’efficacité, tous les patients ont atteint une réponse complète clinique, définie par une normalisation des niveaux d’hémoglobine et la réduction des signes biologiques de destruction des globules rouges. Le délai médian pour obtenir une réponse complète a été d’environ 45 jours, témoignage d’une amélioration rapide après l’infusion des cellules CAR T. La durée médiane de rémission sans traitement a été d’environ 11,5 mois lors du suivi médian légèrement supérieur à 12 mois, avec certains patients encore en rémission durable près de deux ans après le traitement.Le patient quia bénéficié du suivi le plus long est demeuré en rémission sans traitement comme luit autres traitements. Les deux rechutes ont été observées chez un enfant de 9 ans diagnostiqué à la naissance et uen femme de 22 ans dont la pathologie évait été mise en évidence depuis 13 ans.
Ces résultats sont remarquables pour une maladie où les réponses longues sans médicaments sont rares.
Les analyses biologiques approfondies, ont montré que la reconstitution du système B chez les patients en rémission était dominée par des cellules B naïves, suggérant une réinitialisation du répertoire immunitaire. À l’inverse, les rares patients qui ont rechuté présentaient des niches immunitaires spécifiques impliquant des interactions complexes entre certaines populations de lymphocytes B et T et des plasmocytes longue durée de vie. Ce qui pourrait contribuer à la persistance de l’auto-immunité. Ces observations produisent des pistes d’éventuelles cibles biologiques pour optimiser cette thérapie à l’avenir.
Une voie ouverte pour d'autres maladies auto-immunes
Les auteurs discutent également des implications plus larges de leur travail. D’une part, ces résultats suggèrent que la thérapie CAR T dirigée contre CD19 pourrait devenir une option thérapeutique pour les formes sévères et réfractaires d’AHAI, offrant une rémission durable sans médicaments dans des situations où les approches standards échouent régulièrement. D’autre part, cette étude ouvre la voie à l’application de stratégies cellulaires similaires dans d’autres maladies auto-immunes caractérisées par une dérégulation des lymphocytes B, un domaine en plein essor après le succès des CAR T dans les hémopathies malignes. Des études plus larges, de phase II et III, sont nécessaires pour confirmer ces résultats préliminaires, affiner les profils de sécurité à long terme et définir les critères de sélection des patients qui bénéficieraient le plus de cette approche innovante.
En conclusion, l’étude de Ruonan Li et al. démontre qu’une seule infusion de cellules T CAR-CD19 peut induire des rémissions complètes durables chez des patients atteints d’anémie hémolytique auto-immune multiréfractaire avec un profil de tolérance acceptable. Ces données fournissent un fondement solide pour poursuivre les développements cliniques et positionnent cette immunothérapie cellulaire comme une option très prometteuse au-delà de ses indications oncologiques habittuelles.











