Cardiologie

HTA maligne : une urgence rare mais souvent évitable

Qu’elle soit liée à une HTA essentielle non connue et non traitée ou à un arrêt brutal du traitement chez un hypertendu traité, l’HTA maligne peut entraîner une dégradation rapide des organes cibles. Elle nécessite une prise en charge urgente en milieu spécialisé.

  • Par le Dr Isabelle Hoppenot
  • pixinoo/istock
  • 20 Oct 2021
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    Définie par l'installation rapide de valeurs élevées de pression artérielle (> 180/100 mmHg, souvent > 200/120 mm Hg) associées à des atteintes viscérales (rétinopathie, atteinte neurocérébrale, cardiaque, rénale), l'hypertension artérielle (HTA) maligne est la plus grave des urgences hypertensives, pouvant entrainer une dégradation très rapide des organes cibles, voire le décès du patient en quelques semaines.

    Il s’agit d’une situation rare, qui doit être distinguée de l’HTA sévère, où l’élévation importante des valeurs tensionnelles est isolée, et des autres urgences hypertensives, essentiellement cardiovasculaires et neurologiques, dont les modalités de prise en charge sont différentes. Au moindre doute, le patient doit être hospitalisé afin de réaliser un bilan précis et mettre en route le traitement.

    Arrêt intempestif du traitement

    « Le profil des patients à risque de cette complication rare mais grave, véritable tsunami au niveau des organes, est assez vaste », explique le Dr Romain Boulestreau, cardiologue qui exerce au sein du centre d’excellence d’HTA du CHU de Bordeaux.

    L’HTA maligne touche plus volontiers des patients ayant une HTA secondaire, notamment avec une atteinte rénale, ou un profil génétique particulier, mais aussi des hypertendus qui arrêtent régulièrement leur traitement, ce qui induit des rebonds tensionnels ou bien des patients non dépistés, dont l’hypertension n’est donc pas connue. « L’HTA maligne ne survient pas chez les patients prenant bien leur traitement et dont la pression artérielle est bien contrôlée », poursuit le spécialiste.

    En milieu hospitalier

    La prise en charge se fait en milieu hospitalier, en soins intensifs et le bilan comprend une évaluation précise de l’atteinte des organes cible : rétinopathie, encéphalopathie hypertensive diffuse ou accident vasculaire cérébral, insuffisance ventriculaire gauche, angor, insuffisance rénale, dissection aortique....

    Un traitement antihypertenseur par voie veineuse est mis en route, visant dans la mesure du possible une baisse progressive de la pression artérielle afin de ne pas induire d’hypoperfusion, selon des modalités qui varient d’une équipe à une autre, avant un relais per os.

    Un suivi rapproché

    Le suivi étroit des patients est essentiel, il permet d’évaluer la qualité du contrôle tensionnel et d’analyser les causes de la survenue de l’urgence hypertensive. « Un patient ayant un antécédent d’HTA maligne est à risque de récidive et doit absolument être très observant pour éviter toute élévation brutale et sévère de la PA », insiste le Dr Boulestreau.

    Mais l’importance d’une bonne observance s’applique plus largement à tous les patients hypertendus, qui, en cas de survenue d’effets indésirables, sont invités à dialoguer avec leur médecin traitant et non pas à arrêter de leur propre chef le traitement.  

    L’interview du Dr Romain Boulestreau

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    JDF