Traitement
Le cannabis médical est-il efficace face aux troubles de santé mentale ?
Des chercheurs ont fait le point sur l'efficacité du cannabis médical sur les troubles de la santé mentale dans la revue The Conversation.
- Ivan-balvan/istock
Si l’expérimentation française sur le cannabis médical prendra fin avec la clôture de sa période transitoire le 31 mars prochain, de nombreux pays autorisent déjà ce type de traitement comme l’Australie, l’Allemagne, le Canada ou encore le Brésil. Néanmoins, le cannabis thérapeutique soulève encore des interrogations sur son efficacité parmi les professionnels de santé.
Des chercheurs de l’université de Sydney ont notamment voulu évaluer l'innocuité et l'efficacité du cannabis médical sur les troubles de santé mentale. Leur étude, publiée dans Lancet Psychiatry, remet en cause son utilité face à ces maladies.
Anxiété, TSPT, anorexie, schizophrénie : le cannabis médical pas plus efficace qu’un placebo
Pour cette étude, l’équipe a repris 54 essais évaluant l'efficacité du cannabis médical sur la réduction ou le traitement des troubles de santé mentale ou l’addiction, réalisés entre 1980 et 2025. Les traitements étudiés reposaient le plus souvent sur le cannabidiol (CBD), suivi du tétrahydrocannabinol (THC) et d'une combinaison de THC et de CBD.
L’analyse des données révèle que le cannabis thérapeutique n'était pas plus efficace qu'un placebo pour traiter les symptômes des troubles psychotiques (tels que la schizophrénie), l'anxiété, les troubles de stress post-traumatique (TSPT), l'anorexie ou les troubles liés à l'utilisation d'opioïdes.
En revanche, le cannabis médical se montrait efficace pour réduire la consommation de cannabis chez les personnes souffrant de troubles liés à l'usage du cannabis. "Bien que cela puisse paraître étrange, ces médicaments étaient principalement composés d'une combinaison huileuse de CBD et de THC à prendre par voie orale. Comme ils réduisent les envies de consommer du cannabis, les patients peuvent diminuer leur consommation habituelle. Ainsi, pour les personnes qui fument régulièrement du cannabis riche en THC, l'utilisation de cannabis médical peut réduire leur risque de problèmes de santé associés, tels que des affections pulmonaires", expliquent les auteurs Jack Wilson et Emily Stockings de l’université de Sydney dans un article paru dans The Conversation.
Certains travaux repris assuraient que le cannabis médical pouvait aider à réduire les symptômes liés au syndrome de Gilles de La Tourette, à l'insomnie et aux troubles du spectre autistique. "Cependant, seules quelques études ont porté sur ces affections et beaucoup étaient de faible qualité", mettent en garde les deux chercheurs.
Cannabis médical : peu effets indésirables graves… à court terme
Les scientifiques ont également évalué la sécurité des médicaments à base de cannabis. La majorité des effets indésirables étaient légers. Les patients se plaignaient principalement de nausées, de sécheresse buccale et de fatigue.
"Les données à elles seules semblent indiquer que les médicaments à base de cannabis sont relativement sûrs. Mais cela pourrait ne pas se refléter dans la pratique. La durée moyenne du traitement dans ces études n'était que de cinq semaines – et nous savons que la consommation régulière de cannabis peut entraîner des dommages à long terme", précisent les auteurs. Les patients auraient notamment un risque accru de développer des troubles liés à l'usage du cannabis. "La consommation chronique de cannabis à forte teneur en THC a été associée à un risque accru d'aggravation des symptômes de santé mentale, en particulier chez les jeunes", rappellent les auteurs Jack Wilson et Emily Stockings.
Face à l'ensemble de ces données, les chercheurs concluent : "il existe peu de preuves que le cannabis médicinal soit un traitement efficace pour les troubles de santé mentale et les problèmes liés à la consommation de substances".
"Pour celles et ceux qui pensent que leur cannabis médicinal est bénéfique pour ces affections, notre avis ne vise pas à contredire votre expérience", assurent-ils. Toutefois, ils les encouragent à consulter régulièrement leur médecin pour faire le point sur leur santé et leur consommation de cannabis.









