Neurologie
AVC : dans un essai de phase III, un agent neuroprotecteur optimise la récupération
Le loberamisal, issu de la recherche chinoise, représente une nouvelle approche neuroprotectrice dans le traitement de l’AVC ischémique aigu, avec des signaux d’efficacité fonctionnelle encourageants à 90 jours et un profil de tolérance favorable. Les résultats d'un essai de phase III ont été présentés lors de l'International Stroke Conference 2026.
- utah778/iStock
Après de nombreuses déconvenues, le loberamisal constitue-t-il une première avancée dans le champ de le neuroprotection, traitement adjuvant de l’accident vasculaire cérébral ischémique aigu (AVCI)? Les résultats d'un essai de phase III présentés lors de l'International Stroke Conference 2026 (4-6 février 2026, New Orleans, Etats-Unis) ouvrent de nouvelles perspectives pour ce concept thérapeutique. Cet agent injectable en développement repose sur un mode d'action complexe. Petite molécule à double cible, il dissocie l’interaction entre la protéine de densité post-synaptique 95 (PSD-95) et la nitric oxide synthase neuronale (nNOS) tout en potentiant sélectivement les récepteurs GABAA contenant la sous-unité α2, mécanismes impliqués respectivement dans les cascades de lésion neuronale et dans la modulation inhibitrice du cerveau.
Sur le plan pharmacologique, loberamisal agit sur plusieurs processus clés de la cascade ischémique. Il bloque les voies neurotoxiques liées à l’excès de NO et réduit les dommages cellulaires médiés par des complexes PSD-95/nNOS, tout en renforçant l’inhibition GABAergique via les récepteurs α2-GABAA. Cette modulation duale potentielle vise à préserver les unités neuro-vasculaires et favoriser une récupération fonctionnelle.
Le Phase III LAIS (Loberamisal for Acute Ischaemic Stroke) est un essai multicentrique randomisé, en double-aveugle contrôlé par placebo, mené en Chine dans 32 centres, incluant près de 998 patients adultes (18-80 ans) présentant un AVC ischémique modéré à sévère dans les 48 heures suivant l’apparition des symptômes.
Les patients ont reçu soit 40 mg d’injection intraveineuse de loberamisal, soit un placebo, une fois par jour pendant 10 jours en plus des soins standards. Les personnes éligibles avaient un score NIHSS modéré (en moyenne 7-20) et la plupart n’ont pas reçu de traitement de reperfusion (17 % ont eu une thrombolyse intraveineuse ; aucun n’a eu de thrombectomie mécanique dans cette étude).
Une récupération fonctionnelle excellente pour 69% des patients
L’objectif principal d’efficacité était la proportion de patients avec une récupération fonctionnelle excellente à 90 jours, définie par un score mRS 0-1. À ce jour, les résultats préliminaires présentés lors de l’ISC 2026 montrent une amélioration significative : environ 69 % des patients sous loberamisal ont obtenu un mRS 0-1 à 90 jours, contre 56 % dans le groupe placebo. Cette différence, ssue d’un abstract en cours de publication, suggère un effet favorable sur la récupération fonctionnelle.
Sur le plan de la tolérance, loberamisal n’a pas été associé à une augmentation significative des effets indésirables graves ou de la mortalité par rapport au placebo, ce qui suggère un profil de sécurité globalement acceptable. Aucun signal de sécurité majeur n’a été rapporté dans l’analyse préliminaire.
Ces résultats sont particulièrement intéressants dans un domaine où de nombreux agents neuroprotecteurs ont historiquement échoué à démontrer une efficacité clinique significative, malgré des preuves précliniques robustes. L’approche multitarget de loberamisal, intégrant à la fois l’inhibition de signaux neurotoxiques et le renforcement de l’inhibition neuronale, apparait comme une stratégie innovante qui pourrait renouveler l’intérêt pour les interventions neuroprotectrices dans l’AVC ischémique.
Un nombre limité de patients traités par reperfusion
Cependant, plusieurs limites méthodologiques importantes doivent être prises en compte avant toute extrapolation clinique :
- l’étude a été conduite exclusivement en Chine, ce qui limite l'extension des résultats à d’autres populations et groupes ethniques ;
- l’absence de données robustes sur les biomarqueurs d’efficacité ou d’imagerie fonctionnelle limite la validation de l’effet observé ;
- la faible proportion de patients traités par reperfusion traditionnelle (thrombolyse/thrombectomie) ne permet pas d’évaluer les interactions potentielles entre loberamisal et les stratégies de reperfusion modernes.
Ainsi, bien que ces données de Phase III soient prometteuses et suggèrent une amélioration clinique fonctionnelle potentielle dans l’AVC ischémique aigu, elles restent préliminaires et nécessitent une validation plus large, notamment dans des essais internationaux multicentriques incluant des patients traités avec des stratégies de reperfusion standardisées.
En conclusion, loberamisal représente une nouvelle approche neuroprotectrice dans le traitement de l’AVC ischémique aigu, avec des signaux d’efficacité fonctionnelle encourageants à 90 jours et un profil de tolérance favorable. Si ces résultats se confirment et sont reproduit dans des populations plus diversifiées, ce médicament pourrait devenir une option thérapeutique complémentaire aux soins standards actuels, ciblant à la fois la préservation neuronale et la récupération fonctionnelle après AVC.








