Neurologie

SEP : le switch est possible d'un anti-CD20 vers un BTKi

Le passage de l'ocrélizumab au rémibrutinib est non seulement sûr, mais cliniquement pertinent. Les BTKi ne sont plus seulement les concurrents des anti-CD20, mais une suite logique pour affiner le contrôle de la SEP-R sur le long terme.

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  • 09 Février 2026
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    Peux-on effectuer sans risque un switch d'une classe thérapeutique à une autre chez les patients atteints d'une slécorse en plaque? L'étude RESHAPE présentée lors de l'Americas Committee for Treatment and Resarch in Multiple Sclerosis ((ACTRIMS 5-7 février 2026, San-Diego, Etats-Unis) permet d'envisager la faisabilité et l'intérêt de cette substitution.

    Pourquoi passer d'un anti-CD20 à un BTKi ?

    L'ocrélizumab agit par déplétion périphérique des lymphocytes B. Bien qu'extrêmement efficace sur les poussées, son action sur les cellules B présentes dans le parenchyme cérébral et sur la microglie activée reste limitée par la barrière hémato-encéphalique (BHE). Le rémibrutinib propose un mécanisme d'action dual et complémentaire.

    Contrairement aux anti-CD20, il n'élimine pas les cellules B mais bloque leur activation en inhibant de manière sélective la tyrosine kinase de Bruton (BTK). En tant que petite molécule, le rémibrutinib traverse la BHE et cible directement les cellules de la microglie impliquée dans les lésions chroniques actives ("smoldering lesions").

    Enfin, ce switch permet d'envisager une stabilisation de la maladie tout en évitant l'hypogammaglobulinémie prolongée parfois observée sous anti-CD20 au long cours.

    L'étude de phase 3b RESHAPE a été conçue pour évaluer la sécurité et l'efficacité du passage au rémibrutinib chez des patients cliniquement stables sous ocrélizumab depuis au moins 6 mois.

    Ont été inclus dans le protocole les patients adultes atteints de SEP récurrente-rémittente ou progressive secondaire avec poussées.

    Le maintien de la stabilité clinique (absence de poussées) et radiologique (absence de nouvelles lésions T2 ou de lésions rehaussées par le gadolinium) constituait le critère de jugement principal

    Les critères secondaires associaient l’Impact sur la fatigue (score PRO), le taux de lymphocytes B circulants (reconstitution versus maintien de la suppression) et niveaux de sNfL (neurofilaments).

    Les résultats préliminaires indiquent que la grande majorité des patients ayant effectué le switch présentent toujours une absence d’activité de la maladie. Le rémibrutinib semble capable de prendre le relais de l'ocrélizumab sans rebond inflammatoire, un risque souvent redouté lors de l'arrêt des thérapies de haute efficacité.

    Le profil de sécurité du rémibrutinib dans l'étude RESHAPE est rassurant. Contrairement à d'autres molécules de la même classe (BTKi), le taux d'élévation des enzymes hépatiques est resté faible et transitoire, validant la haute sélectivité de cette molécule. Les effets indésirables les plus fréquents étaient des infections des voies respiratoires supérieures, d'intensité légère à modérée.

    Un point fort de l'étude concerne les Patient-Reported Outcomes (PRO). La commodité d'une administration orale biquotidienne, comparée à la contrainte des perfusions semestrielles, a été corrélée à une meilleure satisfaction globale. De plus, une tendance à l'amélioration des scores de fatigue a été observée chez certains patients après le switch.

    L'étude RESHAPE apporte des réponses cruciales pour l'évolution des algorithmes thérapeutiques. Pour les patients présentant des infections récurrentes ou une baisse significative des IgG sous ocrélizumab, le rémibrutinib apparaît comme une alternative de choix, permettant une modulation immunitaire moins forte tout en maintenant un contrôle étroit de la maladie.

    Le clinicien peut désormais envisager ce switch non pas comme un retrait thérapeutique, mais comme une optimisation visant à cibler la neuro-inflammation chronique (microglie) que l'ocrélizumab ne traite qu'indirectement.

    La demi-vie courte du rémibrutinib offre une meilleure maniabilité en cas de projet de grossesse ou de chirurgie programmée, comparativement à la déplétion prolongée induite par les anti-CD20.

    Vers une nouvelle norme ?

    L'étude RESHAPE démontre que le passage de l'ocrélizumab au rémibrutinib est non seulement sûr, mais cliniquement pertinent. Elle positionne les BTKi non plus seulement comme des concurrents des anti-CD20, mais comme une suite logique pour affiner le contrôle de la SEP-R sur le long terme. Ces données valident une approche plus flexible et plus profonde (intra-SNC) du traitement de fond.

     

     

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