Neurologie
Méningites du sérogroupe B, la vaccination obligatoire est-elle une bonne idée ?
La décision de vaccination obligatoire contre la méningite du sérogroupe B ne reposerait pas sur des preuves scientifiques selon les généralistes enseignants. Arguments d’une controverse.
- Alexander Ryabintsev/iStock
Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) aime bien piquer là où cela fait mal, à savoir pointer l’absence de preuve scientifique à l’origine pourtant de décisions de santé publique. La Haute autorité de santé (HAS) est ainsi dans l’œil du viseur. Après avoir dénoncé en novembre 2025 l’excès de mesures de dépistage préconisées par la Has alors que 75% n’auraient pas fait l’objet d’une évaluation de leur niveau de preuve », le CNGE « s’interroge » sur le caractère obligatoire de la vaccination contre la méningite du sérogroupe B.
Certes, les infections invasives à méningocoque (IIM) constituent des affections rares mais graves, associées à une morbi-mortalité significative, en particulier chez le nourrisson et le jeune enfant. En France, le sérogroupe B demeure le principal responsable des IIM pédiatriques. En 2024, 56 cas d’infections invasives à méningocoque B (IIMB) ont été recensés chez les enfants de moins de 5 ans, dont 28 avant l’âge de 1 an (incidence 4,4/100 000) et 25 entre 1 et 4 ans (incidence 1/100 000). En 2023, trois décès liés au méningocoque B ont été rapportés avant l’âge de 5 ans. Bien que la létalité du méningocoque B (environ 7 %) soit inférieure à celle observée avec le sérogroupe W (19 %), ces infections restent responsables de séquelles lourdes dans près de 10 % des cas, incluant des atteintes physiques, cognitives (notamment des fonctions exécutives) et psychologiques.
Le vaccin 4CMenB (Bexsero®) est recommandé par la Haute Autorité de santé (HAS) chez les nourrissons depuis 2021 et est devenu obligatoire en France depuis le 1er janvier 2025. A ce jour, la France est le seul pays européen à avoir instauré cette obligation. Avant cette mesure, la couverture vaccinale avait déjà fortement progressé, passant de 48,8 % en 2022 à 74,7 % en 2023 pour au moins une dose, alors même que la recommandation restait peu diffusée et non contraignante.
L’efficacité vaccinale du Bexsero® a été évaluée essentiellement à partir de données observationnelles. Aucun essai randomisé contrôlé n’a été publié chez les nourrissons. Les résultats issus de pays ayant introduit précocement la vaccination montrent une réduction de l’incidence des IIMB variant de 53 % à 95 %, selon les niveaux de couverture et les schémas vaccinaux. Pour les enfants ayant reçu un schéma complet, l’efficacité est estimée entre 71 % et 94,7 %. La durée de protection individuelle après primovaccination du nourrisson, évaluée sur la persistance des anticorps, est estimée à environ trois ans, avec un recul de 7,5 années.
Pas de protection collective
Contrairement aux vaccins méningococciques conjugués ciblant les sérogroupes ACWY, le vaccin contre le méningocoque B n’a pas démontré d’effet sur le portage nasopharyngé. En l’absence d’impact sur la transmission, il ne confère pas de protection indirecte et ne participe pas à l’immunité collective. La protection apportée est donc exclusivement individuelle.
Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont des réactions locales au site d’injection et des épisodes fébriles transitoires. Les données de pharmacovigilance disponibles n’ont pas mis en évidence de signal de sécurité majeur, bien que de rares cas de purpura vasculaire ou thrombopénique aient été signalés.
Pas de données concernant le rapport coût-efficacité
Dans son avis de 2025, la HAS a actualisé la stratégie vaccinale contre les IIM, confirmant l’obligation vaccinale contre le méningocoque B chez les nourrissons avant 2 ans, renforçant le rattrapage vaccinal jusqu’à 4 ans et élargissant la recommandation aux adolescents et jeunes adultes jusqu’à 24 ans. Toutefois, cette actualisation ne s’accompagne pas de nouvelles données concernant le rapport coût-efficacité de la vaccination généralisée. Une revue systématique publiée en 2021 concluait déjà à une absence de bénéfice coût-efficacité favorable en population générale, en raison du coût élevé du vaccin et de la faible incidence de la maladie, malgré la gravité des formes observées.
Dans ce contexte, le Conseil scientifique du CNGE souligne que la vaccination contre le méningocoque B offre une protection individuelle sans bénéfice collectif démontré et sans preuve actuelle de coût-efficacité favorable. Il appelle à une réflexion sur le caractère obligatoire de cette vaccination et à la promotion d’une décision médicale partagée, fondée sur une information loyale et actualisée, respectueuse des principes éthiques et de l’autonomie des familles. On attend la réponse de la HAS.








