Santé publique

Hantavirus : 1er bilan dressé par un expert américain

Alors qu'une nouvelle épidémie liée à la souche Bundibugyo du virus Ebola a été décrétée  urgence sanitaire internationale par l'OMS, un premier bilan de l'épidémie d'Hantavirus peut être dressé. Si cette épidémie est resté contenue, c'est en grande partie grâce à des décisions prises dix ans plus tôt, dans un contexte moins urgent. Ce sont ces investissements de précaution, construits sur le temps long qui constituent le seul rempart crédible face à un agent pathogène plus virulent, souligne un exeprt américain de santé publique.

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  • 18 Mai 2026
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    L'apparition d'une épidémie de hantavirus des Andes parmi les passagers du navire de croisière MV Hondius, offre une occasion rare d'évaluer lucidement l'état de la préparation sanitaire des États-Unis, mais aussi en miroir celui des autres pays face aux agents pathogènes émergents. Craig Spencer, professeur de santé publique à l'université Brown et lui-même ancien patient traité pour Ebola en 2014, livre une analyse nuancée dans le jounal en ligne STAT le 14 mai 2026 lien saluant certaines réussites structurelles tout en dénonçant les fragilités introduites par les récentes décisions politiques de l'administration Trump.

    Sur le plan des acquis, le système national de prise en charge des agents pathogènes spéciaux (NSPS) constitue un exemple remarquable de planification sanitaire de long terme. Le centre du Nebraska qui accueille les passagers rapatriés est un établissement de niveau 1, dit RESPTC, conçu pour traiter les patients porteurs des agents infectieux les plus dangereux sur toute la durée de leur maladie. Ce réseau, né dans l'urgence de l'épidémie d'Ebola de 2014, a survécu à trois administrations successives et continue de fonctionner exactement comme prévu, ce qui constitue, selon Spencer, une rare réussite de santé publique américaine.

    Une identification en moins de 24 heures en Afrique du Sud

    L'identification rapide du virus a également illustré la valeur des investissements dans les capacités de séquençage génomique à l'échelle internationale. L'Institut national sud-africain des maladies transmissibles a identifié le hantavirus des Andes en moins de 24 heures grâce au séquençage métagénomique de nouvelle génération, une prouesse rendue possible par des décennies de financement américain, notamment via le PEPFAR et le programme mondial de détection des maladies du CDC. De même, l'OMS a joué un rôle de coordination logistique décisif aux îles Canaries, où le navire a fait escale pour évacuer ses passagers, démontrant une fois de plus son utilité opérationnelle concrète dans les situations de crise sanitaire internationale.

    Cependant, ces points positifs ne sauraient masquer les dysfonctionnements profonds que cette épidémie a mis en lumière. L'auteur dresse un constat sévère des effets du démantèlement progressif de l'infrastructure américaine de préparation aux urgences sanitaires engagé depuis un an.

    Les programmes de l'USAID qui finançaient la surveillance des maladies à la source, avant leur propagation internationale, ont été supprimés ou privés de crédits. Spencer rappelle qu'en 2023, un agent communautaire formé par le CDC en Tanzanie avait permis de contenir à temps une épidémie de virus de Marburg, illustrant concrètement la valeur de ces investissements préventifs à l'étranger.

    Une subvention finançant un laboratoire de recherche sur les hantavirus suprrimée 

    La recherche a subi des coupes tout aussi préoccupantes. Plusieurs centaines de millions de dollars dédiés aux vaccins à ARNm ont été annulés, fragilisant la plateforme technologique la plus adaptée à la production rapide de contre-mesures contre les agents pathogènes inconnus. Le HHS a mis fin en août dernier à 22 contrats de développement vacinal, représentant près de 500 millions de dollars de recherche. Or, face au hantavirus, pour lequel il n'existe ni traitement ni vaccin homologués, les plateformes à ARNm représenteraient la voie la plus rapide vers une réponse thérapeutique efficace. Par ailleurs, la subvention finançant l'un des rares laboratoires américains travaillant spécifiquement sur le hantavirus des Andes a été supprimée par les NIH.

    Les CDC, agence de référence pour ce type de menace, traversent une crise institutionnelle profonde. Près d'un quart de leurs effectifs ont disparu. Le Service de renseignement épidémique, qui constitue la première ligne d'investigation lors d'épidémies, a passé l'année dans l'incertitude. La direction de nombreux centres est vacante ou occupée par des responsables intérimaires récemment nommés, y compris celle du Centre national des maladies infectieuses émergentes et zoonotiques, directement en charge de la réponse au hantavirus. L'agence est restée sans directeur permanent pendant 15 des 17 derniers mois, et son directeur par intérim cumule cette fonction avec celle de directeur des NIH, une situation intenable en période de crise.

    Les conséquences sur la communication de crise sont tangibles. L'alerte aux professionnels de santé américains n'a été diffusée que tardivement.

    Plus grave encore sur le plan opérationnel, les agents du CDC doivent désormais obtenir une autorisation préalable pour collaborer avec l'OMS, introduisant une bureaucratie paralysante au moment précis où la rapidité des échanges est déterminante. Malgré les démentis officiels de Jay Bhattacharya, les personnels de terrain confirment que cette contrainte a limité le partage de données épidémiologiques et le déploiement des réponses habituelles lors de cette épidémie.

    Face à ce tableau, Spencer formule des recommandations pragmatiques, sans appel à un renversement politique radical. Il plaide pour que les CDC retrouvent une autonomie opérationnelle dans leurs échanges avec l'OMS, indépendamment des positions diplomatiques de l'administration. Il appelle à la reconstruction du Bureau de la politique de préparation aux pandémies (OPPR), aujourd'hui quasiment vide de personnel et de direction. Il insiste sur la nécessité de stabiliser le leadership des CDC à tous les niveaux, de redonner un mandat clair aux agents du Service de renseignement épidémique et de restaurer les financements de la recherche sur les contre-mesures médicales. Enfin, il souligne l'urgence de reconstruire les partenariats bilatéraux avec les pays où ces virus émergent, plusieurs d'entre eux, dont la Zambie, le Zimbabwe et le Ghana, ayant récemment refusé des accords américains jugés déséquilibrés.

    Si cette épidémie reste contenue, c'est en grande partie grâce à des décisions prises dix ans plus tôt, dans un contexte moins urgent. Ce sont précisément ces investissements de précaution, construits sur le temps long et peu visibles en période calme, qui constituent le seul rempart crédible face à un agent pathogène plus virulent. Les lacunes révélées par le hantavirus des Andes ne disparaîtront pas avec l'épidémie, et elles resteront exploitables par le prochain virus émergent, quel qu'il soit. 

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