Santé publique
IPP : la déprescription est possible selon une étude française
Cet essai publié dans JAMA démontre qu'une action simple, peu coûteuse et déployable à grande échelle — un courrier éducatif envoyé directement au patient, couplé à un rappel algorithmique adressé au médecin — suffit à modifier significativement les comportements de prescription sur un an.
- saiko3p/iStock
La publication en ligne d'une étude française dans Jama lienle 13 avril 2026 renforce les arguments de l''Assurance maladie qui appelle depuis plusieurs années les médecins généraliste à la description des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Cette classe de médicaments figurent parmi les médicaments les plus prescrits en France et dans la plupart des pays occidentaux. Leur mésusage est massif et documenté : entre 40 et 55 % des patients traités en soins primaires ne présentent pas d'indication justifiant leur poursuite. Cette surconsommation expose les patients à des effets indésirables reconnus au long cours — infections à Clostridium difficile, hypomagnésémie, fractures ostéoporotiques, atteintes rénales chroniques, carences en vitamine B12 — et génère un coût considérable. En dépit d'une prise de conscience progressive des prescripteurs, les interventions ciblant exclusivement le médecin généraliste se sont révélées de faible efficacité dans les essais antérieurs. L'équipe nantaise du département de médecine générale (Université de Nantes/Angers, INSERM SPHERE) a donc conçu un essai pragmatique visant à tester une stratégie de déprescription multifacettes impliquant simultanément le patient et son médecin, en s'appuyant sur les données de remboursement de l'Assurance maladie.
Un essai conduit en Loire-Atlantique et en Vendée.
L'essai DEPRESCRIPP est un essai contrôlé randomisé, en population réelle, conduit en Loire-Atlantique et en Vendée. La randomisation a été effectuée au niveau du cabinet médical. Trois bras ont été comparés en parallèle : une intervention multifacettes associant l'envoi d'une brochure d'éducation directement au patient et d'une lettre personnalisée au médecin traitant; une intervention unilatérale adressée au seul médecin (lettre et algorithme sans contact patient) ; et un groupe contrôle sans intervention.
Les patients éligibles étaient des adultes ayant reçu plus de 300 doses définies journalières (DDJ) d'IPP remboursées dans l'année précédant l'inclusion, soit l'équivalent d'une prise quotidienne sur au moins dix mois. Étaient exclus les patients présentant une indication formelle de traitement au long cours : antécédents d'ulcère gastroduodénal hémorragique, œsophage de Barrett, œsophagite sévère de grade C ou D, ainsi que ceux sous AINS avec facteurs de risque gastroduodénal (âge supérieur à 65 ans, corticoïdes, anticoagulants ou antiagrégants). Le critère de jugement principal était la proportion de patients ayant réduit leur consommation d'IPP d'au moins 50 % en DDJ à douze mois par rapport à leur niveau de base, évaluée à partir des bases de données de remboursement de l'Assurance maladie. Les critères secondaires comprenaient le ratio coût-utilité incrémental (mesuré par l'EQ-5D-5L), la survenue d'un rebond acide (évalué par l'échelle GERD Impact Scale), et l'attitude des patients envers la déprescription.
L'essai a mobilisé un large nombre de médecins généralistes et leurs patients, avec des milliers de sujets répartis entre les trois bras, rendant l'étude l'une des plus larges jamais menées sur ce sujet en soins primaires en France. La majorité des patients inclus étaient des utilisateurs chroniques d'IPP depuis plusieurs années, souvent à pleine dose quotidienne, sans réévaluation récente documentée de l'indication.
Une plus grande efficacité de l'intervention auprès du médecin et du patient.
Le critère d'évaluation principal était une réduction de plus de 50 % de la dose annuelle d'IPP. Cet essai à grande échelle, qui comprenait plus de 600 cabinets médicaux et 34 000 patients, a montré que l'intervention combinée du prescripteur et du patient entraînait une proportion significativement plus élevée de patients réduisant leur utilisation d'IPP (14,9 %) que l'intervention du prescripteur seul (7,7 %) ou les soins habituels (7,0 %).
L'analyse graphique mensuelle de la consommation montre une divergence progressive entre les bras dès les premiers mois suivant l'intervention, qui se maintient sur l'ensemble de la période de suivi d'un an, sans phénomène de rattrapage apparent.
Sur le plan de la tolérance, le rebond acide — principale crainte limitant la déprescription dans la pratique courante — n'a pas constitué un obstacle majeur dans les groupes interventionnels, ce qui est cohérent avec la littérature antérieure indiquant que le rebond symptomatique, bien que réel, reste le plus souvent transitoire et gérable par des stratégies simples (réduction progressive, prise à la demande). Aucune différence significative sur la qualité de vie ou la survenue d'effets indésirables graves n'a été observée entre les groupes.
Cet essai, en premier lieu, démontre qu'une action simple, peu coûteuse et déployable à grande échelle — un courrier éducatif envoyé directement au patient, couplé à un rappel algorithmique adressé au médecin — suffit à modifier significativement les comportements de prescription sur un an. Ce résultat tranche avec le pessimisme ambiant quant à l'efficacité des interventions de déprescription en population réelle. En second lieu, il réaffirme que le patient, lorsqu'il est correctement informé des risques liés à la poursuite injustifiée d'un traitement et des modalités pratiques de son arrêt, est un acteur actif et coopérant de la déprescription, et non un frein.
L'éditorial d'accompagnement signé par Timothy S. Anderson souligne la problématique des "médicaments hérités" ces traitements initiés souvent en milieu hospitalier ou spécialisé, puis reconduits indéfiniment en médecine générale faute de réévaluation systématique. Il appelle à institutionnaliser la déprescription comme une compétence à part entière du praticien de soins primaires, et non comme une démarche exceptionnelle.











