Economie de la santé

Une clinique privée sur deux est en déficit

Pour la seconde année consécutive, les établissements privés à but lucratif affichent un résultat négatif. Pour les 460 établissements déficitaires, la perte grimpe même à -900 millions d’euros soit -600 millions d’euros de plus en 4 ans. L’origine de cette perte de contrôle des comptes serait liée à l’inflation non financée entre 2021 et 2024. Quant aux groupes privés leaders, ils sont entrés dans une zone de turbulence. 

  • Igor Paszkiewicz/iStock
  • 10 Avril 2026
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    Après un déficit de 2,5 milliards d’euros pour les hôpitaux publics annoncé en mars dernier par la Fédération hospitalière de France (FHF), c’est au tour des cliniques privées de tirer la sonnette d’alarme par la voix de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP). Près d'un établissement de santé privée sur deux serait en déficit. Le solde négatif s’établit à -240 millions d’euros pour l’ensemble du secteur selon l’étude menée par le cabinet Roland Berger.

    Résultat négatif pour les cliniques privées

    C’est la seconde année consécutive où les établissements privés à but lucratif affichent un résultat négatif. Pour les 460 établissements déficitaires, la perte grimpe même à -900 millions d’euros soit -600 millions d’euros de plus en 4 ans. L’origine de cette perte de contrôle des comptes serait liée à l’inflation non financée entre 2021 et 2024.

    Conséquence logique, la capacité d’autofinancement chute « à un niveau critique » selon la FHP. Elle s’est contractée à hauteur de 2% du chiffre d’affaires en 2025, loin du taux de 10% atteint par les entreprises du secteur marchand. Dans ce contexte, la trajectoire est qualifiée de non tenable.

    Cette trésorerie dans le rouge génère une perte d’attractivité en matière de salaires. En 2025, le salaire net moyen dans le privé est inférieur de 20% à ceux du public. Au 1er janvier 2025, l’écart s’élevait à +32% en faveur des aides- soignantes du public. Mais avec l’adoption d’une nouvelle convention collective, ce différentiel devrait se réduire à 10%.

    Pour autant, la FHP stigmatise la différence de traitement privilégiée par les pouvoirs publics entre les deux secteurs. Alors que la crise est systémique, seul l’hôpital public se voit octroyé des subventions. Il n’y aurait aucun signal positif pour corriger cette « distorsion de concurrence » selon la FHP. D’où le dépôt d’un recours auprès de la commission européenne.

    En attendant, les cliniques relancent le débat sur la convergence tarifaire qui avait vivement agité la communauté hospitalière au début des années 2000. La question avait été tranchée par Marisol Touraine après l’élection de François Hollande en 2012 qui avait alors mis en avant les charges spécifiques de l’hôpital public. Quinze ans plus tard, la FHP entend peser avec cette ancienne revendication dans les échanges et programmes présentés en amont de l’élection présidentielle de 2027.

    Ramsay autonome à la fin de 2026 

    Mais au-delà de ces prises de parole public, un autre enjeu se joue dans les cabinets de conseil. La maison-mère australienne, Ramsay Health Care (RHC), a officiellement lancé un projet visant à distribuer ses parts dans Ramsay Santé, l’un des groupes privés leaders de cliniques privées en France, directement à ses propres actionnaires. C’est l’un des dossiers brûlants de 2026. Ce projet, qui devrait aboutir d'ici décembre 2026, ferait de Pascal Roché l'architecte d'un groupe "Ramsay Santé" qui deviendrait totalement autonome et potentiellement une cible de rachat ou un acteur majeur de consolidation en Europe, sans la protection du groupe australien.

    Quant à l’autre leader,le groupe Elsan cherche à refinancer sa dette. Contrôlé par KKR, CVC, Thétys et ses dirigeants, il a lancé un refinancement de 1,8 milliard d’euros sous forme de prêt à terme.

    Bref, un nouveau chapitre en 2026 devrait s’écrire en 2026 pour l’avenir des cliniques privées de l’Hexagone.

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