Neurologie
Prise en charge des AVC : la France peut (et doit) mieux faire
La feuille de route du Stroke Action Plan for Europe affiche des ojectifs ambitieux pour 2030. La France accuse un réel retard nottament sur la prise en charge des patients dans des unités spécialisées. Décryptage.
- peterschreiber.medianeu/iStock
Loin d’être le bon élève de la classe européenne, la France affiche un réel retard au regard de la feuille de route du Stroke Action Plan for Europe (SAP-E) publié dans European Stroke Journal le 19 janvier 2026. Certes, le constat est accepté par toutes les instances, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont une urgence médicale d’ampleur majeure en France et en Europe, responsables de décès, d’un handicap sévère et de coûts sociaux et sanitaires élevés. En France, environ 140 000 AVC surviennent chaque année, avec une progression attendue du nombre de cas à mesure que la population vieillit. Pour y répondre, le SAP-E identifie quatre objectifs globaux à atteindre d’ici 2030 :
- Réduire de 10 % l’absolu des AVC en Europe, notamment par la prévention des facteurs de risque modifiables (hypertension, tabagisme, obésité, etc.).
- Créer et appliquer des plans nationaux d’AVC couvrant toute la chaîne de soins, de la prévention jusqu’à la vie après AVC.
- Garantir que 90 % ou plus des patients diagnostiqués pour un AVC soient pris en charge en unité neurovasculaire (UNV) comme premier niveau de prise en charge.
- Déployer des stratégies multisectorielles de santé publique visant à promouvoir un mode de vie sain et à réduire les inégalités sociales, environnementales et éducatives liées au risque d’AVC
Or sur certains de ces objectifs, la France est en retard comparée à certains voisins européens.
Moins de 50% des AVC pris en charge dans des unités spécialisées.
L’accès aux unités neurovasculaires demeur encore insuffisant. Malgré une progression, une proportion importante de patients AVC n’est pas pris en charge en UNV en France. Selon les données de Santé Publique France, seulement environ 46,8 % des patients AVC ont été admis en soins intensifs neurovasculaires, avec de fortes variations territoriales. Une autre analyse rapporte que 40 % des AVC ischémiques et 75 % des AVC hémorragiques n’ont pas bénéficié d’une prise en charge dans une UNV malgré l’existence d’environ 140 de ces unités.
Si l’on se réfère au taux supérieur à 90 % des patients avec AVC devant être pris en charge dans une UNV et recommandé comme premier niveau de soins, la France est donc loin de ce seuil
AUtre retard français, le taux de traitement de reperfusion est également en deçà des objectifs. Le recours aux traitements de reperfusion — thrombolyse et thrombectomie mécanique — est loin d’être satisfaisant.
La proportion de patients bénéficiant de thrombectomie mécanique est très faible (par exemple ~7,2 % pour les AVC ischémiques dans certaines données nationales). Des registres locaux montrent que bien que l’accès à la neurologie augmente, le taux de thrombolyse reste insuffisant, parfois en dessous des cibles . Dans le SAP-E, l’objectif de couverture pour ces traitements est élevé,
Par ailleurs, la France présente des variations importantes selon le lieu de résidence et le statut socio-économique. Des données françaises montrent que les AVC se produisent plus fréquemment et sont plus graves chez les populations modestes, avec un accès moindre aux unités spécialisées pour ces groupes de patients. Ces inégalités contribuent à des résultats plus contrastés au niveau national, comparés à d’autres pays où l’offre de soins est plus homogène.
Un suivi des patients insuffisant
Enfin,au-delà des soins aigus, la qualité du suivi, de la réhabilitation et de la prise en charge des séquelles à long terme affecte aussi la notation globale. Les données françaises récentes suggèrent que moins d’un patient sur trois consulte un neurologue dans les 6 mois suivant un AVC. Il existe un faible taux de consultation spécialisée en phase chronique.
Ce même constat avait déjà été établi dans le rapport de la Cour des Comptes le 29 octobre dernier qui notait des résultats « nettement en-deçà des attentes, ou des objectifs visés, malgré les importants progrès accomplis ». Dans le contexte budgétaire actuel, peut-on espérer un sursaut français ?











