Neurologie

AVC non cardioembolique : efficacité démontrée pour un inhibiteur du facteur XIa.

L'inhibition sélective du facteur XIa par l'asundexian, administré en complément du traitement antiplaquettaire, réduit de 26 % le risque relatif d'AVC ischémique récidivant chez des patients en prévention secondaire après un AVC non cardioembolique ou un AIT à haut risque. Ce bénéfice est obtenu sans augmentation des saignements majeurs.

  • stockdevil Maung, Thailand/iStock
  • 17 Avril 2026
  • A A

    La prévention secondaire des AVC ischémiques non cardioemboliques repose aujourd'hui essentiellement sur les antiagrégants plaquettaires. Malgré ce traitement, le risque de récidive à un an demeure significatif, estimé entre 5 et 10 % selon les études. Les anticoagulants oraux directs (AOD), efficaces dans le contexte de la fibrillation atriale, ne disposent pas d'indication dans cette situation clinique en l'absence de cardiopathie emboligène avérée, notamment en raison d'un rapport bénéfice-risque défavorable sur le plan hémorragique.

    C'est dans ce contexte que le facteur XI a émergé comme une  éventuelle cible thérapeutique. Un déficit constitutionnel en facteur XI serait associé à une réduction du risque d'AVC ischémique, sans augmentation proportionnelle du risque hémorragique. Ce profil décorrélant thrombose et saignement constitue le rationnel biologique fondamental de l'asundexian, un inhibiteur oral et sélectif du facteur XI activé (FXIa) développé par Bayer.

    L'asundexian agit en bloquant la voie intrinsèque de la coagulation en aval de l'activation du facteur XII, sans interférer directement avec les voies de l'hémostase primaire. Des données de phase 2 avaient déjà suggéré une réduction des lésions ischémiques cérébrales sous asundexian par rapport à l'apixaban chez des patients en fibrillation atriale, avec un profil hémorragique favorable. L'essai OCEANIC-STROKE dont les résultats sont publiés dans The New England Journal of Medecine lien vient tester pour la première fois cette stratégie dans la population des AVC non cardioemboliques, en association aux antiplaquettaires.

    Un essai robuste à grande échelle

    OCEANIC-STROKE est un essai de phase 3, randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, conduit dans de nombreux pays à travers le monde. Les patients éligibles devaient avoir présenté un AVC ischémique non cardioembolique ou un AIT à haut risque dans les 72 heures précédant la randomisation, et remplir au moins un critère de sévérité parmi les suivants : un infarctus non lacunaire à l'imagerie cérébrale, des antécédents d'athérosclérose documentée, ou la présence de plaques d'athérosclérose identifiées à l'imagerie cérébrovasculaire.

    Les patients ont été randomisés 1:1 pour recevoir soit de l'asundexian 50 mg une fois par jour, soit un placebo, en plus d'un traitement antiplaquettaire de fond, simple ou double, laissé à l'appréciation de l'investigateur. Au total, 12 327 patients ont été inclus — 6 162 dans le groupe asundexian et 6 165 dans le groupe placebo. Le critère de jugement principal d'efficacité était la survenue d'un AVC ischémique. Un critère composite secondaire clé regroupait les décès d'origine cardiovasculaire, les infarctus du myocarde et les AVC. Le critère principal de sécurité était la survenue de saignements majeurs selon la classification ISTH.

    efficacité démontrée, sécurité préservée

    Les résultats sont cliniquement significatifs et statistiquement robustes. Le taux d'AVC ischémiques était de 6,2 % dans le groupe asundexian contre 8,4 % dans le groupe placebo, soit un rapport de risque de 0,74 (IC 95 % : 0,65–0,84 ; p < 0,001). Cela traduit une réduction relative du risque d'AVC ischémique de 26 %, ce qui est significatif dans une population déjà traitée par antiagrégants plaquettaires. En termes absolus, le traitement par asundexian permettrait d'éviter environ 22 AVC supplémentaires pour 1 000 patients traités sur la durée de suivi de l'essai.

    Le critère composite secondaire — décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde ou AVC — était également significativement réduit dans le groupe asundexian, confirmant un bénéfice cardiovasculaire global cohérent avec la réduction des AVC. Ces données renforcent l'hypothèse selon laquelle la voie du facteur XI joue un rôle actif non seulement dans la thrombose cérébrale, mais aussi dans d'autres territoires vasculaires.

    Sur le plan de la tolérance, le résultat le plus remarquable est l'absence d'augmentation du risque hémorragique majeur. Le taux de saignements majeurs était de 1,9 % dans le groupe asundexian contre 1,7 % dans le groupe placebo, soit un rapport de risque de 1,10 (IC 95 % : 0,85–1,44), statistiquement non significatif. Ce résultat valide expérimentalement l'hypothèse de dissociation entre effet antithrombotique et risque hémorragique qui constitue le fondement pharmacologique de l'inhibition du FXIa. La fréquence des événements indésirables globaux (69,3 % vs 70,1 %) et des événements indésirables graves (19,2 % vs 19,5 %) était également comparable entre les deux groupes.

    Ces résultats positifs de l'essai OCEANIC-STROKE représentent une avancée majeure. Pour la première fois, un agent anticoagulant administré en complément d'un traitement antiplaquettaire démontre un bénéfice net en prévention secondaire des AVC non cardioemboliques, sans surrisque hémorragique — une limite qui avait condamné les tentatives antérieures avec les AOD ou les antivitamines K dans cette indication.

    La population ciblée est cliniquement bien définie : patients avec AVC athéromateux ou AIT à haut risque, présentant des stigmates d'athérosclérose ou un infarctus non lacunaire. Cette stratification permet d'identifier les patients pour lesquels l'activation du facteur XI semble jouer un rôle pathogène prépondérant, et donc susceptibles de tirer le plus grand bénéfice du traitement. 

    La tolérance favorable observée est d'autant plus importante que les patients victimes d'AVC sont souvent âgés, polymédiqués et exposés à des comorbidités augmentant leur risque hémorragique intrinsèque.

     Au final, l'essai OCEANIC-STROKE constitue une preuve de concept clinique de grande envergure : l'inhibition sélective du facteur XIa par l'asundexian, administré en complément du traitement antiplaquettaire, réduit de 26 % le risque relatif d'AVC ischémique récidivant chez des patients en prévention secondaire après un AVC non cardioembolique ou un AIT à haut risque. Ce bénéfice est obtenu sans augmentation des saignements majeurs, ce qui marque une rupture qualitative par rapport aux stratégies anticoagulantes antérieures testées dans cette indication. 

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.