Allergie
Un inhibiteur de BTK confirme son efficacité dans l'allergie à l'arachide et dans l'urticaire chronique
Les résultats obtenus dans l’urticaire chronique spontanée confirment son efficacité et sa durabilité, tandis que les données de phase II dans l’allergie à l’arachide ouvrent la perspective d’une nouvelle approche thérapeutique pour une pathologie où les options restent limitées.
- CalypsoArt/iStock
Lors du congrès 2026 de l’American Academy of Allergy, Asthma & Immunology (AAAAI), organisé à Philadelphie du 27 février au 2 mars, plusieurs communications consacrées à remibrutinib, (Rhapsido, laboratoire Novartis), ont mis en avant son potentiel dans l’urticaire chronique spontanée et, pour la première fois de manière détaillée lors d’une présentation orale, dans l’allergie IgE-médiée à l’arachide.
Remibrutinib est un inhibiteur oral hautement sélectif de la tyrosine kinase de Bruton (BTK). Cette enzyme joue un rôle central dans la signalisation intracellulaire des cellules B ainsi que dans l’activation des mastocytes et des basophiles via le récepteur FcεRI. En bloquant de façon covalente et prolongée la BTK, remibrutinib réduit la cascade de signalisation conduisant à la dégranulation de ces cellules et à la libération de médiateurs tels que l’histamine, les leucotriènes et diverses cytokines impliquées dans les réactions allergiques et l’inflammation cutanée.
L’administration par voie orale constitue un élément différenciant par rapport à plusieurs biothérapies injectables utilisées dans ces indications.
La présentation orale de phase II dans l’allergie à l’arachide portait sur un essai randomisé, en double aveugle, contrôlé versus placebo, mené chez des adultes présentant une allergie IgE-médiée confirmée par test de provocation alimentaire. Les participants ont reçu différentes doses de remibrutinib, administrées deux fois par jour pendant quatre semaines. Le critère principal d’évaluation était la proportion de patients capables de tolérer au moins 600 mg de protéine d’arachide lors d’un test de provocation en fin de traitement, sans développer de symptômes limitants.
Une amélioration obtenue après 4 semaines de traitement
Les résultats ont montré une relation dose-réponse nette. Environ 41 % des patients traités par 10 mg deux fois par jour ont atteint le seuil de tolérance défini, ce taux augmentant à environ 52 % avec la dose de 25 mg deux fois par jour et à environ 84 % avec la dose de 100 mg deux fois par jour. Les taux observés sous placebo étaient nettement inférieurs. L’amélioration de la tolérance alimentaire a été obtenue après seulement quatre semaines de traitement, ce qui suggère un effet pharmacodynamique rapide lié à l’inhibition de l’activation mastocytaire. Sur le plan de la sécurité, le traitement a été globalement bien toléré. Aucun signal majeur n’a été identifié concernant les infections sévères, les anomalies biologiques cliniquement significatives ou les événements indésirables graves liés au traitement sur la durée de l’étude. Ces données soutiennent la poursuite du développement clinique dans cette indication.
Dans l’urticaire chronique spontanée, plusieurs analyses issues des études pivot de phase III REMIX-1 et REMIX-2 ont également été présentées. Ces essais incluaient des patients symptomatiques malgré un traitement par antihistaminiques H1 à dose standard ou augmentée. Les critères d’évaluation portaient notamment sur le score UAS7, qui combine l’intensité du prurit et le nombre de papules sur sept jours. Les données ont confirmé une réduction statistiquement significative du score d’activité de la maladie par rapport au placebo à la semaine 12, avec un début d’effet observé dès la première semaine de traitement. Une proportion plus importante de patients sous remibrutinib a atteint un contrôle complet ou quasi complet des symptômes comparativement au groupe placebo. Les bénéfices ont été maintenus sur des périodes prolongées d’observation pouvant aller jusqu’à un an dans les phases d’extension.
Pas de signal hépatotoxique à ce jour
Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont des infections des voies respiratoires supérieures, comme rhinopharyngite, congestion nasale ou toux. Des céphalées ont également été observées. Certains patients ont présenté des troubles gastro-intestinaux légers tels que nausées ou diarrhée. Des élévations transitoires et généralement asymptomatiques de certaines enzymes hépatiques ont été décrites dans les études cliniques, sans signal hépatotoxique majeur à ce stade du développement à la différence d'autres inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton.
Les analyses complémentaires présentées à l’AAAAI ont également exploré l’impact du contrôle de la maladie sur la qualité de vie et l’utilisation des ressources de santé, montrant qu’un meilleur contrôle symptomatique s’accompagnait d’une diminution des consultations non programmées et d’une amélioration des scores rapportés par les patients. Le profil de tolérance observé dans les études de phase III s’est révélé cohérent avec les données antérieures.
Dans l’ensemble, les présentations ont mis en avant la cohérence du mécanisme d’action de remibrutinib à travers différentes pathologies allergiques et inflammatoires médiées par les IgE. L’inhibition ciblée de la BTK permet d’agir en amont de la libération des médiateurs responsables des symptômes, avec un effet rapide et une administration orale quotidienne. Les résultats obtenus dans l’urticaire chronique spontanée confirment son efficacité et sa durabilité, tandis que les données de phase II dans l’allergie à l’arachide ouvrent la perspective d’une nouvelle approche thérapeutique pour une pathologie où les options restent limitées.








