Personnes âgées

Aspirine à faible dose : loin d'un effet préventif, elle augmenterait la mortalité par cancer

Chez des adultes âgés, l’aspirine n’a pas réduit le risque de développer un cancer sur le long terme et a été associée à une mortalité par cancer légèrement plus élevée, ce qui soulève des questions sur l’utilisation préventive de l’aspirine dans cette tranche d’âge.

  • Andrii Lysenko/iStock
  • 25 Février 2026
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    L'aspirine ne serait donc pas efficace comme outil de prévention contre le cancer selon les résultats de l’étude publiée dans JAMA Oncology (Cancer Incidence and Mortality With Aspirin in Older Adults: Follow-Up of the ASPREE Trial LIEN). Les auteurs ont examiné l’association entre la prise quotidienne d’aspirine à faible dose et l’incidence et la mortalité par cancer chez des personnes âgées sur une période prolongée. Elle s’inscrit dans la continuité de l’essai clinique randomisé ASPREE (ASPirin in Reducing Events in the Elderly) mené en Australie et aux États-Unis, qui a recruté au total 19 114 adultes en bonne santé, âgés de 70 ans ou plus (ou 65 ans ou plus pour les participants noirs et hispaniques aux États-Unis), sans antécédent de maladie cardiovasculaire, de démence ou de handicap physique limitant l’autonomie.

    Un suivi de 8,6 ans

    Dans l’essai clinique d’origine, les participants ont été assignés au hasard entre un traitement quotidien par 100 mg d’aspirine contre placebo, pendant une médiane de 4,7 années. L’étude actuelle combine les résultats de cette phase randomisée avec ceux d’une phase d’extension observationnelle appelée ASPREE-XT, qui a suivi les participants jusqu’en 2024, formant ainsi un suivi combiné médian de 8,6 ans.

    La prise quotidienne d’aspirine à faible dose n’a pas été associée à une réduction de l’incidence globale de cancers au cours de cette période de suivi chez les personnes âgées étudiées. Le taux de nouveaux cas de cancer était comparable entre les participants ayant reçu de l’aspirine et ceux ayant reçu le placebo. Cette donnée a été observée dans les cancers en général ou les cancers par stade et par type, y compris le cancer colorectal où des études antérieures avaient suggéré un effet préventif de l’aspirine. Les analyses, réalisées pour l’ensemble des participants ainsi que pour la période suivant l’arrêt du traitement, n’ont pas montré de différence significative dans l’incidence de cancers entre les groupes après la fin de la phase randomisée.

    Un excès de mortalité de 15%

    En revanche, les données indiquent une association entre la prise d’aspirine et une augmentation de la mortalité liée au cancer. Sur l’ensemble de la période de suivi, les participants traités par aspirine présentaient un risque de décès par cancer plus élevé que ceux du groupe placebo, avec un excès de mortalité d’environ 15 % (hazard ratio de l’ordre de 1,15). Cette différence s’est particulièrement manifestée pendant la phase randomisée elle-même, où un risque accru de cancer de stade avancé et de décès lié au cancer avait été observé chez les participants sous aspirine. Cependant, lors de la période d’extension observationnelle après l’interruption du traitement, aucune différence significative de mortalité liée au cancer n’a été trouvée entre les anciens groupes aspirine et placebo, ce qui suggère qu’il n’y a pas d’effet de l’aspirine à faible dose une fois le traitement arrêté.

    Ces résultats contrastent avec une partie de la littérature antérieure, notamment des études observationnelles et certains essais cliniques menés chez des populations plus jeunes, qui avaient suggéré un bénéfice potentiel de l’aspirine dans la prévention de certains cancers ou dans la réduction de la mortalité associée au cancer après de longues années de prise. En revanche, chez ce groupe d’adultes plus âgés, l’aspirine n’a pas réduit le risque de développer un cancer sur le long terme et a été associée à une mortalité par cancer légèrement plus élevée, ce qui soulève des questions sur l’utilisation préventive de l’aspirine dans cette tranche d’âge. Sur la base de ces données, initier un traitement d’aspirine à faible dose pendant plusieurs années dans le but spécifique de prévenir le cancer chez les personnes âgées n’est pas recommandé. Des recherches supplémentaires, avec un suivi encore plus long ou des analyses plus détaillées selon les sous-groupes et les types de cancer, seraient nécessaires pour mieux comprendre ces associations et leurs mécanismes. 

     

     

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