Endocrinologie
Pancréatite aiguë : une fréquence cardiaque élevée, facteur pronostique
La dynamique de la fréquence cardiaque maximale dans les premiers jours de l’évolution de la pancréatite aiguë sévère est un marqueur pronostique pertinent de la persistance de défaillance organique.
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La pancréatite aiguë sévère est une pathologie grave aux issues potentiellement létales et au risque élevé d’insuffisances multiviscérales. La littérature antérieure a démontré que des paramètres physiologiques simples tels que la fréquence cardiaque en phase initiale de la maladie sont associés à la sévérité et au pronostic de diverses affections critiques. Mais leur dynamique au cours des premiers jours et leur corrélation avec l’apparition ou la persistance d’une défaillance d’organe nécessite des investigations plus approfondies. Dans ce cadre l’étude publiée en ligne le 16 février dans Scientific Reports LIEN exploite les données d’un essai clinique randomisé multicentrique chez des patients avec pancréatite aiguë sévère pour étudier le caractère pronostique de l’évolution quotidienne de la fréquence cardiaque maximale au cours des cinq premiers jours suivant l’admission.
Une défaillance d’organe ou le décès à j7, critère de jugement principal
L’analyse inclut 183 patients pour lesquels on disposait de mesures journalières de la fréquence cardiaque maximale au cours des cinq premiers jours de l’évolution initiale de la maladie. Les patients ont été classés selon deux trajectoires distinctes de fréquence cardiaque : un groupe dit « persistant élevé » (persistent high, PH) et un groupe « transitoirement élevé » (transient high, TH). Cette classification repose sur l’évolution temporelle des mesures, reflétant soit un maintien d’une fréquence cardiaque élevée dans les jours considérés, soit une diminution progressive après un pic initial. Le critère de jugement principal était la présence de défaillance d’organe ou le décès à j7. Des modèles de régression de Cox multivariables ont été construits pour ajuster l’association entre les trajectoires de fréquence cardiaque et le risque d’issue défavorable, en tenant compte des facteurs confondants pertinents tels que l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, les étiologies de la pancréatite et la présence de nécrose à l’admission.
Le critère principal observé 2 fois plus souvent en cas de FC permanente
Les résultats montrent que 22,4 % des patients (41/183) présentaient une trajectoire de fréquence cardiaque persistante élevée, tandis que 77,6 % (142/183) avaient une trajectoire transitoire. La proportion de patients atteints de défaillance d’organe ou décédés à j7 était plus de deux fois plus élevée dans le groupe PH que dans le groupe TH (56,1 % vs. 23,0 %, p < 0,001). Après ajustement sur les variables cliniques et démographiques, la trajectoire persistante de fréquence cardiaque élevée restait fortement associée à un risque accru de défaillance d’organe ou de décès à court terme, avec un odds ratio ajusté de 3,85 (IC 95 % 1,70–8,99 ; p = 0,001). De surcroît, l’analyse de survie a montré une probabilité cumulée significativement plus faible de résolution complète de la défaillance d’organe dans les sept jours chez les patients du groupe PH, avec un hazard ratio de 0,33 (IC 95 % 0,14–0,77 ; log-rank p = 0,004) comparativement au groupe TH.
Ces observations suggèrent que la persistance d’une fréquence cardiaque élevée au cours des premiers jours de prise en charge de la pancréatite aiguë sévère prédite constitue un marqueur pronostique significatif de défaillance organique prolongée et de risque de mortalité précoce. Cette association reste robuste même après ajustement sur des variables cliniques clés, ce qui indique que la trajectoire dynamique de la fréquence cardiaque est un indicateur indépendant de gravité. Du point de vue physiopathologique, une tachycardie soutenue peut refléter une réponse inflammatoire systémique intense, un déséquilibre autonomique ou une persistance d’une charge inflammatoire importante, des facteurs déjà identifiés comme liés à un mauvais pronostic dans d’autres contextes critiques. Ces résultats ouvrent la voie à l’hypothèse qu’une surveillance continue et une intervention ciblée pour contrôler précocement la fréquence cardiaque pourraient potentiellement améliorer l’issue clinique, bien que des essais prospectifs spécifiques soient nécessaires pour évaluer l’impact thérapeutique de stratégies de modulation de la fréquence cardiaque dans cette population.
L’étude, en tant qu’analyse secondaire d’un essai randomisé antérieur, bénéficie d’une rigueur méthodologique mais présente certaines limites intrinsèques : les patients n’ont pas été randomisés selon leurs trajectoires de fréquence cardiaque, l’échantillon reste modéré et la généralisation à d’autres populations de pancréatite aiguë nécessite des validations externes. Par ailleurs, l’impact des différents types de fluidothérapie afin de rétablir l’équilibre hydrique et électrolytique sur les trajectoires de fréquence cardiaque n’a pas été exploré en détail ici, ce qui pourrait constituer une piste d’investigation complémentaire. Les auteurs concluent que la dynamique de la fréquence cardiaque maximale dans les premiers jours de l’évolution de la pancréatite aiguë sévère est un marqueur pronostique pertinent de la persistance de défaillance organique, et ils appellent à des études futures pour évaluer si des interventions précoces ciblées sur ce paramètre pourraient modifier le cours de la maladie.








