Téléconsultations
Les moins de 45 ans y recourent quatre fois plus fréquemment que les plus de 60 ans
L’étude de la DREES illustre un double mouvement, celui d’une intégration durable de la téléconsultation dans le paysage des soins ambulatoires, portée par des attentes en termes d’accès et de réactivité, et celui d’inégalités persistantes dans son utilisation, qui reflètent des déterminants sociodémographiques et territoriaux
- nensuria/iStock
La téléconsultation génère un nouveau clivage entre ceux qui y ont recours et les autres français privilégiant la consultation au cabinet selon les résultats d’une étude de la dress publiée le 12 février 2026 LIEN. Sans surprise, les télépatients, selon le vocable retenu par les auteurs de l’étude, sont moins favorables à des restrictions à la téléconsultation. Ils sont 46% à se prononcer en faveur d’une téléconsultation auprès de n’importe quel médecin. En revanche, les personnes interrogées consultant au cabinet du médecin estiment que la téléconsultation devrait être autorisée uniquement avec son médecin traitant (42 %) plutôt qu’avec des médecins que le patient a déjà vus (31 %) ou avec n’importe quel médecin (27 %).
La possibilité de délivrer un arrêt de travail au cours de la téléconsultation opère un même clivage. 64 % des téléconsultants s’y déclarent favorable contre 46 % des personnes ayant consulté uniquement en cabinet.
Disparités sociodémographiques dans l’accès à la téléconsultation
Mais au-delà des opinions, l’étude pointe des disparités sociodémographiques dans l’accès à la téléconsultation. Les moins de 45 ans y recourent quatre fois plus fréquemment que les plus de 60 ans, les personnes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur environ deux fois plus que celles titulaires d’un CAP ou BEP.
Le lieu de résidence influence également le recours : 21 % des habitants des grands centres urbains ont utilisé la téléconsultation en 2024, contre environ 10 % dans les zones rurales périurbaines ou non périurbaines et 12 % dans les centres urbains intermédiaires ou petites villes. Ces différences reflètent à la fois l’accès aux soins en présentiel et l’intégration des outils numériques.
Ces différences convergent avec des données antérieures signalant un usage plus fréquent par des populations plus urbaines et plus technologiquement à l’aise, confirmant que l’équipement numérique et les compétences associées jouent un rôle majeur dans l’adoption de la téléconsultation. Ces constats sont cohérents avec d’autres analyses de la DREES révélant un recours plus élevé dans les grands centres urbains que dans les zones périurbaines ou rurales.
Les motifs de recours déclarés par les patients ayant téléconsulté relèvent surtout de considérations pratiques : 43 % évoquent des délais d’attente jugés trop longs pour un rendez-vous en cabinet, 33 % ont téléconsulté pour une situation perçue comme urgente, et 20 % pour le renouvellement d’une ordonnance ou d’un certificat médical. Ces motifs suggèrent que la téléconsultation est mobilisée davantage pour résoudre des contraintes organisationnelles plutôt que pour répondre à des situations cliniques complexes.
Une téléconsultation pour 15% des français
La téléconsultation demeure toutefois une pratique minoritaire. Dans la population adulte française (18 ans et plus), 15 % des personnes ont déclaré avoir eu au moins une téléconsultation au cours des douze derniers mois en 2024.
L’étude examine enfin la perception du grand public vis-à-vis de la téléconsultation. Une large majorité des enquêtés (73 %) considèrent que la téléconsultation peut constituer un moyen de lutter contre les déserts médicaux, ce qui reflète une attente sociale forte d’un outil capable de compenser des difficultés d’accès aux soins traditionnels. Cependant, cette perception positive est tempérée par des réserves importantes. Plus de huit personnes sur dix estiment que la téléconsultation déshumanise la relation médecin-patient
L’étude de la DREES illustre donc un double mouvement : celui d’une intégration durable de la téléconsultation dans le paysage des soins ambulatoires, portée par des attentes en termes d’accès et de réactivité, et celui d’inégalités persistantes dans son utilisation, qui reflètent des déterminants sociodémographiques et territoriaux. Pour les praticiens, ces résultats suggèrent que si la téléconsultation apporte des solutions pour répondre à des contraintes organisationnelles ou des besoins spécifiques, elle ne remplace pas les soins présentiels et nécessite une réflexion approfondie sur sa place dans le parcours de soins, sa qualité clinique et ses implications relationnelles.








