obstétrique
Diabète gestationnel : il expose à la survenue d'épilepsie chez l'enfant.
Les enfants exposés au diabète maternel présentaient un risque accru d’épilepsie dans toutes les sous-catégories de diabète, comparativement aux enfants non exposés. L’effet observé ne serait pas expliqué par des variables sociales ou obstétricales.
- Antonio_Diaz/iStock
L’article Maternal Diabetes and Risk of Epilepsy in Offspring publié en février 2026 dans Pediatrics analyse l’association entre le diabète maternel et le risque d’épilepsie chez l’enfant. Cette question clinique est d’importance croissante à mesure que la prévalence du diabète maternel augmente dans le monde, notamment le diabète prégestationnel de type 1 et type 2, et le diabète gestationnel. L’étude vise à préciser si l’exposition intra-utérine à l’hyperglycémie maternelle se traduit par une augmentation du risque d’épilepsie dans l’enfance et l’adolescence, au-delà des facteurs confondants connus, et à quantifier ce risque pour éclairer le suivi pédiatrique. Elle a été réalisée à partir d’une cohorte de naissance rétrospective regroupant toutes les naissances vivantes survenues en milieu hospitalier dans la province d’Ontario (Canada) entre 2002 et 2018 et couplée aux dossiers de santé maternelle et infantile de la population jusqu’en mars 2020.
17 853 cas d'épilepsie diagnostiqués
Parmi 2 105 553 enfants, 160 644 (7,6 %) étaient exposés au diabète maternel (0,3 % de diabète de type 1, 1,2 % de diabète de type 2 et 6,1 % de diabète gestationnel). Après un suivi médian de 10,2 ans, 17 853 cas d’épilepsie ont été diagnostiqués. Après ajustement pour les caractéristiques socio-économiques et cliniques maternelles, les enfants exposés au diabète maternel présentaient un risque accru d’épilepsie dans toutes les sous-catégories de diabète, comparativement aux enfants non exposés (HR ajusté [HRa] pour le diabète de type 2 : 1,40 ; IC à 95 % : 1,24–1,58 ; HRa pour le diabète de type 1 : 1,32 ; IC à 95 % : 1,03–1,69 ; et HRa pour le diabète gestationnel : 1,14 ; IC à 95 % : 1,07–1,22). Une durée plus longue du diabète de type 1 ou de type 2 était associée à un risque accru.
Les analyses ajustées indiquent que l’association reste significative même après contrôle des facteurs de confusion pertinents, suggérant que l’effet observé n’est pas entièrement expliqué par des variables sociales ou obstétricales.
L’hyperglycémie pourrait induire des anomalies du développement cortical et des circuits neuronaux, possiblement via des mécanismes impliquant le stress oxydatif, l’inflammation et des altérations de la signalisation du glucose dans le cerveau en développement. Des recherches physiopathologiques antérieures soutiennent ces hypothèses, montrant que la régulation du métabolisme énergétique fœtal est critique pour l’organisation synaptique et l’excitabilité neuronale.
Sur le plan clinique, l’étude suggère que le diabète maternel préexistant devrait être considéré comme un facteur de risque potentiel pour l’épilepsie de l’enfant, et que les stratégies de dépistage et de prise en charge prénatale optimales sont essentielles non seulement pour réduire les complications périnatales classiques (malformations, macrosomie, hypoglycémie néonatale), mais aussi pour potentiellement diminuer les risques neurologiques à plus long terme. Ces résultats devraient générer des échanges entre obstétriciens, endocrinologues et pédiatres afin que les enfants exposés à un diabète maternel fassent l’objet d’un suivi neurologique adapté dans la petite enfance, même en l’absence de signes initiaux évidents.
L’étude discute aussi des limites méthodologiques inhérentes aux grandes cohortes observationnelles. Bien que les ajustements statistiques puissent réduire les biais liés aux confondants mesurés, il est possible que des variables non mesurées (telles que l’observance du traitement antidiabétique, la nutrition materno-fœtale, l’exposition à des toxines ou la génétique familiale) influencent les résultats. De plus, la définition de l’épilepsie repose sur des diagnostics cliniques rapportés dans les dossiers médicaux, ce qui pourrait sous-estimer les formes plus légères ou non diagnostiquées. Malgré ces réserves, la cohérence des associations observées à travers différents sous-groupes renforce la validité externe des conclusions.
Améliorer la contrôle glycémique maternel
Les implications de cette étude sont multiples. Du point de vue de la prévention périnatale, l’amélioration du contrôle glycémique maternel avant et pendant la grossesse pourrait jouer un rôle clé non seulement pour réduire les complications aigües, mais aussi pour diminuer le risque de troubles neurologiques ultérieurs chez l’enfant. Les auteurs plaident pour des protocoles plus stricts de prise en charge du diabète maternel, incluant un monitoring métabolique intensif, un soutien diététique personnalisé et une collaboration pluridisciplinaire dès la période préconceptionnelle.
Sur le plan pédiatrique, l’identification des enfants à haut risque devrait conduire à une surveillance plus attentive des retards de développement, des crises suspectes et des anomalies neurologiques précoces. Des guidelines de prise en charge pourraient recommander un suivi neurodéveloppemental systématique chez les enfants exposés à un diabète maternel, même en l’absence de symptômes cliniques initiaux, avec une collaboration étroite entre pédiatres, neurologues et spécialistes en métabolisme.
En conclusion, l’étude met en évidence une association significative entre le diabète maternel et l’augmentation du risque d’épilepsie chez la descendance, renforçant l’importance d’une prise en charge périnatale optimale du diabète pour minimiser les risques neurologiques à long terme. Ces résultats plaident pour une attention accrue des cliniciens à ce facteur de risque dans la pratique pédiatrique et pour des stratégies intégrées de soins périnataux et pédiatriques.








