Onco-Digestif
Cancer du canal anal : personnalisation de la dose de radiothérapie
La question de la dose optimale d’irradiation pour les cancers du canal anal est débattue depuis longtemps. Elle diffère notamment entre la France et les pays anglo-saxons. Le Royaume-Uni a lancé un programme de recherche sur la personnalisation de la dose pour les cancers du canal anal, PLATO, comprenant trois essais. Les résultats préliminaires de l’essai ACT5 ont été présentés par Maria Hawkins à l’ASCO GI cette année [Hawkins M et al. Abstract 1].
- Mohammed Haneefa Nizamudeen/iStock
Dans l'essai ACT5 de phase III étaient inclus des patients ayant un carcinome épidermoïde du canal anal T3 ou T4 ou T2N+ éligibles à une chimioradiothérapie. Ils étaient randomisés entre trois bras (1:1:1) :
- dose standard (DS) : 53,2 Gy en 28 fractions de 1,9 Gy (EQD2 = 52,8 Gy)
- dose escaladée 1 (DE1) : 58,8 Gy en 28 fractions de 2,1 Gy (EQD2 = 59,3 Gy)
- dose escaladée 2 (DE2) : 61,6 Gy en 28 fractions de 2,2 Gy (EQD2 = 62,6 Gy)
Tous les patients recevaient une chimiothérapie concomitante par mitomycine C (12 mg/m2 à J1) et une fluoropyrimidine (5FU à la dose de 1000 mg/m2 J1 à J4 et J29 à J32 ou capécitabine 825 mg/m2 x 2 / j). Ils étaient tous traités par IMRT. L’objectif principal était le taux de survie sans rechute locale à 3 ans. Les objectifs à 6 mois ont été présentés : toxicité aiguë (CTCAEv5), compliance, taux de réponse complète (cCR) et PROs.
Pas de majoration de la toxicité aiguë
Entre 2017 et 2023, 463 patients ont été inclus dans 34 centres britanniques. Les caractéristiques des patients étaient comparables entre les trois bras avec 73 % de femmes, 67 % de tumeurs de stade T3 ou T4 et 84 % N+. La compliance à la radiothérapie était excellente avec près de 100 % des patients recevant la dose prescrite. Le taux d’interruption en cours de radiothérapie était comparable entre les trois bras (cf. tableau). Concernant la chimiothérapie concomitante, 82 % des patients ont reçu de la capécitabine, parmi lesquels 36 % ont eu une réduction de dose ou un arrêt de traitement. Le taux de toxicité aiguë de grade 3-4 était comparable entre les trois bras.
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DS n=154 |
DE1 n=154 |
DE2 n=153 |
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Compliance RT |
100% |
99,4% |
96,1% |
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Interruptions RT |
26,1% |
21,4% |
25,7% |
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Réduction de dose de capécitabine |
22,8% |
22,2% |
16% |
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Toxicité aigue G3-4 |
55,4% |
53,6% |
52,2% |
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Taux de cCR à 6 mois |
65% |
67% |
66% |
Le taux de réponse complète à 6 mois évalué cliniquement et radiologiquement par IRM était également le même dans les trois bras (66 %). Concernant la qualité de vie, il y avait une détérioration importante en termes de douleur, fatigue, fonction digestive et fonction sociale à la fin de la chimioradiothérapie similaire dans les trois bras avec un retour à la normale à 6 mois.
Cette (modeste) escalade de dose d’irradiation ne semble pas augmenter l’efficacité de la chimioradiothérapie pour les carcinomes épidermoïdes du canal anal localement avancés, cependant sans majoration de la toxicité. Rappelons toutefois que la dose standard en France est de 60 Gy en 30 fractions de 2 Gy, ce qui correspond à une dose située entre les DE1 et DE2 [1]. Attendons les résultats définitifs de cet essai avant d’envisager de diminuer la dose de ce côté de la Manche…








