Psychiatrie

Cocaïne: une expertise collective de l'Inserm dénonce la politique répressive appliquée en France

En France, la consommation de cocaïne ne cesse de progresser, notamment chez les 25-34 ans. En l'absence de traitement pharmacologique validé, l'Inserm préconise l'adoption d'une démarche pragmatique, loin de la politique pénale répressive qui s'exerce en France. Analyse.

  • Aleksandr Gavrilychev/iStock
  • 23 Janvier 2026
  • A A

    Peut-on encore freiner la consommation de cocaïne en France ? En tout état de cause, elle ne cesse de progresser. Selon une expertise collective de l’Inserm publiée le 22 janvier 2026, 9,4% des français auraient consommé au moins une fois cette substance illicite. Ils n’étaient que 1,8% en 2000. Les 25-34 ans sont les plus touchés avec 5,4% d’usagers récents selon l’Inserm. 61% d’entre eux consomment également de l’alcool et des opioïdes. Tendance lourde, la consommation a fortement progressé. Résultat, la France, dans cette classe d’âge, occupe la sixième place en Europe avec l’Espagne.  

    2,7% des 15-16 ans français ont consommé de la cocaïne

    En revanche, l’expérimentation de la cocaïne chez les jeunes serait en diminution, régressant de 2,8% à 1,4% en 2022. Toutefois, certaines populations d’adolescents sont plus exposées que d’autres; notamment ceux (4,4%) en échec scolaire et déscolarisés comparés aux lycéens (0,9%). Reste qu’au niveau international, la France se classe au-dessus de ses voisins européens. 2,7% des 15-16 ans ont déjà consommé de la cocaïne contre 1,9% en moyenne dans l’Union européenne.

    Ces usagers, toujours plus nombreux, connaissent-ils pour autant les risques liés à la prise de cocaïne ? Sont décrits des troubles cardiovasculaires, des lésions ORL liées à la consommation en sniff, l’altération des fonctions cognitives et bien sûr, l’aggravation de troubles psychiatriques. Au-delà de la personne consommatrice, son entourage peut également en être affecté, notamment les enfants, « victimes collatérales les plus vulnérables».

    En réponse à cette vague qui ne cesse de de croître, il n’y a toujours pas de traitement validé, seulement des pistes qualifiées d’"intéressantes" par les experts. La N-acétyl-cystéine est cité en premier, grâce notamment à son action sur le craving dans plusieurs essais cliniques. D’autres produits, le topiramate, ont démontré une certaine efficacité. Mais la fréquence des effets secondaires en limite le recours. Au regard de cet arsenal thérapeutique pour le moins limité, de nouveaux agents pharmacologiques sont en cours d’investigation. Les auteurs citent la kétamine, le méthylphénidate, les psychédéliques comme la psilocybine, et le bupropion.

    En parallèle à la pharmacologie, des méthodes comme la stimulation cérébrale ou le vaccin sont toujours en cours d’évaluation. Enfin, les approches psychothérapeutiques sont qualifiés d’essentielles.  

    Un développement spécifique du rapport est toutefois réservé à l’incitation motivationnelle. Cette technique vise à « récompenser une modification du comportement pour la renforcer ». En France, l’expérience Tapaj (Travail alternatif payé à la journée) aurait renforcé l’accès aux soins chez les usagers de drogues en situation de précarité. Et aurait permis une réduction de 30% de la délinquance.

    L'efficacité des salles de consommation est validée

    La création de salle soins de consommation supervisées, dites « Haltes soins addictions (HSA) » est également encouragée. Elles accueillent les personnes les plus marginalisées et favorisent leur accès aux soins primaires. C’est un instrument efficace de réduction des risques. Créées à l’origine pour lutter contre l’épidémie d’hépatite C, plusieurs évaluations conduites par des institutions différentes ont toutes conclu à leur efficacité et leur utilité. Alors que la fin de l’expérimentation avait été fixée au 31 décembre 2025, l’existence de ces HSA est prolongée jusqu’au 31 décembre 2027.

    En revanche, les experts dénoncent la politique pénale actuellement menée dans l’Hexagone. Et dressent un constat d’échec. La législation française sur les stupéfiants serait l’une des plus répressives en Europe. Problème majeur, elle ne procède pas à une discrimination selon la drogue consommée. Elle frappe surtout les usagers qui « représentent 90% des interpellations, avec des amendes forfaitaires dont le montant vient d’augmenter ». Au final, cette politique répressive aggraverait la situation. Les auteurs appellent plutôt comme au Canada à décriminaliser l’usage.

    Santé publique contre police et justice, pragmatisme versus autorité, le conflit en France n’est pas prêt de s’éteindre.   

     

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.