dermatologie
Gale: supériorité de la perméthrine comparée à l'ivermectine
Une étude multicentrique française a comparé la perméthrine à l'ivermectine dans la prise en charge de la gale. Le topique local s'est révélé plus efficace même si le comprimé conserve des indications privilégiées.
- airdone/iStock
En l’absence de statistique fiables, la gale est fréquente en France, avec probablement plusieurs centaines de milliers de cas annuels. Elle serait en recrudescence dans de nombreuses régions. En dépit de cette forte prévalence, il n'y aurait pas de consensus thérapeutique. Selon les auteurs, « les conclusions de deux revues systématiques Cochrane, publiées en 2007 et 2028 étaient contradictoires, montrant soit la supériorité de la perméthrine, soit aucune différence d’efficacité entre les deux médicaments(avec l'ivermectine) ». D’où l’intérêt de mener une nouvelle étude. L’essai randomisé multicentrique randomisé en grappes a été réalisé dans 16 services de pédiatrie ou de dermatologie pédiatrique français avant d’être étendu à 28 centres incluant des adultes. A noter toutefois, l’essai a été interrompu prématurément, fautes de ressources financières suffisantes. Publié en ligne le 6 janvier 2026 dans le BMJ, il compare l’efficacité et la tolérance de l’ivermectine orale à celles de la perméthrine topique à 5 % dans le traitement de la gale commune chez l’adulte et l’enfant. Le choix d’une randomisation par foyer reflète la réalité clinique de la prise en charge de la gale, qui impose le traitement simultané des cas index et de leurs contacts afin de limiter les échecs thérapeutiques et les ré-infestations.
Les participants présentaient une gale classique confirmée cliniquement. Les foyers ont été randomisés pour recevoir soit de l’ivermectine orale à la dose de 200 µg/kg administrée en deux prises à J0 et J10, soit de la perméthrine crème à 5 % appliquée sur l’ensemble du tégument selon les recommandations usuelles, également à J0 et J10. Le critère de jugement principal était la guérison clinique au niveau du foyer à J28, définie par la disparition des lésions actives et du prurit, évaluée par un examinateur indépendant. Les critères secondaires incluaient la guérison du cas index, la guérison individuelle, l’évolution du prurit et la survenue d’effets indésirables.
Pas d'effet indésirable grave
Les résultats montrent que le taux de guérison à J28 au niveau du foyer est significativement plus élevé dans le groupe perméthrine que dans le groupe ivermectine. La non-infériorité de l’ivermectine orale par rapport à la perméthrine topique n’est pas démontrée. Cette différence se retrouve également dans les analyses secondaires portant sur les cas index et sur les individus pris séparément, confirmant une efficacité globale supérieure de la perméthrine dans ce contexte de gale commune. Le prurit post-thérapeutique persiste dans les deux groupes, sans différence cliniquement majeure, ce qui est cohérent avec la physiopathologie inflammatoire retardée de la maladie.
En termes de tolérance, les effets indésirables sont globalement peu fréquents et le plus souvent bénins. Les réactions cutanées locales, telles que sensations de brûlure, irritation ou eczématisation transitoire, sont légèrement plus fréquentes avec la perméthrine, tandis que l’ivermectine est associée à quelques effets systémiques mineurs, principalement digestifs ou neurologiques légers. Aucun événement indésirable grave lié au traitement n’est rapporté dans l’étude.
Les auteurs concluent que, dans la gale commune, la perméthrine crème à 5 % demeure le traitement de première intention le plus efficace lorsqu’elle est correctement appliquée et répétée, y compris chez les contacts. L’ivermectine orale, bien que plus simple d’utilisation et souvent perçue comme plus acceptable par les patients, ne permet pas d’atteindre des taux de guérison équivalents dans ce schéma thérapeutique. Ces résultats ont des implications importantes pour la pratique clinique, notamment dans un contexte où l’ivermectine est de plus en plus utilisée en raison de contraintes logistiques ou d’observance liées aux traitements topiques.
Ivermectine en priorité dans les collectivités
L’étude souligne toutefois que l’ivermectine conserve une place dans des situations spécifiques, telles que les formes profuses, la gale croûteuse, les épidémies en collectivités, ou lorsque l’application correcte de la perméthrine est difficile ou impossible. Elle rappelle enfin l’importance du traitement concomitant de l’ensemble des contacts et du respect strict des modalités d’application pour optimiser les résultats thérapeutiques et limiter les échecs apparents liés à une mauvaise observance plutôt qu’à une réelle résistance parasitaire.








