Médecine interne
Dermatomyosite : 1ère avancée pour une thérapie ciblée
L'essai VALOR représente une percée thérapeutique dans une maladie pour laquelle aucun progrès substantiel n'avait été enregistré depuis des décennies.
- Anzela Alikina/iStock
La dermatomyosite est une myopathie inflammatoire idiopathique d'origine auto-immune, caractérisée par une faiblesse musculaire progressive et des manifestations cutanées souvent sévères et invalidantes, prurit intense, atteinte du cuir chevelu. Malgré la gravité de cette affection, la grande majorité des patients est traitée par de fortes doses de corticoïdes systémiques au long cours, avec leur cortège d'effets indésirables bien connus : ostéoporose, diabète, hypertension artérielle, cataracte. À ce jour, aucune thérapie ciblée n'est homologuée dans cette indication. Le taux de rémission clinique à un an sous traitement standard n'excède pas environ 14 %, ce qui témoigne du besoin médical urgent de nouvelles options thérapeutiques.
Un inhibiteur oral sélectif ciblant à la fois TYK2 et JAK1
C'est dans ce contexte que le brepocitinib a été développé. Il s'agit d'un inhibiteur oral sélectif de première classe ciblant à la fois TYK2 (tyrosine kinase 2) et JAK1 (Janus kinase 1), distinct des inhibiteurs non sélectifs de JAK et des agents ciblant uniquement TYK2. Par cette double inhibition TYK2/JAK1, le brepocitinib supprime de façon ciblée plusieurs cytokines clés impliquées dans l'auto-immunité, notamment les interférons de type I et de type II, l'IL-6, l'IL-12 et l'IL-23 — voies toutes fortement impliquées dans la physiopathologie de la dermatomyosite.
L'essai VALOR dont les résultats ont été publiés le 28 mars dans The New England Journal of Medicine lien est un essai de phase 3, en double aveugle, randomisé, contrôlé contre placebo. Les patients adultes atteints de dermatomyosite ont été randomisés selon un ratio 1:1:1 pour recevoir du brepocitinib à 30 mg une fois par jour, du brepocitinib à 15 mg une fois par jour, ou un placebo, pendant 52 semaines. Les traitements de fond habituels étaient maintenus, et une décroissance des glucocorticoïdes était planifiée et encadrée. Au total, 241 patients ont été inclus dans 90 centres à travers le monde, faisant de VALOR l'essai interventionnel le plus long et le plus large jamais conduit dans cette pathologie.
Le critère de jugement principal était le Total Improvement Score (TIS), un index composite et validé de l'activité de la myosite, intégrant six mesures distinctes de l'activité de la maladie, avec un score allant de 0 à 100 (score élevé = amélioration importante). À la semaine 52, le TIS moyen était de 46,5 dans le groupe brepocitinib 30 mg, de 37,5 dans le groupe brepocitinib 15 mg, et de 31,2 dans le groupe placebo, soit une différence de 15,3 points en faveur du brepocitinib 30 mg par rapport au placebo (p < 0,001). Fait particulièrement notable, une séparation statistiquement significative par rapport au placebo était déjà observable à la semaine 4 et s'est maintenue à chaque évaluation jusqu'à la fin de l'année de traitement, avec un délai médian d'environ 8 semaines pour atteindre une réponse TIS ≥ 40.
Plus des deux tiers des patients du groupe brepocitinib 30 mg ont présenté au moins une réponse modérée (TIS ≥ 40) et près de la moitié une réponse majeure (TIS ≥ 60). Ces seuils correspondent respectivement à la différence minimale cliniquement significative et à un niveau d'amélioration substantielle reconnu par les sociétés savantes. Par comparaison, ces taux sont nettement supérieurs à ceux historiquement observés avec les traitements conventionnels.
Réduction des doses de prednisone
En ce qui concerne les neuf critères secondaires clés — activité cutanée, réduction des corticoïdes, force musculaire, capacité fonctionnelle — le brepocitinib 30 mg s'est montré supérieur au placebo sur l'ensemble de ces critères avec des améliorations statistiquement significatives et cliniquement pertinentes. Sur le plan de l'épargne cortisonique, parmi les patients sous corticoïdes au départ (environ 75 % de la cohorte), 62 % de ceux traités par brepocitinib 30 mg ont pu réduire leur dose quotidienne de prednisone à ≤ 2,5 mg/j en fin d'étude, contre 34 % dans le groupe placebo. Des données complémentaires présentées au congrès de l'American Academy of Dermatology 2026 ont également montré des réductions significatives et rapides du prurit, avec une proportion de patients atteignant la rémission du prurit à la semaine 4 supérieure de 18,9 % à celle du groupe placebo, ainsi que des améliorations soutenues de la qualité de vie cutanée mesurée par le Skindex-16 tout au long de l'essai.
Sur le plan de la tolérance, les infections étaient plus fréquentes dans le groupe brepocitinib 30 mg que dans le groupe placebo (9,9 % versus 1,3 %), tandis que les événements indésirables graves de type malignités, événements thromboemboliques et événements cardiovasculaires n'étaient pas plus fréquents dans les groupes traitement que dans le groupe placebo. Aucun décès n'a été rapporté au cours de l'essai.
Du point de vue réglementaire, la FDA a accordé au brepocitinib une procédure de révision prioritaire, avec une date cible d'action au troisième trimestre 2026. Si ce médicament obtient l'approbation, il deviendrait la première thérapie ciblée homologuée dans la dermatomyosite. En Europe, aucune procédure d'AMM n'a encore été annoncée à ce jour.
En synthèse, l'essai VALOR représente une avancée thérapeutique majeure dans une maladie pour laquelle aucun progrès substantiel n'avait été enregistré depuis des décennies. Le brepocitinib à 30 mg per os une fois par jour démontre une efficacité robuste et précoce sur l'ensemble des dimensions de la dermatomyosite — activité musculaire, atteinte cutanée, fonctionnalité et réduction de la corticodépendance — avec un profil de tolérance globalement favorable, sous réserve d'une vigilance accrue sur le risque infectieux. Ces résultats posent les bases d'une transformation profonde de la prise en charge de cette connectivite sévère, en ouvrant la voie à une approche ciblée, orale et épargnatrice de corticoïdes.











