Cardiologie

Arrêt cardiaque : attention au lundi !

les événements cardiovasculaires présentent des variations temporelles marquées, influencées par les rythmes biologiques, les comportements et les facteurs psychosociaux. L’étude s’inscrit dans cette tradition mais met en lumière une période jusqu’ici peu étudiée : la transition entre congés et reprise d’activité.

  • Zinkevych/iStock
  • 13 Mars 2026
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    Ne partez plus en vacances !

    Les périodes de vacances et de jours fériés sont depuis longtemps associées à une augmentation des événements cardiovasculaires. Une étude récente publiée dans JAMA Network Open lien apporte un éclairage nouveau sur ce phénomène en montrant que le risque ne se limite pas aux jours de fête eux-mêmes mais se prolonge au premier jour ouvré qui suit. Les auteurs mettent en évidence une augmentation significative de l’incidence des arrêts cardiaques extrahospitaliers lors de cette transition post-vacances, suggérant une période de vulnérabilité cardiovasculaire encore peu prise en compte dans les stratégies de prévention.

    Cette étude de cohorte nationale s’appuie sur les données du registre coréen de surveillance des arrêts cardiaques extrahospitaliers. Les chercheurs ont analysé l’ensemble des cas survenus entre 2013 et 2023 en Corée du Sud, soit plus de 200 000 événements chez des adultes. L’objectif était de comparer l’incidence des arrêts cardiaques survenant lors du premier jour ouvré suivant une période de congé avec celle observée les autres jours de semaine considérés comme des jours de référence. Dans ce travail, la période de congé incluait l’ensemble des jours non travaillés, c’est-à-dire les week-ends et les différents types de jours fériés.

    Au total, 203 471 cas d’arrêt cardiaque extrahospitalier ont été analysés. L’âge médian des patients était de 71 ans et près des deux tiers étaient des hommes. Parmi ces événements, environ 49 000 sont survenus lors d’un jour ouvré immédiatement après une période de congé, tandis que plus de 154 000 ont eu lieu durant les autres jours de semaine. Les caractéristiques cliniques des patients étaient globalement comparables entre les deux groupes en termes d’âge, de sexe, de statut de témoin ou de réalisation d’une réanimation cardiopulmonaire par un témoin.

    Une augmentation de 9% du risque d'arrêt cardiaque

    L’analyse statistique montre une augmentation significative de l’incidence quotidienne des arrêts cardiaques extrahospitaliers lors du premier jour ouvré suivant une période de repos. En moyenne, 88 cas étaient observés ces jours-là contre 80 lors des autres jours de semaine. Après ajustement statistique, cela correspond à une augmentation relative d’environ 9 % du risque d’arrêt cardiaque. Cette surincidence semble toutefois limitée à cette seule journée de transition et ne persiste pas les jours suivants.

    Les analyses de sous-groupes montrent que ce phénomène concerne la plupart des catégories de patients mais apparaît plus marqué chez certains profils. L’augmentation du risque est particulièrement observée chez les personnes âgées de plus de 65 ans ainsi que chez les patients dont l’arrêt cardiaque est d’origine cardiaque.

    Un autre résultat notable concerne la durée de la période de repos précédant la reprise. L’étude met en évidence une relation dose-effet : le risque d’arrêt cardiaque lors du premier jour ouvré augmente lorsque la période de congé comporte plusieurs jours consécutifs. Aucune association significative n’est observée après un seul jour férié isolé, tandis que le risque devient significatif après deux jours de repos consécutifs et reste élevé après trois jours ou davantage.

    Plusieurs mécanismes physiopathologiques peuvent être évoqués pour expliquer cette augmentation transitoire du risque cardiovasculaire. Les périodes de vacances s’accompagnent fréquemment de modifications importantes du mode de vie, incluant des variations du sommeil, une consommation accrue d’alcool ou de nourriture, ainsi qu’une réduction de l’activité physique régulière. À la reprise du travail, ces changements sont susceptibles d'être associés avec un stress psychologique ou une activation neuro-hormonale liée au retour aux contraintes professionnelles. Cette transition pourrait favoriser une instabilité cardiovasculaire transitoire, notamment chez les sujets fragiles.

    Ces résultats présentent des implications potentielles pour la santé publique et l’organisation des systèmes d’urgence. Les auteurs suggèrent que le premier jour ouvré suivant une période prolongée de congés pourrait constituer une période à risque accru nécessitant une vigilance particulière. Une meilleure préparation des services de secours, ainsi que des messages de prévention ciblés pour les populations à risque, contribuerait à réduire l’impact de ce phénomène.

    Cette étude comporte néanmoins certaines limites. Les données proviennent d’un seul pays et reflètent un contexte culturel et organisationnel spécifique, notamment en ce qui concerne la structure du calendrier et du système de secours. De plus, comme dans toute étude observationnelle, l’association mise en évidence ne permet pas d’établir une relation causale directe entre la reprise d’activité et la survenue d’un arrêt cardiaque.

    Malgré ces limites, ce travail apporte un éclairage original sur la dimension temporelle du risque cardiovasculaire et souligne l’importance des transitions entre périodes de repos et reprise d’activité. Il suggère que ces moments charnières pourraient représenter des fenêtres de vulnérabilité physiologique, particulièrement chez les sujets âgés ou présentant une pathologie cardiovasculaire sous-jacente.

    Cette étude récente  s’inscrit en réalité dans un champ de recherche déjà assez fourni sur les variations temporelles du risque cardiovasculaire (jours de la semaine, périodes de fête, transitions travail-repos). Plusieurs travaux comparables existent, même si peu avaient spécifiquement étudié la période de reprise après les congés, ce qui constitue la principale originalité de l’article.

    Plusieurs études épidémiologiques ont déjà observé une hausse des décès cardiovasculaires pendant certaines périodes festives, en particulier autour de Noël et du Nouvel An. Des analyses de séries temporelles aux États-Unis ont montré que ces deux jours comptent parmi ceux où la mortalité cardiaque est la plus élevée de l’année. Les mécanismes évoqués incluent la surconsommation alimentaire et alcoolique, le stress émotionnel, le retard à consulter et parfois une moindre disponibilité des structures de soins.

    Ces observations ont conduit au concept de “holiday heart syndrome”, décrit dès les années 1970, correspondant à des arythmies, notamment la fibrillation atriale, déclenchées par des excès alcooliques lors des périodes festives.

    D’autres travaux ont montré que les arrêts cardiaques extrahospitaliers sont plus fréquents pendant les week-ends et certains jours fériés. Par exemple, une étude de série temporelle menée à Singapour sur plus de 28 000 arrêts cardiaques a montré que les week-ends et les jours fériés étaient associés à un risque significativement plus élevé d’arrêt cardiaque extrahospitalier et de mortalité par rapport aux jours ouvrés classiques.

    Dans cette étude, les samedis, dimanches et lundis concentraient la proportion la plus élevée d’événements, ce qui suggère déjà l’existence d’un effet de transition entre repos et reprise d’activité.

    Le « Monday effect » cardiovasculaire

    Un autre phénomène bien documenté est l’augmentation des infarctus du myocarde le lundi, parfois appelée « Monday effect ». Plusieurs études en cardiologie ont montré que l’incidence des syndromes coronariens aigus est plus élevée au début de la semaine, probablement en lien avec l’activation sympathique liée à la reprise du travail et au stress psychosocial.

    L’étude récente de JAMA Network Open prolonge en quelque sorte ce concept en montrant que la transition après plusieurs jours de repos représente un moment particulièrement à risque, avec une incidence d’arrêt cardiaque extrahospitalier environ 9 % plus élevée que les autres jours de semaine, surtout chez les sujets âgés et après au moins deux jours consécutifs de congé.

    La littérature montre de manière assez cohérente que les événements cardiovasculaires présentent des variations temporelles marquées, influencées par les rythmes biologiques, les comportements et les facteurs psychosociaux. L’étude récente s’inscrit dans cette tradition mais met en lumière une période jusqu’ici peu étudiée : la transition entre congés et reprise d’activité.

     

     

     

     

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