Gynécologie

Test HPV : le sang menstruel, une alternative au prélèvement cervical

Le recueil de sang menstuel dans une étude chinoise se révèle performant pour détecter des cancer du col de l'utérus. Si la méthode est validée, elle pourrait transformer le dépistage en le déplaçant du cabinet médical vers le domicile, augmentant ainsi mécaniquement la détection précoce des lésions pré-cancéreuses chez les femmes en âge de procréer.

  • 09 Février 2026
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    Le dépistage du cancer du col de l'utérus repose actuellement sur le test HPV-HR, recommandé en France tous les 5 ans pour les femmes de 30 à 65 ans. Malgré son efficacité, l'adhésion reste limitée par des barrières physiques, psychologiques ou logistiques (inconfort de l'examen pelvien, manque de temps, accès aux soins). L'auto-prélèvement vaginal est déjà une option validée, mais cette étude chinoise explore une innovation majeure : l'utilisation du sang menstruel collecté à domicile comme biomarqueur pour le dépistage du HPV.

    Il s'agit d'une vaste étude transversale menée dans la province de Hubei, en Chine, entre 2021 et 2025. (: Tian X, et al. Testing menstrual blood for human papillomavirus during cervical cancer screening in China: cross sectional population based study. BMJ 2026;392:e084831. doi:10.1136/bmj-2025-084831

    Elle a inclus 3 068 femmes (20-54 ans) ayant des cycles menstruels réguliers. Chaque participante a fourni trois échantillons, un échantillon de sang menstruel via un "minipad" (une bandelette de coton stérile insérée dans une serviette hygiénique standard), un prélèvement cervical réalisé par un clinicien (comparateur de référence), une cytologie en milieu liquide (ThinPrep).

    La recherche de l'ADN-HPV par PCR était au cœur de l’étude. En cas de positivité (HPV ou cytologie ASC-US+), une colposcopie avec biopsie dirigée était réalisée.

    L’objectif principal reposait sur l’évaluation de la précision diagnostique (sensibilité et spécificité) afin de détecter les néoplasies cervicales intraépithéliales de grade 2 ou plus (CIN2+).

    Le sang menstruel comparable aux prélèvement cervical 

    L'étude démontre que la détection du HPV dans le sang menstruel est statistiquement comparable au prélèvement cervical classique.

    Si l’on prend en compte le critère de sensibilité pour les lésions CIN2+, pour le sang menstruel (minipad), elle s’élève à  94,7 % (IC 95% : 80,9% - 99,1%) . Avec un prélèvement effectué par un clinicien, elle s’établit à 92,1 % (IC 95% : 77,5% - 97,9%), soit une différence non significative (p=1.00).

    SI l’on prend le critère de la Valeur Prédictive Négative (VPN), elle se révèle Identique pour les deux méthodes (99,9 %), garantissant une sécurité équivalente pour exclure la pathologie en cas de test négatif.

    Enfin, si la spécificité est légèrement inférieure pour le sang menstruel (89,1 % contre 90,0 %, p=0,001), le nombre de références en colposcopie pour détecter un cas de CIN2+ était similaire (10,1 pour le minipad vs 9,6 pour le clinicien).

    Implications Pratiques

    Les auteurs soulignent plusieurs avantages cliniques et organisationnels :

    La non-invasivité est totale. Contrairement à l'auto-prélèvement vaginal qui nécessite l'insertion d'un écouvillon ou d'une brosse, la collecte via la protection périodique est passive et s'intègre au cycle naturel de la patiente.

    Les données préliminaires suggèrent une préférence marquée des patientes pour cette méthode (92-94 % de préférence par rapport au prélèvement clinique dans certains sous-groupes), ce qui pourrait réduire le taux de "non-dépistées".

     L'étude a utilisé une application mobile pour le suivi et la communication des résultats, facilitant la gestion du parcours de soin à grande échelle.

    Bien que les résultats soient prometteurs, plusieurs points restent toutefois à valider

    En premier lieu, il est crucial de confirmer que les composants du sang menstruel (hémoglobine, débris cellulaires) n'interfèrent pas avec les nouveaux automates de PCR à haut débit utilisés en Europe.

    Par ailleurs, la manipulation du sang menstruel peut faire l'objet de réticences culturelles ou religieuses, bien que la méthode soit techniquement plus simple qu'un frottis.

    Enfin, l'étude s'adresse bien sûr uniquement aux femmes non ménopausées. Les femme ménopausées, population clé du dépistage (jusqu'à 65 ans), restent dépendantes des méthodes classiques.

    En attendant, cette étude du BMJ apporte une preuve de concept solide : le sang menstruel est un support fiable pour le test HPV. Si cette méthode est validée dans d'autres contextes géographiques, elle pourrait transformer le dépistage en le déplaçant du cabinet médical vers le domicile, augmentant ainsi mécaniquement la détection précoce des lésions pré-cancéreuses chez les femmes en âge de procréer.

     

     

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