Orthopédie

Suicide : le risque de passage à l'acte est augmenté chez les victimes d'accident grave

Le risque de suicide est augmenté chez les patients victimes d'accidents graves selon une étude nationale norvégienne, lontemps après la sortie hospitalière. D'où l'importance de la continuité des soins après la phase aiguë.

  • egdigital/IStock
  • 19 Janvier 2026
  • A A

    Faudrait-il procécéder à une évaluation psychiatrique des patients hospitalisés dans les services de traumatologie? L’étude nationale publiéee en ligne le 15 janvier 2026 par JAMA Network Open (« Risk of Suicide in Patients With Traumatic Injuries », Rasmussen et coll.) pointe en tout état de cause l'augmentation du risque suicidaire au sein de cette population. En s’appuyant sur des données de registres nationaux norvégiens couvrant la période 2015-2018 avec suivi jusqu’en 2020, les auteurs ont constitué une cohorte de 25 536 patients avec traumatisme, dont 67 % d’hommes, d’âge moyen 41 ± 23 ans, appariés à 247 095 contrôles issus de la population générale selon le sexe et l’année de naissance (ratio 1:10).

    Les patients hospitalisés pour traumatismes ont été suivis à partir de deux semaines depuis la sortie hospitalière afin d'exclure les suicides liés à des admissions initiales pour tentative de suicide. L’analyse repose sur des incidences cumulées de suicide avec prise en compte des décès pour d’autres causes comme événement concurrent, ajustée par des poids d’inverse de probabilité de traitement pour tenir compte des comorbidités, des antécédents psychiatriques et de facteurs socio-économiques.

    72 patients sont décédés par suicide

    Sur l’ensemble de la période de suivi, 72 patients de la cohorte traumatisée sont décédé par suicide (0,28 %) contre 94 contrôles (0,04 %) (P < .001), signifiant une surmortalité suicidaire nette chez les individus traumatisés. À deux ans, l’incidence cumulée de suicide chez les patients avec traumatisme s'est élevé à 0,18 % contre 0,02 % chez les contrôles. Ce qui se traduit par un rapport d’incidence cumulée (CIR) de 9,3 avec un intervalle de confiance à 95 % de 5,4 à 13,0. À cinq ans, l’incidence cumulée chez les patients atteints demeure plus élevée (0,34 %) comparée aux contrôles (0,05 %), avec un CIR de 6,9 (95 % CI, 4,4-9,1). Ces associations robustes persistent après ajustement pour comorbidités, situation socio-économique et antécédents psychiatriques, suggérant que les trajectoires post-traumatiques elles-mêmes contribuent de manière indépendante au risque suicidaire.

    Quels seraient les mécanismes impliqués dans l’association observée? Sur le plan biologique et psychologique, les blessures graves sont accompagnées de douleur persistante, de limitations fonctionnelles, de changements de rôle social, de détresse émotionnelle et de troubles de l’humeur ou du sommeil, autant de facteurs reconnus comme des déterminants du risque suicidaire. Par ailleurs, l’expérience traumatique elle-même peut générer ou exacerber des symptômes de stress post-traumatique, d’anxiété ou de dépression. Des facteurs contextuels, tels que l’isolement social après la sortie de l’hôpital, la perte de soutien professionnel ou familial, et des difficultés d’accès aux soins psychologiques, contribuent également à ce risque prolongé. L’étude souligne l’importance de la continuité des soins après la phase aiguë de prise en charge des traumatismes, avec une attention particulière portée à l’évaluation et au suivi des symptômes psychiatriques ainsi qu’à l’intégration de stratégies de prévention du suicide dans le parcours de soins des patients traumatisés.

    Les auteurs reconnaissent certaines limites méthodologiques. L’utilisation des registres administratifs et cliniques peut entraîner une classification incomplète ou imparfaite des comorbidités et des antécédents psychiatriques. L’absence de données sur certains facteurs de risque psychosociaux, comme le recours à des substances illicites, le soutien social, ou des événements de vie stressants, limite la capacité à ajuster complètement tous les déterminants du risque suicidaire. De plus, le recours à la population générale comme groupe contrôle, sans contrôle pour d’autres hospitalisations non liées au traumatisme, pourrait amplifier la différence observée si une hospitalisation médicale autre qu’un traumatisme est déjà en soi un marqueur de vulnérabilité accrue. Enfin, le contexte norvégien, avec son système de santé spécifique et ses caractéristiques socioculturelles, limite la généralisation des résultats à d’autres pays aux systèmes de santé ou profils de population différents.

    Intégrer les soins de santé mentale  dans le suivi post traumatique

    Pour autant, cette étude fournit des preuves solides que le risque de suicide est significativement accru chez les patients survivants d’un traumatisme grave, avec un excès de risque observable pendant au moins cinq ans après la sortie hospitalière. Ce constat plaide en faveur d’une meilleure intégration des soins de santé mentale dans les protocoles de suivi post-traumatique, d’une évaluation systématique du risque suicidaire après traumatismes sévères, et de stratégies de prévention individualisées.

     

     

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.