Neurologie
SEP : pas de reprise d’activité inflammatoire après arrêt de l’ocrelizumab
A un horizon de 28,5 mois, il n’y a pas de reprise d’activité inflammatoire chez les patients arrêtant l’ocrelizumab, et ce, quelque soit l’âge. Ces éléments sont extrêmement intéressant pour la prise en charge des patientes avec un désir de grossesse. Après 4 à 5 cycles, le maintien du contrôle de la maladie est assuré, leur permettant de programmer une grossesse en toute sérénité
- magicmine/iStock
L’arrivée des antiCD20 a changé le pronostic des patients vivants avec une SEP RR, leur permettant un excellent contrôle de la maladie. Néanmoins, les données de vie réelle ont fait apparaître une baisse des IgG et une augmentation du risque d’infection chez les patients bénéficiant de l’ocrelizumab ou du rituximab depuis plusieurs années. Devant une modification de la balance bénéfice/risque, il peut être proposé d’arrêter le traitement mais les données sur le devenir des patients sont de qualité médiocre.
Les auteurs proposent de comparer l’évolution de patients SEP R traités par ocrelizumab depuis plus de 12 mois et sans aucune activité inflammatoire dont une partie seulement a arrêté le traitement. Le critère principal était le délai avant la reprise d’une activité inflammatoire combinée (CIA) et la progression indépendante de poussées (PIRA).
Les données étaient issues de 2 centres allemands, les patients répondaient aux critères McDonald 2017 pour la SEP RR et ont été inclus entre janvier 2018 et décembre 2023. Six cent cinquante-cinq patients étaient éligibles et 290 ont finalement été inclus après appariement par score de propension 4 :1 (poursuite : arrêt ; 232 :58). La raison principale d’arrêt était la peur d’une infection COVD (81%) et une hypogamaglobulinémie (16%). L’âge moyen à l’instauration de l’ocrelizumab était de 43,8 (13,1) ans dans les 2 groupes, la durée moyenne d’évolution de 79,2 (62,6) mois, l’EDSS moyen de 2,5 (1,3). La durée moyenne sous traitement de 29,9 (9,3) mois et la durée médiane de suivi post arrêt de 28,5 (IQR : 16,75-37,5) mois. 6/ 58 (10%) patients ayant arrêté le traitement ont présenté une poussée et 26/232 (11%) dans le groupe poursuite. Le PIRA est survenu chez 11/58 (19%) des patients dans le groupe arrêt vs 33/232 (14%) dans le groupe poursuite. En analyse de Cox, la poursuite de l’ocrelizumab n'influençait pas le risque de CIA (HR 0,92; 95% CI 0,09 to 10.82; p=0,951). Le risque de survenue du PIRA temps-dépendant était de HR=4,8(95% CI 0,38 to 60,2; p=0,254). En séparant les patients en fonction de l’âge ( 50ans), aucune différence dans les 2 groups pour le risque de survenue de CIA ou PIRA n’apparaissait. En analyse ROC, les auteurs retrouvaient un effet plateau de l’ocrelizumab au-delà de 29 et 30 mois sur le risque de CIA et de PIRA.
Le résultat principal de cette étude est qu’à un horizon de 28,5 mois, il n’y a pas de reprise d’activité inflammatoire chez les patients arrêtant l’ocrelizumab, et ce, quelque soit l’âge (avant/après 50ans) : ceci rejoint les résultats de Jouvenot et al2. Les analyses ROC ont permis de démontrer que l’effet de l’ocrelizumab sur le maintien du contrôle inflammatoire (CIA) plafonnait au-delà de 30mois.
On regrettera le manque de données biologiques qui auraient permis de confirmer le lien entre la cinétique et la qualité de repopulation et la reprise d’activité.
Ces éléments sont extrêmement intéressant pour la prise en charge de nos patients, notamment des femmes avec un désir de grossesse puisque nous voyons là qu’après 4 à 5 cycles, le maintien du contrôle de la maladie est assuré, leur permettant de programmer une grossesse en toute sérénité. Cela apporte également des arguments pour proposer à certains patients dont la balance/bénéfice risque se modifie (hypogammaglobulinémie, infections récidivantes) une désescalade thérapeutique (voire une pause de quelques mois).
References :
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- Jouvenot G, Courbon G, Lefort M, Rollot F, Casey R, Le Page E, Michel L, Edan G, de Seze J, Kremer L, Bigaut K, Vukusic S, Mathey G, Ciron J, Ruet A, Maillart E, Labauge P, Zephir H, Papeix C, Defer G, Lebrun-Frenay C, Moreau T, Laplaud DA, Berger E, Stankoff B, Clavelou P, Thouvenot E, Heinzlef O, Pelletier J, Al-Khedr A, Casez O, Bourre B, Cabre P, Wahab A, Magy L, Camdessanché JP, Doghri I, Moulin S, Ben-Nasr H, Labeyrie C, Hankiewicz K, Neau JP, Pottier C, Nifle C, Collongues N, Kerbrat A; OFSEP Investigators. High-Efficacy Therapy Discontinuation vs Continuation in Patients 50 Years and Older With Nonactive MS. JAMA Neurol. 2024 May 1;81(5):490-498. doi: 10.1001/jamaneurol.2024.0395. PMID: 38526462; PMCID: PMC10964164.











