Oncologie

Cancer du pancréas : vers un diagnostic précoce grâce à deux nouveaux marqueurs

Les concentrations plasmatiques deux protéines circulantes -l’aminopeptidase N (ANPEP) et le récepteur polymérique des immunoglobulines (PIGR)-sont significativement augmentées chez les patients porteurs d'adénocarconome canalaire pancréatique. Associés au CA19-9 et à la thrombospondine-2 (THBS2), ces marqueurs permettent d'envisager un diagnostic à des phases précoces.

  • Nemes Laszlo/iStock
  • 02 Février 2026
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    Comment détecter le plus tôt possible l’adénocarcinome canalaire pancréatique (PDAC), l’un des cancers digestifs de plus mauvais pronostic, principalement en raison d’un diagnostic encore trop souvent posé à un stade avancé ?

    Les biomarqueurs actuellement utilisés, en particulier le CA19-9, présentent des limites importantes en termes de sensibilité et de spécificité, notamment aux stades précoces. Cette étude (Improving a Plasma Biomaker Panel for Early Detection of Pancreatic Ductal Adenocarcinoma with ANPEP and PIGR) publiée par Clinical Cancer Resarch le 28 janvier 2026 vise à identifier et valider de nouveaux biomarqueurs plasmatiques capables d’améliorer la détection du PDAC de stade I/II.

    À partir d’analyses protéomiques par spectrométrie de masse suivies de validations par ELISA, les auteurs ont reconnu deux protéines circulantes -l’aminopeptidase N (ANPEP) et le récepteur polymérique des immunoglobulines (PIGR)- dont les concentrations plasmatiques sont significativement augmentées chez les patients atteints de PDAC précoce par rapport aux témoins. Ces résultats ont été évalués dans le cadre d’études rétrospectives de phase II, utilisant deux cohortes indépendantes issues de l’Université de Pennsylvanie (n = 135) et de la Mayo Clinic (n = 537), incluant des patients atteints de PDAC à différents stades, des sujets sains et des témoins non cancéreux.

    Qu’est est le rôle de l’ANPEP ? Egalement connue sous le nom de CD13, c’est une métalloprotéase transmembranaire dépendante du zinc, exprimée sur les cellules épithéliales (rein, intestin, pancréas), les cellules endothéliales, certaines cellules du système immunitaire (monocytes, macrophages). Elle participe à la dégradation des peptides en clivant les acides aminés en position N-terminale, et joue un rôle dans la régulation des signaux peptidiques, l’angiogenèse, l’adhésion et la migration cellulaires.

    En oncologie, l’ANPEP est connue pour son implication dans la prolifération tumorale, l’invasion et la migration cellulaire, la néo-angiogenèse tumorale, l’interaction tumeur–stroma. Dans de nombreux cancers solides (leucémies, cancers du foie, du rein, du pancréas), l’ANPEP est surexprimée et associée à un phénotype tumoral agressif.

    Dans le PDAC, l’augmentation d’ANPEP plasmatique pourrait refléter la surexpression tumorale précoce, la participation au remodelage du stroma pancréatique, l’activation des voies angiogéniques dès les premiers stades de la maladie. Sa détection dans le plasma suggère une libération liée à l’activité tumorale et au microenvironnement, ce qui explique son intérêt comme biomarqueur circulant complémentaire du CA19-9

    Quant au PIGR, c’est un récepteur transmembranaire exprimé principalement à la surface basolatérale des cellules épithéliales des muqueuses (intestin, voies respiratoires, glandes exocrines, y compris le pancréas).
    Sa fonction physiologique est le transport transépithélial des immunoglobulines polymériques, principalement les IgA dimériques et, dans une moindre mesure, les IgM. Après liaison aux immunoglobulines, le complexe est internalisé puis transporté vers le pôle apical de la cellule, où le récepteur est clivé. La partie extracellulaire libérée constitue le composant sécrétoire. Ce composant protège les IgA sécrétoires de la protéolyse dans les sécrétions muqueuses.

    Dans le PDAC, plusieurs mécanismes peuvent expliquer l’élévation plasmatique du PIGS, à savoir une surexpression épithéliale liée à la transformation néoplasique, une désorganisation de l’architecture glandulaire, favorisant la libération de formes solubles dans la circulation, un contexte inflammatoire chronique (microenvironnement tumoral) stimulant l’axe immunité muqueuse–épithélium.

    Surexpression du PIGR dans plusieurs cancers épithéliaux

    Des études antérieures ont montré une surexpression du PIGR dans divers cancers épithéliaux (pancréas, côlon, sein), souvent associée à des processus de différenciation anormale et à l’inflammation tumorale. Dans le PDAC, l’augmentation du PIGR plasmatique semble refléter une activité tumorale épithéliale précoce, ce qui en fait un biomarqueur potentiellement utile dès les stades initiaux.

    Pris individuellement, ANPEP et PIGR présentent de bonnes performances diagnostiques pour distinguer les PDAC de stade I/II des sujets sains, avec des aires sous la courbe ROC (AUC) comprises entre 0,78 et 0,86 selon la cohorte. Ces performances sont comparables, voire supérieures, à celles de certains biomarqueurs déjà proposés pour le diagnostic précoce.

    L'intérêt clinique réside dans la combinaison des biomarqueurs

    L’analyse multivariée montre toutefois que l’intérêt clinique majeur réside dans la combinaison des biomarqueurs. L’association de CA19-9 et de la thrombospondine-2 (THBS2) avec ANPEP et/ou PIGR améliore nettement la capacité discriminante. Le panel combinant les quatre marqueurs (CA19-9, THBS2, ANPEP, PIGR) atteint des AUC très élevées, comprises entre 0,94 et 0,97 pour l’ensemble des stades, et conserve d’excellentes performances pour les stades précoces. À une spécificité fixée à 95 %, la sensibilité du panel est de 87,5 % pour les PDAC de stade I/II et de 91,9 % pour les stades I à IV.

    D’un point de vue clinique, ces résultats suggèrent qu’un panel plasmatique multiparamétrique serait suceptible de pallier les limites du CA19-9 seul, en particulier chez les patients asymptomatiques ou paucisymptomatiques, et dans les contextes de surveillance de populations à risque (antécédents familiaux, pancréatite chronique, diabète récent d’apparition tardive). Les seuils proposés pour chaque biomarqueur (CA19-9 ≥ 35 U/mL, THBS2 ≥ 42 ng/mL, ANPEP ≥ 2 995 ng/mL, PIGR ≥ 1 800 ng/mL) offrent un cadre concret pour de futures études prospectives.

    En conclusion, l’ajout d’ANPEP et de PIGR à un panel incluant CA19-9 et THBS2 améliore significativement la détection du PDAC, y compris à un stade précoce. La robustesse des résultats, confirmée dans deux cohortes indépendantes, justifie pleinement des études prospectives en phase prédiagnostique afin d’évaluer l’impact réel de ce panel sur le dépistage, la stratégie thérapeutique et, à terme, la survie des patients. 

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