Oncologie
Cancer colorectal: une chimiothérapie de 3 mois peut être envisagée
Le recours à l'oxaliplatine expose à une toxicité cumulative, notamment à des neuropathies périphériques. Une durée limitée à trois mois de la chimiothérapie réduit le risque, sans aggraver la survie. Ce résultat est surtout observé avec le protocole CAPOX
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Le moins est parfois le mieux comme le suggère l’étude internationale SCOT (Standardisation of Care in Colorectal Cancer), publiée en ligne dans Journal of Clinical Oncology le 9 janvier 2026. L'essai compare l’efficacité de deux durées d’adjuvant à base d’oxaliplatine et fluoropyrimidines, trois mois versus six mois, chez des patients atteints de cancer colorectal réséqué à risque élevé de récidive. Le paradigme de six mois d’oxaliplatine-fluoropyrimidine a été le standard de soin depuis plus de vingt ans. Mais l’accumulation de neurotoxicité périphérique liée à l’oxaliplatine conduit fréquemment à des réductions de dose, des interruptions de traitement et une altération marquée de la qualité de vie. SCOT, essai de phase III randomisé de non-infériorité, visait à déterminer si une durée réduite d’adjuvant pourrait fournir une survie globale équivalente tout en réduisant la toxicité et la charge thérapeutique sans compromettre les résultats à long terme.
Pas de différence entre 3 et 6 mois avec CAPOX
L’essai a inclus 6 088 patients avec des cancers colorectaux de stade III ou des cancers de stade II à haut risque après résection curative, répartis de manière aléatoire entre un schéma adjuvant de trois mois et un schéma de six mois. Les chimiothérapies étudiées comprenaient les combinaisons CAPOX (capécitabine plus oxaliplatine, 67,5% patients) ou FOLFOX (5-FU, leucovorine et oxaliplatine, 32,5% patients)) selon la préférence du clinicien et la pratique locale. Les critères de jugement principaux étaient la survie sans maladie (DFS) et la survie globale (OS), avec un suivi médian prolongé permettant une évaluation robuste des résultats à long terme.
Les résultats finaux avec un suivi médian de plusieurs années montrent que, dans l’ensemble de la population étudiée, trois mois de chimiothérapie adjuvante sont non inférieurs à six mois en termes de survie globale, répondant au critère de non-infériorité prédéfini. Les taux de survie globale à cinq ans étaient comparables entre les bras de traitement, et l’analyse statistique des données de non-infériorité a confirmé que le traitement de trois mois ne compromettait pas la survie par rapport au traitement prolongé, validant ainsi l’hypothèse principale de l’étude.
Réduction de la toxicité
Cette réduction de durée a été associée à une diminution marquée de la toxicité cumulative, notamment des neuropathies périphériques, qui constituent une complication fréquente et souvent limitante de l’oxaliplatine.
Des analyses par sous-groupes ont suggéré que les bénéfices observés varient selon le schéma utilisé et le profil de risque des patients. Pour les patients traités par CAPOX, les données indiquent une forte cohérence de l’équivalence entre trois et six mois, avec des résultats de survie très similaires et une tolérance améliorée dans le bras à trois mois. En revanche, chez les patients recevant FOLFOX, l’équivalence en survie n’était pas aussi clairement établie, en particulier chez les patients à très haut risque (par exemple T4 et/ou N2), où la non-infériorité stricte n’a pas été démontrée avec la même robustesse statistique. Ces observations soulignent l’importance d’un choix individualisé de la durée et du schéma d’adjuvant, tenant compte du type de protocole, du profil de risque tumorale et du potentiel de toxicité pour chaque patient.
Sur le plan clinique, les résultats de SCOT ont des implications substantielles pour la pratique oncologique. Ils suggèrent que, pour une large majorité de patients atteints de cancer colorectal réséqué de stade III ou de stade II à haut risque, un schéma adjuvant de trois mois avec CAPOX peut constituer une option judicieuse, offrant une efficacité de survie similaire à celle du traitement de six mois tout en réduisant l’incidence et la gravité des effets indésirables, particulièrement la neuropathie liée à l’oxaliplatine. Cette stratégie peut améliorer l’adhésion au traitement, diminuer l’impact sur la qualité de vie et alléger la charge thérapeutique globale. Néanmoins, chez les patients traités par FOLFOX ou chez ceux présentant des caractéristiques de risque particulièrement défavorables, une approche plus nuancée est nécessaire, et la prolongation jusqu’à six mois peut être considérée en fonction de l’évaluation clinique globale.
En conclusion, l’étude SCOT apporte une contribution importante aux données de preuve soutenant l’optimisation de la durée de chimiothérapie adjuvante dans le cancer colorectal, en particulier avec les combinaisons contenant de l’oxaliplatine. La démonstration de non-infériorité de trois mois par rapport à six mois ouvre la voie à une modification potentielle du standard de soin, avec des bénéfices tangibles pour les patients en termes de réduction de toxicité et d’optimisation des ressources thérapeutiques, tout en maintenant l’efficacité oncologique.








