Grossesse
Infection à CMV : la sérologie selon la HAS doit être réalisée avant la conception.
En période préconceptionnelle, la sérologie doit être réalisée avant la conception. Une sérologie négative impose un renouvellement du dépistage dès le début de grossesse puis toutes les quatre semaines durant le premier trimestre, la dernière détermination devant intervenir entre 13 et 14 semaines d'aménorrhée.
- Rasi Bhadramani/iStock
Le 4 août 2026, la Haute Autorité de santé a publié des recommandations de bonnes pratiques destinées à guider la prise en charge des femmes enceintes après dépistage du cytomégalovirus (CMV), faisant suite à la saisine du ministère chargé de la Santé. Cette publication s'inscrit dans le prolongement de l'avis rendu par la HAS en juin 2025, qui préconisait un dépistage sérologique systématique du CMV chez les femmes enceintes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif, ce dépistage devant s'inscrire dans un cadre expérimental avec réévaluation à trois ans.
Deux mois précédant la grossesse ou au premier trimestre
L'infection à CMV touche près de la moitié de la population française et demeure généralement bénigne chez l'adulte, se transmettant surtout par contact avec les liquides biologiques, en particulier chez le jeune enfant. Elle expose toutefois à un risque de séquelles pour l'enfant à naître lorsqu'elle est contractée dans les deux mois précédant la grossesse ou au premier trimestre, avec un risque de surdité neurosensorielle, de troubles neurologiques ou du neurodéveloppement.
Sérologie négative : dépistage dès le début de grossesse puis toutes les quatre semaines durant le premier trimestre
Concernant la prescription de la sérologie, la HAS distingue plusieurs situations. En période préconceptionnelle, y compris en parcours de PMA, la sérologie doit être réalisée avant la conception. Une sérologie négative impose un renouvellement du dépistage dès le début de grossesse puis toutes les quatre semaines durant le premier trimestre, la dernière détermination devant intervenir entre 13 et 14 semaines d'aménorrhée. Une sérologie positive ancienne ne nécessite aucun suivi supplémentaire, sauf suspicion d'infection récente, qui impose alors une seconde prise de sang de confirmation et, le cas échéant, un report du projet de grossesse de deux mois. Pendant la grossesse, si le dépistage n'a pas été réalisé ou s'est révélé négatif, il doit être effectué avant 14 SA, au-delà de quoi il perd sa pertinence. La HAS propose par ailleurs des ajustements de la nomenclature des actes de biologie médicale afin d'assurer la cohérence entre les examens remboursés et les recommandations actualisées.
Traiter par valaciclovir
En cas de primo-infection récente confirmée, la HAS recommande l'organisation d'une consultation dédiée, en lien avec une équipe experte telle qu'un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal ou la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité, afin de permettre une décision médicale partagée avec la patiente. Un traitement antiviral par valaciclovir peut alors être instauré rapidement, dans l'objectif de limiter la transmission materno-fœtale et de réduire le risque de séquelles ; les données disponibles ne mettent pas en évidence de signal tératogène, et l'efficacité du traitement est optimale lorsqu'il est débuté tôt au premier trimestre. Ce médicament étant prescrit hors autorisation de mise sur le marché dans cette indication, son usage reposera sur un cadre de prescription compassionnelle actuellement en cours d'élaboration par l'ANSM, ouvert à tout médecin généraliste ou spécialiste, en ville comme à l'hôpital. A terme les sages-femmes devraient également prescrire ce traitement afin de raccourcir le délai entre diagnostic et initiation thérapeutique.
Proposer une amniocentèse dès 18 SA
Une amniocentèse est proposée dès 18 SA aux femmes chez qui une primo-infection est diagnostiquée, afin de rechercher une contamination fœtale, après information complète sur les bénéfices et les risques de l'examen. Et doit idéalement être réalisée au moins 8 semaines après la primo-infection maternelle. Ce double délai est important sur le plan méthodologique : réalisée trop précocement — avant 18 SA ou avant ces 8 semaines post-infection — la PCR sur liquide amniotique est moins fiable, avec un risque accru de faux négatif lié au temps nécessaire à la transmission et à la réplication virale chez le fœtus. Un résultat négatif conduit à l'arrêt du valaciclovir et à la reprise d'un suivi obstétrical standard, tandis qu'un résultat positif justifie la poursuite du suivi en lien avec le CPDPN.
L'amniocentèse suivie d'une PCR sur liquide amniotique constitue l'examen de référence pour diagnostiquer une atteinte fœtale après une primo-infection maternelle par le CMV. Elle est souvent pratiquée après la détection d'une anomalie échographique évocatrice. Les documents évaluatifs de la HAS mentionnent un taux de pertes fœtales atteignant 2,1 % (IC95 % : 1,4 % à 2,9 %) lorsque l'amniocentèse est réalisée dans ce contexte
Surveillance complémentaire et discussion d'IMG
En cas de primo-infection, une surveillance fœtale étroite par échographie et IRM peut être mise en place. Si des anomalies échographiques sévères sont détectées (microcéphalie, ventriculomégalie, retard de croissance intra-utérin, calcifications cérébrales, hydrocéphalie, lissencéphalie), une interruption médicale de grossesse (IMG) peut être discutée avec la femme enceinte dans un cadre pluridisciplinaire, ces signes étant associés à un pronostic neurologique défavorable.
Sensibiliser les femmes ayant un projet de grossesse ou déjà enceintes
Enfin, la HAS appele à sensibiliser précocement et systématiquement les femmes ayant un projet de grossesse ou déjà enceintes, ainsi que leur co-parent, aux mesures d'hygiène limitant la transmission du virus : lavage régulier des mains, absence de partage des couverts, boissons ou brosses à dents, évitement du contact bouche-objets salivés par un enfant, évitement des baisers sur la bouche et nettoyage des surfaces potentiellement contaminées. Ces précautions concernent tout particulièrement les professionnels au contact de jeunes enfants, en crèche, halte-garderie ou chez les assistantes maternelles. Un document d'information destiné aux femmes enceintes, détaillant ces mesures ainsi que l'interprétation du dépistage, est annoncé par la HAS pour octobre 2026.








