Onco-Sein
Cancer du sein triple négatif : le Carboplatine en adjuvant ?
Présentée au SABCS 2025, l’étude RJBC 1501 démontre un bénéfice de l’adjonction du Carboplatine à une chimiothérapie adjuvante à base d’anthracyclines et taxane en terme de survie sans maladie, à distance et globale, dans des cancers du sein triple négatif opéré d’emblée.
- Nadzeya Haroshka/iStock
Depuis la publication de l’essai KEYNOTE 522, la prise en charge des cancers du sein localisé triple négatif est majoritairement basée sur une approche néoadjuvante, combinant chimiothérapie et immunothérapie. Pour autant, il existe quelques situations, notamment lors de petites tumeurs T1, N0, où la place d’une chirurgie d’emblée reste cohérente, et derrière, le questionnement du traitement adjuvant de référence.
Récemment, l’étude NRGBR 003, présentée à l’ASCO, testant déjà l’adjonction du Carboplatine à la chimiothérapie en situation adjuvante, n’avait pas permis de démontrer un bénéfice en survie sans évènement, mais avec une population considérée comme à haut risque de rechute (69 % de N+, 70 % de T2). Au SABCS, 2 études chinoises (CITRINE et RJBC 1501) ont été présentées avec le même questionnement, et toutes 2 positives.
47 % de patientes T1, 72 % N0.
En pratique, entre Mars 2016 et Mars 2023, 786 patientes présentant un cancer du sein triple négatif, au moins T1c (stade I à III), opérées d’emblée, ont été randomisées selon un schéma 1:1 pour recevoir une chimiothérapie adjuvante par 4 cycles d’Epirubicine 90 mg/m2 Cyclophosphamide 600 mg/m2 toutes les 3 semaines, suivis par 4 cycles de Taxanes (Docetaxel par 3 semaines, ou Paclitaxel 3 semaines/4, 80 mg/m2), plus ou moins l’adjonction du Carboplatine (AUC 2, 3 semaines/4, en association au Taxol, ou AUC 5-6, en association au Docetaxel), soit 395 patientes dans le bras Carboplatine et 391 dans le bras placebo. Les patientes étaient stratifiées en fonction de l’atteinte ganglionnaire (N0 vs N1 vs N2N3). Le critère de jugement principal était la survie sans maladie, les critères secondaires la survie sans maladie à distance, la survie globale et la tolérance.
Un bénéfice de 34 % en survie sans maladie
Dans la population, on note 50 % de patientes de moins de 50 ans, ayant bénéficié majoritairement d’une mastectomie (59 %). Au niveau tumoral on observe 75 % de grade 3, 47 % de pT1, 72 % sans envahissement ganglionnaire. La majorité des malades ont reçu du Docetaxel (75 %), plutôt que du paclitaxel, et 55 % une radiothérapie adjuvante.
Après un suivi médian de 4,52 ans, on note pour la survie sans maladie, la survenue de 41 évènements dans le bras Carboplatine vs 62 dans le bras Placebo (HR 0,66 [95 % CI, 0,44-0,97] p = 0,034). Le taux de survie sans maladie à 3 ans et à 5 ans était respectivement de 93,1 % et 89,5 % dans le bras Carboplatine vs 89,8 % et 82,6 % dans le bras Placebo. L’analyse en sous-groupe est conforme à ces données, hormis pour l’âge où l’on observe une tendance en faveur du bras Placebo pour les patientes de moins de 50 ans.
Les résultats sont positifs en survie sans maladie à distance, avec 28 (7,1 %) événements survenus dans le bras Carboplatine et 44 (11,3 %) dans le bras Placebo (HR 0,61 [95 % CI, 0,38-0,98] p = 0,040), et en survie globale, avec 7 patientes décédées dans le bras expérimental vs 18 dans le bras contrôle (HR 0,39 [95 % CI, 0,16-0,94] p = 0,029 (petits effectifs à prendre en considération).
Concernant la tolérance, il n’est pas a noté de nouveaux signaux de toxicité. On observe la survenue d’effets secondaires de grade ≥ 3 chez 49,9 % des patientes du bras Carboplatine vs 38,7 % du bras Placebo, majoritairement des neutropénies (47 % et 37,8 % respectivement).
Ces résultats positifs appuient la volonté d’intensifier un traitement adjuvant, pour des patientes chez qui, au départ, au vu du stade, l’on pourrait ne pas retenir de prise en charge néoadjuvante. Par la suite, pourrait-on espérer que le bénéfice apporter par l’adjonction du Carboplatine pourrait permettre de supprimer les anthracyclines ? Pour l’instant rien n’est prouvé.








