Endocrinologie
Hypothyroïdie : l'arrêt du traitement est possible après 60 ans
Un arrêt réussi de lévothyroxine est possible chez environ un quart des adultes de 60 ans et plus traités, et chez près des deux tiers de ceux recevant une faible dose. Ces résultats plaident pour une réévaluation systématique de la pertinence de la poursuite du traitement par lévothyroxine chez les patients âgés, en particulier lorsque la dose est faible.
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La lévothyroxine, traitement de référence de l'hypothyroïdie, est généralement initiée chez les adultes entre 50 et 70 ans et poursuivie à long terme, les recommandations actuelles ne traitant pas de la question d'une éventuelle réévaluation en vue d'un arrêt. Parallèlement, l'utilisation de la lévothyroxine a sensiblement augmenté depuis la fin des années 1990, en lien notamment avec un recours croissant au traitement de l'hypothyroïdie infraclinique, alors même que cette forme de la maladie est transitoire dans une proportion pouvant atteindre 61 % des cas. Par ailleurs, le traitement de l'hypothyroïdie infraclinique persistante n'a démontré aucun bénéfice clinique chez les adultes de 60 ans et plus. Enfin,un traitement excessif expose au risque de thyrotoxicose iatrogène, elle-même associée à une augmentation du risque de fractures, de fibrillation auriculaire et de troubles cognitifs. C'est dans ce contexte que cette étude prospective à groupe unique, conduite aux Pays-Bas, et publiée dans JAMA le 6 avril 2026 lien a cherché à déterminer quelle proportion d'adultes âgés de 60 ans ou plus pouvaient arrêter leur traitement par lévothyroxine sans détérioration de leur fonction thyroïdienne.
L'étude a été menée dans 58 cabinets de médecine générale néerlandais
L'étude a été menée dans 58 cabinets de médecine générale néerlandais. Les participants étaient des adultes âgés d'au moins 60 ans, prenant de la lévothyroxine en monothérapie à dose stable depuis au moins un an, avec un taux de thyrotropine (TSH) inférieur à 10 mUI/L. Étaient exclus les patients présentant une insuffisance cardiaque sévère, une démence, une espérance de vie inférieure à six mois, ou encore une dose de lévothyroxine supérieure à 150 µg/j, ou ayant des antécédents de thyroïdectomie, d'irradiation cervicale ou d'hypothyroïdie secondaire. Au total, 370 participants ont débuté la phase de réduction progressive des doses et ont été inclus dans les analyses. L'âge médian était de 70,5 ans, 79,5 % des participants étaient des femmes, et la dose moyenne de lévothyroxine était de 84 µg/j.
Le protocole reposait sur une réduction progressive et encadrée de la dose de lévothyroxine, avec un contrôle de la fonction thyroïdienne (TSH et T4 libre) avant chaque étape de réduction, réalisée par le médecin généraliste. La réduction se poursuivait uniquement si les résultats biologiques restaient dans des limites acceptables et si le patient et le médecin y consentaient. L'arrêt complet du traitement constituait le critère de succès primaire, défini par un taux de TSH inférieur à 10 mUI/L et un taux de T4 libre dans les valeurs de référence, un an après le début de la phase de réduction.
63,6 %, ont réussi à arrêter complètement le traitement
À un an, 95 des 370 participants, soit 25,7 % (IC 95 %, 21,5 %-30,4 %), avaient arrêté la lévothyroxine tout en maintenant une TSH inférieure à 10 mUI/L et une T4 libre dans les valeurs de référence. Parmi ces 95 participants ayant arrêté avec succès, près de la moitié (48,4 %) présentaient même un taux de TSH inférieur à 4,8 mUI/L, c'est-à-dire dans les valeurs normales habituelles. Le principal facteur prédictif de succès identifié était la dose initiale de lévothyroxine : plus elle était faible, plus les chances d'arrêt étaient élevées. Parmi les 88 participants prenant une dose de 50 µg/j ou moins, 56, soit 63,6 %, ont réussi à arrêter complètement le traitement. À l'inverse, parmi ceux dont la dose de départ était supérieure, le taux de succès diminuait progressivement. L'âge, le sexe et le taux de TSH initial n'ont pas été identifiés comme des facteurs prédictifs significatifs.
Sur le plan de la qualité de vie, les résultats sont rassurants. Les variations observées dans les scores de qualité de vie liée à la thyroïde (mesurée par le questionnaire ThyPRO-39) et de santé générale (EQ-5D) sont restées inférieures aux seuils de différence cliniquement pertinente, aussi bien dans l'ensemble du groupe qu'après stratification selon le succès ou l'échec de l'arrêt. Autrement dit, l'arrêt de la lévothyroxine ne s'est pas traduit par une dégradation significative du bien-être des patients. Les participants ayant réussi l'arrêt ont par ailleurs exprimé moins de regrets que ceux n'ayant pas pu l'arrêter. Concernant la tolérance, 17 événements indésirables graves ont été enregistrés chez 16 participants au cours du suivi, mais aucun n'a été considéré comme lié à l'intervention.
Les auteurs soulignent plusieurs limites : l'absence de groupe contrôle, le protocole en ouvert susceptible d'introduire des biais de détection pour les critères subjectifs, l'absence de données sur l'indication initiale du traitement et le statut en anticorps anti-thyropéroxydase, ainsi que la restriction de l'étude à une population néerlandaise, ce qui peut limiter la généralisation des résultats. La durabilité de l'arrêt au-delà d'un an reste également inconnue.
En conclusion, cette étude, la plus grande à ce jour conduite selon un protocole structuré de déprescription de la lévothyroxine, montre qu'un arrêt réussi est possible chez environ un quart des adultes de 60 ans et plus traités, et chez près des deux tiers de ceux recevant une faible dose. Ces résultats plaident pour une réévaluation systématique de la pertinence de la poursuite du traitement par lévothyroxine chez les patients âgés, en particulier lorsque la dose est faible et que l'indication initiale reste incertaine.








