Neurologie
Sclérose en plaques: le diabète gestationnel, nouveau facteur de risque
Un événement lié à la naissance peut-il influer sur la survenue ultérieure d'une sclérose en plaque ? C'est l'hypothése d'une équipe norvégienne qui a mis en évidence le risque d'un diabéte gestationnel. La prématurité ou un faible poids de naissance ne sont pas, à ce jour, retenus.
- dimakig/iStock
La sclérose en plaques (SEP) est traditionnellement perçue comme le résultat d’une interaction complexe entre une prédisposition génétique et des facteurs environnementaux postnataux (infection par le virus d'Epstein-Barr, tabagisme, carence en vitamine D). Cependant, différents indices suggèrent que l’environnement intra-utérin pourrait jouer un rôle crucial dans le « calibrage » du système immunitaire et du système nerveux central.
L’étude intitulée “Maternal Pregnancy Outcomes and Offspring Risk of Adult-Onset Multiple Sclerosis” publié par JAMA Neurology en ligne le 12 janvier 2026 s’inscrit dans cette tendance. Elle pointe l'implication éventuelle des anomalies de la croissance fœtale ou des complications métaboliques maternelles dans la survenue de SEP chez la descendance.
Plus d'1 million d'invidus suivis
L'intérêt majeur de ce travail réside dans sa puissance statistique. Les auteurs ont exploité les données d’une étude de cohorte de 1 166 731 individus nés entre 1967 et 1989 en Norvège. Le suivi longitudinal, s'est prolongé sur plusieurs décennies pour évaluer l'incidence de la SEP à l'âge adulte. La prématurité, le poids de naissance relatif à l’âge gestationnel, l'hypertension gravidique, la prééclampsie, le décollement placentaire, le diabète gestationnel ont constitué les principaux paramètres de l'étude. Les modèles de risques proportionnels de Cox ont été rigoureusement ajustés pour le sexe, l'année de naissance, l’âge de la mère, son niveau d’éducation, sa parité et son origine géographique.
L'étude révèle un lien statistiquement significatif, bien que complexe, entre les trajectoires de croissance in utero et la SEP. De manière surprenante, un faible poids de naissance semble associée à une réduction modeste du risque de développer une SEP plus tard. Ce résultat interpelle, car le retard de croissance intra-utérin est habituellement lié à des issues de santé défavorables. Les auteurs émettent l'hypothèse d'une modulation spécifique des réponses immunitaires ou d'un environnement hormonal distinct chez ces nouveau-nés.
À l’inverse, la macrosomie est corrélée à une augmentation du risque de SEP. Bien que l'effet soit parfois atténué selon les modèles d'ajustement, cela suggère qu'une croissance fœtale excessive — souvent liée à une hyperinsulinémie fœtale — pourrait être délétère
Le diabète gestationnel, principal facteur de risque
Le signal le plus robuste concerne le diabète maternel (prégestationnel ou gestationnel). Les enfants nés de mères diabétiques présentent un risque substantiellement plus élevé de SEP à l'âge adulte. Le mécanisme suspecté reposerait sur l'exposition à un milieu intra-utérin hyperglycémique et pro-inflammatoire. Ce qui altérerait la programmation du système immunitaire fœtal. L'hyperinsulinémie fœtale pourrait également influencer le développement de la barrière hémato-encéphalique ou la myélinisation précoce
L'étude apporte une clarification importante en infirmant certaines hypothèses antérieures. La prématurité, le décollement placentaire et l’hypertension gravidique (dont la prééclampsie) ne semblent pas être des facteurs de risque indépendants une fois les variables de confusion prises en compte. Cela suggère que le stress périnatal aigu ou l'hypoxie modérée à la naissance ne sont pas des moteurs primordiaux de la pathogenèse de la SEP.
Pour le clinicien, ces résultats soulignent que la fenêtre de vulnérabilité s'ouvre bien avant l'exposition aux virus de l'adolescence.
Certaines limites doivent être prises en compte. L'utilisation de la date des dernières règles (et non l'échographie systématique, moins répandue au début de la cohorte) pour dater la grossesse introduit un risque de biais de classification. L'absence de données sur le statut en vitamine D de la mère ou son tabagisme actif pendant la grossesse limite la compréhension exhaustive des interactions.
Enfin, les auteurs insistent sur la nécessité d'explorer l'adiposité néonatale et les marqueurs métaboliques précis. Si le diabète maternel est confirmé comme un facteur de risque majeur, cela renforcerait l'importance d'un contrôle glycémique strict, non seulement pour les issues néonatales immédiates, mais aussi pour la santé neurologique à long terme de l'enfant.
Cette étude de grande ampleur confirme que l'environnement métabolique in utero (diabète) et la croissance fœtale (poids relatif) laissent des empreintes biologiques durables. Elle invite les neurologues et les obstétriciens à considérer l'anamnèse périnatale comme une pièce supplémentaire du puzzle étiologique de la sclérose en plaques. Bien que ces résultats ne modifient pas encore les protocoles de dépistage actuels, ils ouvrent la voie à une meilleure stratification du risque dès les premières étapes de la vie.








