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Particules fines

Pollution automobile : un risque de cancer du poumon augmenté de 30% pour les plus exposés

Une exposition à long terme au carbone suie, un constituant des particules fines liées au trafic automobile, augmente les risques de cancer, notamment du poumon.

  • Par Jean-Guillaume Bayard
  • ElcovaLana/iStock
  • 24 Mar 2021
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    Chaque année, environ 50 000 personnes décèdent à cause de la pollution de l’air en France, selon des données de Santé publique France datant de 2016. Il s’agit de la deuxième cause de mortalité évitable derrière le tabac qui représente environ 73 000 morts par an, selon des chiffres de Santé publique France publiés en 2013. Pour mieux comprendre “comment les différents composés de cette pollution affectent la santé”, des chercheurs de l’Inserm ont étudié un constituant des particules fines issu de combustions incomplètes notamment liées au trafic automobile, le carbone suie. Selon leurs travaux, présentés le 24 mars dans la revue Environmental Health Perspective, une exposition à long terme au carbone suie est associée à un risque accru de cancer, notamment du poumon.


    20 000 personnes suivies depuis 1989

    Le lien entre pollution et cancer n’est pas nouveau. “En 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a d’ailleurs classé l'ensemble des particules fines comme des cancérigènes certains pour l'Homme”, rappelle l’Inserm dans un communiqué. Le détail des effets des composés de ces particules sur la santé n’était pas connu. “Plusieurs candidats sont à l’étude pour expliquer leurs effets néfastes sur la santé, poursuit l’Institut. C’est le cas notamment du carbone suie (ou “black carbon” en anglais), un constituant des particules fines issu de combustions incomplètes.” L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a pointé ce composé comme ayant un impact délétère sur la santé.

    Dans cette étude, les chercheurs ont évalué l’association entre exposition au carbone suie à long terme et cancer du poumon “pour mieux comprendre le rôle de ce composé dans les effets sanitaires délétères de la pollution de l’air”, précise l’Inserm. Pour cela, ils se sont appuyés sur les données d’une cohorte d’environ 20 000 personnes suivis tous les ans depuis 1989. “Sur la base de ces données, les chercheurs ont déterminé le degré d’association entre niveau de pollution au domicile des participants depuis 1989 et risque de développer un cancer en général ou un cancer du poumon en particulier. Grâce à des modèles statistiques ajustés pour prendre en compte les autres facteurs de risque et s’affranchir de l’effet concomitant des particules fines dont le carbone suie fait partie, elles ont pu montrer spécifiquement l’association entre carbone suie et risque de cancer.”


    Un sur-risque de 30% pour le cancer du poumon

    L’étude suggère que plus les niveaux d’exposition au carbone suie au domicile des participants étaient élevés, plus le risque de cancer du poumon est accru. Les personnes les plus exposées au carbone-suie depuis 1989 présentaient ainsi un sur-risque de cancer en général d’environ 20% par rapport aux personnes les moins exposées. Ce sur-risque était de 30 % en ce qui concerne le cancer du poumon. Ce composé pourrait donc en partie expliquer les effets carcinogènes de la pollution de l'air. “Ces résultats, inédits sur l’incidence de cancer et qui viennent renforcer une littérature scientifique déjà existante sur d’autres problèmes de santé, sont importants pour guider la décision publique en ce qui concerne la régulation de la pollution de l’air et les politiques sanitaires”, assure l’Inserm.

    Au niveau individuel, il est difficile de recommander des mesures qui peuvent être prises pour limiter l’exposition au carbone suie des particules de l’air ambiant. Néanmoins, il est possible d’ajuster les politiques publiques si l’on arrive à montrer quels sont les polluants les plus nocifs dans la pollution de l’air. Nous espérons donc que nos résultats participeront à étendre les connaissances pour orienter et affiner ces politiques, par exemple en prenant des mesures spécifiques contre le carbone suie qui vient principalement du trafic automobile”, souligne Bénédicte Jacquemin, chercheuse à l’Inserm et autrice de l’étude.


    Une association porte plainte contre la RATP à cause de la pollution dans le métro

    L’association Respire, fondée en 2011 et qui dénonce depuis régulièrement les taux de pollution trop élevés dans le métro et le RER, a décidé de déposer plainte contre la RATP pour “tromperie aggravée” et “blessures involontaires”. Cela fait suite au refus de la RATP de reconnaître la trop forte concentration de particules fines, estimée huit fois plus élevés sous terre que dans l’air extérieur par une étude menée par l’association avec le CNRS et publiée en janvier dernier. Ces microparticules sont issues du freinage des trains, de l'air extérieur importés par les bouches d'aération et par les chantiers.

    Nous voulons que la RATP sorte de l'omerta et de la politique de l'autruche, déclare Olivier Blond, le président de Respire, au Parisien. En temps normal, 4 millions de personnes circulent dans le métro chaque jour. Il est choquant de continuer de dire aux usagers que tout va bien alors que les chiffres sont si mauvais ! Le déni de la RATP est une composante essentielle du problème. Nous portons plainte pour tromperie afin qu'elle mette en place une véritable information des voyageurs et un système de mesure sur tout son réseau, pas seulement sur deux ou trois stations.”

    La RATP se défend en insistant sur le fait que les études sanitaires menées sur ses agents depuis plus de trente ans ne permettent pas d'observer d'effets toxiques de la qualité de l'air sur leur santé. Dans un communiqué publié ce mardi, elle “tient à rappeler la solidité et robustesse de son plan d'actions pour surveiller, informer et améliorer la qualité de l'air dans ses espaces souterrains. La qualité de l'air du réseau souterrain fait l'objet d'un suivi très scrupuleux et tout à fait transparent de la RATP”.

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    JDF