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Littérature

Coronavirus : 6 livres à (re)lire lors du confinement

“Station Eleven”, “Et Tu n'es pas revenu”, “Mamma Maria”… Anne Burzynski, libraire chez L'Écriture (Vaucresson), nous conseille six livres à (re)découvrir en cette période de confinement.

  • Par Floriane Valdayron
  • Jacoblund/iStock
  • 24 Mar 2020
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    Alors que des rumeurs circulent sur la prolongation de la durée du confinement, les Français cherchent à passer le temps. Si les activités envisagées oscillent entre le binge-watching sur Netflix, les jeux vidéo, la cuisine, les cours de danse en ligne, les jeux de société et les séances de fitness, la lecture reste une source d'évasion presque incomparable.

    Anne Burzynski, “booktubeuse” connue sous le compte Les États d'Anne et libraire chez L'Écriture (Vaucresson), nous propose une sélection de six livres* à (re)découvrir pendant la période particulière que nous traversons.

     1) Station Eleven, d'Emily St. John Mandel, paru en 2014

    Le premier livre dont j'ai envie de parler est Station Eleven. À mon sens, c'est lui qui serait le plus dans l'état d'esprit actuel, l'écho le plus direct avec ce qui est en train de se produire. C'est un très bon livre, avec un beau sens de l'atmosphère et une qualité d'écriture chère aux éditions Rivages.

    C'est l'histoire d'une pandémie qui commence à toucher la population mondiale. Un personnage qui joue dans une pièce de théâtre s'effondre sur scène : il s'agit de la première victime, puis on suit une troupe itinérante d'artistes. La question posée est très intéressante : c'est la place de l'art et des loisirs, de l'expression artistique dans ce genre de période. Cette troupe continue de jouer car c'est primordial, ses membres ont besoin de transmettre et les personnes en face en ont besoin aussi. Quand on est en train de survivre est-ce qu'on a besoin de vivre avec tout ça, émotion et je pense ça livre en ns ce type de question. Pour le côté miroir, ça intrigue puis pose vraies questions philosophiques humaines qu'on se pose en ce moment

    2) La vie rêvée d'Ernesto G., de Jean-Michel Guenassia, paru en 2012

    Pour moi, Jean-Michel Guenassia est un auteur incontournable de la littérature française contemporaine. Le titre du livre que j'ai choisi nous expose tout de suite le clin d'œil à Che Guevara (de son vrai nom Ernesto Guevara, ndlr.), mais, ce qui est intéressant, c'est qu'on ne sait pas forcément à quel moment du livre il va apparaître, ni dans quel contexte. Il y a ce côté tourbillon de l'Histoire ainsi qu'une grande intelligence et une belle maîtrise de l'écriture. Pour moi, ce livre vaut presque un classique. Il a beaucoup de souffle, est super romanesque et se lit sans effort, avec un plaisir fou. La vie rêvée d'Ernesto G. vide complètement la tête, il nous happe. Il est un peu long, mais en ce moment on en a besoin.

    Le personnage principal s'appelle Joseph Kaplan, il est médecin chercheur spécialisé dans les infections. Il va nous faire traverser tout le XXe siècle : il naît en 1910 à Prague, va y vivre, ainsi qu'à Paris et Alger. On voit ces trois villes dans des moments un peu charnières de notre Histoire : la guerre d'Espagne, la Seconde Guerre mondiale, une épidémie de peste à Alger… Un certain nombre de choses nous parle par rapport à ce qu'on vit actuellement.

    3) Et Tu n'es pas revenu, de Marceline Loridan-Ivens, paru en 2015 

    Ce titre n'est pas un classique, mais il pourrait être étudié à l'école. Il a été écrit par une proche amie de Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens. Elles se sont rencontrées en déportation, au camp d'Auschwitz-Birkenau, mais ce livre ne s'ancre pas uniquement dans cette période de l'Histoire. Il n'est pas plombant, il présente un côté très universel. On y parle d'amour, de courage, de résilience ; c'est la trajectoire d'une vie. Il peut être lu par toute la famille et entre, en plus, dans des points que les lycéens étudient en Histoire.

    Quand l'autrice était avec son père, à Drancy, en 1944, il lui a dit : “Toi, tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas". Le titre, Et tu n'es pas revenu, est la réponse de l'autrice à son père. Tout le livre est un hommage à cet homme, et à la force de vie. Marceline Loridan-Ivens avait 15 ans quand elle a été arrêtée et déportée à Auschwitz-Birkenau. Elle a trouvé cet instinct de survie et raconte tout ça avec beaucoup de justesse, ça met une claque. Elle en parle avec une certaine pudeur, une dignité incroyable, qui force d'autant plus le respect.

    Ce n'est peut-être pas le meilleur moment de le lire pour les personnes plombées par la période que l'on vit, mais, d'un autre côté, on a besoin de ce genre de livre pour trouver la force en nous, se dire qu'on n'abandonne pas.

    4) Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson, paru en 2011

    Je pense que le summum de l'évasion, c'est le récit de voyage. En ce moment, nous avons tous un peu besoin de partir de chez nous tout en étant confinés. Il y a pas mal de choix dans ce domaine. Les livres comme ceux de Sylvain Tesson sont assez faciles à trouver en numérique ou en occasion. C'est un écrivain assez incroyable, casse-cou, prêt à aller sur le terrain. C'est un voyageur à l'ancienne, avec, en même temps, une véritable écriture et un côté très philosophe, avec certains livres focalisés sur le rapport au voyage, et d'autres sur celui au monde de manière générale. C'est vraiment un auteur, avec tout ce que ça peut impliquer. 

    Sylvain Tesson vaut le détour. Chacun commence par le livre qui lui parle. Par exemple, La Panthère des neiges, son dernier paru, est le plus immobile. Il l'a écrit quand il était au Tibet avec le photographe Vincent Munier, en train de guetter cette fameuse panthère. Ici, on découvre un Sylvain Tesson beaucoup plus patient, car il doit laisser les choses se faire par elles-mêmes. C'est une facette de l'écrivain assez inattendue, beaucoup plus posée que celle que l'on connaît déjà. Si on veut le découvrir comme il est habituellement, plus dans l'action et baroudeur, je recommande Dans les forêts de Sibérie. Il est très facile à lire et se présente sous la forme d'un journal de bord.

    5) Bondrée, d'Andrée Michaud, paru en 2014

    Il y a énormément de polars que j'aime beaucoup. J'adore cette idée du roman policier d'atmosphère, qui nous emmène dans un pays, un contexte en particulier. C'est une veine qui plaît de plus en plus, notamment à ceux qui apprécient les polars nordiques. On le lit ce livre si on cherche un polar très bien écrit et si on veut s'évader.

    Bondrée est un roman policier que l'on peut lire même si on n'aime pas du tout les polars, car ce n'est pas du tout une enquête tambour battant, ce n'est pas un livre glauque, ni sombre. Il s'agit plutôt d'une histoire d'atmosphère, de lieu ; c'est vraiment une langue. On est au Québec, à la fin des années 1960. Les paysages sont assez incroyables : des forêts, des lacs, de la brume… C'est une plongée dans le Québec. La langue elle-même est très importante, elle est extrêmement bien écrite et très juste. L'histoire se déroule à la frontière entre les États-Unis et le Canada : “bondrée” vient de “boundary” (frontière en anglais, ndlr.). Il y a des personnages anglophones et francophones ; les deux langues se mêlent dans le livre de manière extrêmement fine et authentique. 

    6) Mamma Maria, de Serena Giuliano, paru en 2020

    C'est un petit bonbon. Il peut être lu par tout le monde ; il est très facile. C'est une lecture fraîche, pétillante, mais pas du tout ras les pâquerettes. Il y a un bon équilibre : c'est un livre qu'on dévore, très addictif, et qui nous laisse une jolie impression. Ça fait du bien car on rit très souvent ; l'auteure a un vrai sens du second degré, mais aborde aussi des sujets vraiment profonds, notamment par rapport à l'actualité. On a besoin de ce genre d'émotion positive en ce moment.

    Le livre a un côté très cash, avec une forte oralité. Il peut beaucoup plaire car on a vraiment l'impression que le personnage nous parle; c'est un roman très direct. Le récit prend place en Italie. Mamma Maria est le nom d'un bar face à la mer, tenu par une petite dame débordant d'énergie, qui passe son temps à mettre la musique de son chanteur préféré Italie. C'est une sacrée bonne femme. Un des personnages principaux est une jeune femme traductrice qui a vécu quelque temps en France avant de revenir dans ce petit village. Elle travaille tous les jours de la terrasse du Mamma Maria : on suit les habitants dans leurs différentes aventures, leurs hauts et bas. Les personnages sont très attachants ; il y a quelque chose de direct, d'assez authentique, qui ressemble à la vie.

    Des réseaux de librairies indépendantes pour acheter des livres en version numérique 

    Si Bruno Le Maire avait évoqué l'hypothèse de la réouverture des librairies jeudi 19 mars au matin sur France Inter, celle-ci n'est pas encore à l'ordre du jour. En attendant, pour s'évader hors de chez soi pendant le confinement tout en privilégiant les libraires indépendants, les Français peuvent compter sur les services de livraison à domicile mis en place par certains.

    Il existe également des réseaux comme Libraires en Seine, Place des Libraires et La Librairie. Outre la proposition de coups de cœur de libraire, il est possible d'acheter des livres en version numérique sur ces plateformes. Certains libraires indépendants ont également fait le choix d'être très présents sur les réseaux sociaux pour continuer à communiquer avec leurs clients et à les conseiller du mieux possible. 

    *Pour cette sélection, Anne Burzynski a privilégié des ouvrages qui dataient de quelques années, qui peuvent plus facilement se procurer en version numérique, ainsi que dans les bibliothèques des uns et des autres.

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