Infectiologie

SARS-CoV-2 : pas d’activité antivirale in vivo de l’hydroxychloroquine

La première étude expérimentale préclinique de qualité ne démontrerait aucune efficacité antivirale in vivo de l’hydroxychloroquine, seule ou en association à l’azithromycine, que ce soit en prévention ou au stades précoces de l’infection.

  • Par le Dr Philippe Montereau
  • Seregraff/istock
  • 23 Jul 2020
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    L’hydroxychloroquine, qui possède des propriétés antivirales in vitro (culture de cellules VeroE6), n’aurait pas d’efficacité antivirale in vivo chez le macaque et ce malgré une exposition pulmonaire importante à la molécule. Cette étude est publiée on-line dans la revue Nature (avant complète validation).

    Cette étude préclinique est complémentaire des études cliniques sur l’hydroxychloroquine car elle a permis d’obtenir des informations précises sur la biodistribution de l’hydroxychloroquine dans l’organisme d’un modèle d’infection expérimentale chez le macaque et de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques de l’infection au SARS-CoV-2.

    Une étude préclinique

    Différentes doses d’hyroxychloroquine et différentes stratégies de traitements (avant et après le pic de charge virale, avec ou sans azithromycine) ont été testées versus placebo en prévention (avant l’infection des animaux), immédiatement après l’infection, et enfin à distance de l’infection (J+5 après l’infection, c’est-à-dire au moment de l’apparition des symptômes).

    Lancée en février 2020, cette étude du groupe REACTing visait à évaluer l’effet antiviral potentiel in vivo de l’hydroxychloroquine, en traitement prophylactique contre le virus SARS-CoV-2 (avant l’infection) et lors des premiers jours après infection (pour réduire la charge virale). Les effets antiinflammatoires potentiels de l’hydroxychloroquine n’ont pas été analysés.

    2 étapes expérimentales

    La première étape avait pour objectif de démontrer la pertinence du modèle animal retenu. Elle a permis de montrer que la maladie observée chez les primates non-humains est très similaire à celle observée chez la majorité des patients souffrant de la Covid-19 n’ayant pas besoin d’une hospitalisation.

    La deuxième étape concernait la caractérisation de la pharmacocinétique de l’hydroxychloroquine, c’est-à-dire l’analyse de sa concentration dans le sang et différents tissus, pour s’assurer qu’elle atteignait bien un niveau comparable à celui observé chez les patients humains traités avec le médicament.

    Les résultats présentés montrent que l’hydroxychloroquine ne protège pas les animaux lorsqu’elle est utilisée en prévention de l’infection. Aucune des stratégies n’a par ailleurs démontré d’effet significatif sur les quantités de virus SARS-CoV-2 circulant dans l’organisme par rapport à celles détectées chez des animaux traités par un placebo

    Un consortium multidisciplinaire

    REACTing est un consortium multidisciplinaire réunissant les partenaires de « l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé Aviesan » (CEA, CNRS, INRAE, Inria, Inserm, Institut Pasteur, IRD, CPU et Conférence des directeurs généraux de centres hospitaliers régionaux et universitaires) et coordonné par l’Inserm.

    Ni l’hydroxychloroquine, ni l’association l’hydroxychloroquine + azithromycine, n'ont montré un effet significatif sur les niveaux de charge virale mesurés dans aucun des compartiments biologiques testés.

    Lorsque le médicament est utilisé comme prophylaxie pré-exposition (PrEP), l’hydroxychloroquine ne confère aucune protection contre l'infection dans ce modèle expérimental in vivo.

    Pas d’argument en faveur de l’hydroxychloroquine

    La Covid-19 est devenue une pandémie pour laquelle aucun médicament ou vaccin antiviral n’était encore disponible en février 2020. Plusieurs études cliniques ont alors été lancées pour évaluer l'efficacité de différents médicaments utilisés dans d’autres maladies (repositionnement médicamenteux) avec une efficacité antivirale in vitro. Parmi ces candidats, l'hydroxychloroquine a été administrée à des milliers de personnes dans le monde sans réelles preuves valides de l'efficacité de l’hydroxychloroquine sur le SARS-CoV-2 in vivo.

    Ces résultats s’ajoutent à ceux de différentes études expérimentales et cliniques qui ne soutiennent pas l'utilisation de l’hydroxychloroquine, seule ou en association avec l’azithromycine, comme traitement antiviral contre la Covid-19 chez l'homme.

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    JDF