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Infectiologie

Coronavirus : plus de 85% des infections en Chine auraient évolué non détectées

Le très grand nombre de malades asymptomatiques, ou souffrant d'infections bénignes, en Chine, souligne la nécessité de mesures d'atténuation et de distenciation sociale en France

  • Par le Dr Jean-Paul Marre
  • Yakobchuk/istock
  • 17 Mar 2020
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    En Chine, avant la mise en place des restrictions aux déplacements et la politique agressive de dépistage, 86% des infections à coronavirus seraient passées inaperçues, selon une étude de modélisation mathématique parue dans Science.

    Les chercheurs ont évalué la propagation naturelle du virus en Chine pendant cette période, de décembre 2019 à fin janvier 2020 et, d’après leurs analyses, environ 6 cas sur 7 seraient passés inaperçus. Une situation qui pourrait être donc analogue à celle observée actuellement en France et dans d'autres pays occidentaux, où les tests ne sont pas largement disponibles.

    Un sous-diagnostic majeur

    D’après cette étude, seulement 14 % des infections COVID-19 auraient été documentées dans les deux semaines précédant la mise en œuvre de ces restrictions généralisées de déplacement, ce qui signifie que la majorité des personnes concernées avaient des symptômes légers ou étaient asymptomatiques… ou n’étaient pas suffisamment malades pour aller consulter dans des hôpitaux surchargés, car en Chine, il n’y a pas de médecine libérale.

    En pratique, pour chaque cas confirmé de Covid-19, il y aurait donc cinq à dix autres personnes qui auraient des infections non détectées dans la population environnante.

    Ces cas bénins seraient en moyenne deux fois moins infectieux que les cas confirmés, parce que les défenses immunitaires des malades doivent mieux contrôler la diffusion du virus dans le corps, mais ils seraient quand même responsables de près de 80 % des nouvelles infections, qui eux ne seraient pas forcément bénins.

    Une modélisation mathématique

    Cette modélisation robuste s'est appuyée sur les infections documentées en Chine, les données sur la mobilité des personnes (voyages, traçage des téléphones…), ainsi que sur un modèle évaluant les interactions sociales au sein de la population, lui-même ajusté en fonction du caractère symptomatique ou non des malades. Elle permet d’estimer le nombre de cas non documentés, ainsi que les taux d'infection de façon assez véridique.

    Elle montre qu'après que le gouvernement chinois a verrouillé le foyer de l'épidémie, le 23 janvier 2020, et qu’il a commencé à effectuer des tests à grande échelle, la situation a changé radicalement. Avec le temps, les tests ont permis d'identifier environ 60 % des cas positifs, contre 14 % avant le dépistage systématique.

    Le confinement est une option

    Les auteurs de l’étude énoncent cependant que le nombre de cas non détectés pour chaque cas confirmé peut varier d'un pays à l'autre mais en France, cela voudrait dire qu’il y a déjà aujourd’hui entre 35 000 et 70 000 cas.

    Surtout, il apparaît que les cas asymptomatiques et non identifiés, qui avaient proliféré en Chine avant le confinement à domicile, bien que moins contagieux en moyenne que les cas confirmés, n'ont pas forcément causé des maladies plus légères chez les personnes qu’elles ont contaminé.

    La bonne nouvelle au final, c’est que cette étude réduit mathématiquement le taux de décès puisqu’elle augmente le nombre de personnes infectées. La mauvaise nouvelle, c’est que l’identification des personnes contaminantes ne peut pas être efficace sans augmentation massive du nombre de personnes testées... et qu’elle légitime le confinement pour aplatir moduler le nombre de malades consultant aux urgences ou admis à l’hôpital et en réanimation. Cela peut durer longtemps.

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    JDF